Noble assemblée, hautes solitudes 

Imaginons un virus grippal qui aurait traversé la "noble assemblée" réunie en Sorbonne le 9 octobre. La France aurait été privée de gouvernement. L'Ecole n'aurait pas été troublée. La question de l'implication des enseignants dans les projets ministériels devient prioritaire si l'on veut vraiment "refonder" l'Ecole.

 

Il n'y a sans doute qu'en France que c'est possible. En pleine crise européenne, pour débattre du nombre d'heures de cours par jour, du calendrier scolaire ou du redoublement, on voit le chef de l'Etat se déplacer, accompagné d'une douzaine de membres du gouvernement, premier ministre en tête. On réunit des centaines d'acteurs et d'experts mobilisés tout l'été. Il n'y a vraiment qu'en France que les questions scolaires prennent cette importance et réunissent des assemblées aussi prestigieuses que celle massée en Sorbonne le 9 octobre. Partout ailleurs ces questions se traitent au niveau ministériel quand ce n'est pas au niveau local.

 

Il n'y a sans doute aussi qu'en France où une batterie de sondages est immédiatement brandie quand un ministre de l'éducation parle de morale. Où un chef d'Etat intervient pour afficher son soutien à cet enseignement. D'abord parce que l'enseignement de la morale, religieuse ou laïque, est inscrite au programme d'office  dans de nombreux pays. Parfois, comme en Allemagne, elle est le seul enseignement garanti par la constitution. Ensuite parce que les questions scolaires sont largement consensuelles.

 

Il n'y a sans doute qu'en France où ces sujets qui passionnent autant les cercles dirigeants  suscitent aussi peu d'adhésion chez les premiers acteurs de l'Ecole : les enseignants. J'ignore si Vincent Peillon pense mobiliser les enseignants avec les leçons de morale laïque. Dans les salles des profs, le sujet passe largement au dessus de la tête d'enseignants qui, au quotidien, n'ont pas attendu le ministre pour pratiquer les leçons de morale. On ne sent pas davantage de frémissement positif à propos de la refondation de l'Ecole.

 

Est-ce du scepticisme ? Même pas. Les enseignants savent que l'Ecole peut changer et une majorité souhaite qu'elle change. Mais ils savent aussi que modifier les pratiques de classe est quelque chose de singulièrement long. Et ils se méfient dans ce domaine des bonnes idées venues d'en haut...

 

Pourtant sans eux il serait illusoire de penser pouvoir faire évoluer l'Ecole. C'est particulièrement vrai quand on veut changer le fonctionnement de la classe, bâtir une école plus accueillante, plus positive envers l'élève. C'est seulement en gagnant leur intérêt que la "refondation" a une chance de se traduire concrètement dans la classe.

 

Trouver les sujets qui peuvent éveiller cet intérêt devient dans la nouvelle étape de la refondation ouverte le 9 octobre une nécessité pour l'action ministérielle. Pour cela, pas besoin de président de la République et de ministres. Il faut juste écouter les attentes de la base.

 

François Jarraud

 

Par fjarraud , le mercredi 10 octobre 2012.

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