Royaume-Uni : Comment les conservateurs n'auront pas la peau des TICE 

Pays pionnier pour l'intégration des TICE dans l'enseignement, le Royaume-Uni voit son système éducatif profondément menacé par les attaques du gouvernement conservateur. L'étude d'Alain Chaptal, Chercheur au LabSic de l’Université Paris 13, en montre l'ampleur et les méthodes. Il conclut aussi sur la capacité de résilience du système britannique. MM les conservateurs, vous avez tiré trop tard...

 

Dans cette étude réalisée pour Cap Digital et le Ministère de l'éducation nationale, Alain Chaptal montre la cohérence et la force des attaques contre les TICE dans le système éducatif britannique. En quelques mois la crise économique et l'arrivée au pouvoir de la coalition conservateurs - libéraux a profondément transformé le système éducatif britannique et la place des TICE en son sein.

 

Privatisation de l'Ecole

 

Le nouveau gouvernement a décrété une baisse régulière des dépenses éducatives. La dépense d'éducation devrait passer de 6,4% du revenu national à 4,6% d'ici 2014. De larges coupes budgétaires ont été faites obligeant les établissements à dépenser moins. Ainsi les dépenses informatiques sont touchées en premier. Alors que la dépenses éducative baisse de 3% par an, pour les tice c'est 4%. Parallèlement le gouvernement développe l'idée que les mauvais résultats éducatifs dépendent de mauvais enseignants qu'il faut éliminer et s'attaque aux lois sociales. Il défend l'idée du "School Know Best" pour défendre une nouvelle étape dans l'autonomie des établissements et le démantèlement du système éducatif public. C'est le développement de Free Schools, des écoles qui jouissent d'une grande liberté,  sont confiées à des gestionnaires privés mais vivent de fonds publics. En un peu plus d'un an elles se sont multipliées et on assiste à la privatisation accélérée du système éducatif, les Free schools étant parfois cédés à des entreprises qui dégagent du profit.

 

Quand la science informatique tue les TICE

 

Cette privatisation va de pair avec une remise en cause de la place des TICE dans l'école. Alors que les travaillistes avaient fait du Royaume un pays leader dans l'intégration des TICE dans l'éducation, les conservateurs ont commencé par démanteler l'agence qui accompagnait leur développement en même temps qu'ils détruisaient les bases budgétaires.

 

Le démantèlement se fait au nom de la science informatique. Critiquant les usages scolaires jugés de bas niveau, les conservateurs en accord avec un lobby économique imposent un changement de programme et la mise en place d'une science de l'informatique. " On peut sans doute voir là la conséquence d’une vision anglosaxonne très utilitariste de l’éducation, instrumentée au service d’une vision étroitement économique", explique Alain Chaptal. "Nous avons vu ce que cette approche de l’ICT devait à cette curieuse alliance associant un groupe de presse à divers groupes de pression des informaticiens et des tenants de la science informatique. Ce travail important de lobbying a d’autant plus facilement porté ses fruits que la situation actuelle n’était pas satisfaisante. A lire les commentaires dans la presse, il s’est trouvé peu de monde, même au sein des enseignants, pour défendre les programmes actuels, trop basiques et accordant une place excessive à la simple manipulation d’outils bureautiques. Mais en même temps les arguments avancés en faveur de l’impact économique et industriel de cette nouvelle approche relèvent davantage de l’acte de foi que de la preuve scientifique. On est là, comme pour le développement des offres alternatives d’éducation que représentent désormais les Academies et leurs variantes, dans une approche idéologique, un système d’opinion qui sert des intérêts. Une situation somme toute décevante de la part d’un pays dont on pouvait espérer qu’un tel débat repose sur une réflexion en profondeur sur les TICE et leurs fonctions en prenant en compte l’historicité des positions".

 

L'exemple britannique est particulièrement intéressant alors que s'est développé chez nous aussi sous le sarkozysme, avec des arguments pseudo économiques et en s'appuyant sur des groupes de pression, le retour de la science informatique pure et dure qu'une autre approche de la culture numérique avait réduite.

 

Résilience

 

Pourtant l'étude d'Alain Chaptal se clôt sur une note optimiste. Malgré ces profondes ruptures, les TICE semblent indéboulonnables dans le système éducatif. Après deux années de baisse, les dépenses informatiques des établissements sont reparties à la hausse comme la fréquentation du BETT, ce grand salon européen des nouvelles technologies. " Si cela se confirme, ce serait une preuve de la place importante que tiennent désormais les TICE dans le quotidien des établissements anglais, une indication de la profondeur de leur ancrage au service de la pédagogie tout autant que de la gestion ou de la communication avec les parents", écrit Alain Chaptal. "En d’autres termes, les travaillistes auraient gagné leur pari, les TICE seraient devenues une composante intégrale, embedded, du système éducatif anglais".  

 

François Jarraud

Lisez l'étude d'Alain Chaptal

 

 

Par fjarraud , le mercredi 10 octobre 2012.

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