Maternelle : L'Inspection générale appelle à inverser les priorités  

Rédigé en octobre 2011, le rapport de l'Inspection générale dirigé par Viviane Bouysse, Philippe Claus et Christine Szymankiewicz, n'a été rendu public qu'en mai 2012. On comprend vite pourquoi...

 

Ce sont « les enfants les plus défavorisés, les plus vulnérables, qui ont le plus à pâtir d’exigences prématurées ». C’est à partir de ce diagnostic, à la fois sévère et exigeant que le récent rapport des inspections générales invite à une profonde transformation de l’école maternelle, à une « remobilisation » devant les doutes actuels sur l’avenir de la maternelle, renforcés par le manque de pilotage. Avec un leitmotiv à la clé : les enseignants ont besoin de formation professionnelle adaptée, clé de la qualité. Avec l’appui sur «une formation hybride avec les professionnels de la petite enfance » qui est « une chance plus qu’un danger », notamment en réactivant le « protocole d’accord Petite Enfance » qui donnait des pistes pour un partenariat de qualité.

 

Pour cela, explique le rapport, il faut inverser la logique actuelle, et partir du développement de l’enfant, et pas des objectifs de l’élémentaire, en renforçant la professionnalité et développant les partenariats dans le cadre d’une politique publique de la petite enfance. Pour que chaque enfant puisse « devenir élève », c’est à dire entrer dans un processus d’apprentissage scolaire, il faut accepter qu’il ne le soit pas encore, et créer les conditions adéquates : faire observer, imiter, répéter, imaginer, chercher des réponses, jouer…

 

Il invite aussi à améliorer l’aménagement et l’équipement des classes, pour limiter l’occupationnel, permettre des rythmes plus différenciés entre les tout-petits et les grands. Il remet même en cause les excès de la « forme scolaire » et demande une transition entre les différents systèmes de prise en charge : classe passerelle plus proche des structures de la petite enfance, et grande section permettant de se rapprocher progressivement de la « salle de classe ».

 

Le rapport n’est pas avare d’exigences paradoxales, notamment lorsqu’il demande de concilier « pédagogie de l’encouragement » et de fixer des buts individuels à partir d’évaluations périodiques. Il demande cependant de considérer les écarts de performance comme des différences, pas comme des signes de difficulté précoce. Notons au passage qu’on y lit en creux une critique des risques de dérives de l’évaluation normative ou déficitaire que le gouvernement précédent a tenté de mettre en œuvre.

 

Pour y parvenir, le rapport invite le ministère à préciser les objectifs de compétences en matière de développement du langage oral (priorité des priorités, en production et en compréhension…) et dans le domaine numérique, en associant « spécialistes reconnus » et « praticiens experts ». Il insiste pour mettre les moyens nécessaires sur les territoires de l’Education Prioritaire, là où les apports de l’Ecole en matière de langage peuvent être décisifs.

 

 A l’opposé des discours simplificateurs qui dévalorisaient l’importance de l’école maternelle, ce rapport est à l’image de ses auteurs principaux : exigeant et engagé, souhaitant sortir des renoncements et fixer des objectifs ambitieux. Mais pour qu’il devienne un levier pour que l’école joue davantage son rôle dans la réduction des inégalités, il faudrait plusieurs révolutions mentales :

 -           d’abord, investir dans la production de recherches sur les savoirs et l’enseignement en maternelle, mais aussi dans la formation de formateurs pour qu’effectivement, les connaissances disponibles se renforcent et se diffusent, entre les universitaires et les formateurs, autant ceux de la formation initiale que de la formation continue,

 

-           mais aussi développer le pilotage, à tous les niveaux, permettant au système éducatif de se mobiliser sur la petite enfance et la maternelle. Cela passe à la fois par la mise en place d’un véritable service public de la petite enfance, tel que réclamé par l’appel de Bobigny, mais aussi par une mobilisation des cadres de l’éducation nationale. Dans trop de rectorats, la maternelle est loin d’être une priorité des projets académiques, et l’investissement dans la formation de formateurs reste aléatoire. 

 

Mais maintenant que le diagnostic est sur la table, on ne pourra pas dire qu’on ne savait pas…

 

 Marcel Brun 

 

Le rapport

 

Par fjarraud , le lundi 22 octobre 2012.

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