Maternelle : Peillon relance la scolarisation à 2 ans 

Démantelée sous Nicolas Sarkozy, quasiment achevée, la scolarisation dès 2 ans va renaître. Vincent Peillon l'avait promis et le Bulletin officiel du 15 janvier publie la circulaire organisant le déploiement de cet accueil. Le texte fixe le cadre humain, pédagogique et institutionnel de cette renaissance. L'exercice va être difficile. D'une part on est passé de 2000 à 2011 de plus d'un enfant sur trois à un enfant sur dix scolarisé ce qui donne une idée des investissement à faire. D'autre part scolariser un petit enfant est quelque chose de très spécifique. Il va falloir réapprendre...

 

"La scolarisation d'un enfant avant ses trois ans est une chance pour lui et sa famille lorsqu'elle correspond à ses besoins et se déroule dans des conditions adaptées", explique la circulaire. Plusieurs travaux, en France comme en Europe, ont montré les bienfaits de la scolarisation précoce particulièrement pour les enfants des familles populaires. Ainsi Anne-Marie Gioux, inspectrice générale, y voyait en 2004 un outil pour lutter contre les inégalités. "Elle peut être un facteur de réduction des sources d'échecs pour une partie des enfants, s'ils sont accueillis dans de bonnes conditions avec un vrai projet éducatif et pédagogique où toutes les sections se combinent et s'articulent pour ne pas tronçonner schématiquement l'enfant et les apprentissages en autant d'étapes que de classes d'âge. Réduire les inégalités, c'est ne pas placer trop tôt l'enfant dans un système de compétition, construire sa personne et les éléments de base sur lesquels il sera en sécurité, prendra confiance en lui et élaborera l'image positive du monde et des adultes". Ce discours nouveau vient après des années de dénigrement de cette scolarisation.

 

L'héritage. Or l'héritage des deux quinquennats précédents est particulièrement lourd comme l'a récemment établi une étude de la Depp (ministère). D'une part la scolarisation à deux ans a été une variable d'ajustement, des instructions officielles ont invité les recteurs à supprimer les postes en priorité sur ce créneau. On est passé de 218 000 enfanst scolarisés dans le public en 2000 à 72 000 en 2011. L'effondrement a touché très souvent des départements socialement défavorisés. Aujourd'hui c'est dans l'ouest , dans le nord et dans la frange sud du massif central que l'on trouve les taux les plus forts de scolarisation. Si l'académie de Rennes compte encore 33% d'enfants scolarisés (soit deux fois moins qu'en 2000), celle de Créteil peine à atteindre 3% (soit sept fois moins). En Guyane cette scolarisation est quasi absente. En zone Eclair le taux de scolarisation reste inférieur à celui de Rennes (18%). L'effort financier va donc porter en premier sur des communes déjà en situation difficile. Pour l'éducation nationale, après des années de remise en cause de l'école maternelle dans son ensemble, après une évolution qui l'a poussé à ressembler à l'école élémentaire le plus tôt possible, un gros effort de formation est nécessaire comme l'a montré le rapport de Viviane Bouysse et Philippe Claus en 2011.

 

Qui va bénéficier de ce renouveau ? Impossible d'afficher partout le même taux de scolarisation. L'effort de l'Etat va porter sur les zones défavorisées. " Cette scolarisation précoce doit donc être développée en priorité dans les écoles situées dans un environnement social défavorisé, que ce soit dans les zones urbaines, rurales et de montagne ainsi que dans les départements et régions d'outre-mer", affirme la circulaire.

 

Quelle organisation ? La circulaire prévoir trois modalités d'accueil. D'abord dans une classe d'une école maternelle. Il faudra une salle spécifique avec une aide Atsem en "présence régulière" avec du matériel adapté. Seconde possibilité un accueil dans des classes de maternelle comportant plusieurs niveaux. La circulaire estime que c'est moins favorable pour les enfants. Troisième solution, particulièrement nouvelle, un accueil mixte associant service municipal de la petite enfance et école maternelle. Cette proposition s'appuie sur l'expérience de Limoges , décrite et recommandée dans le rapport Buysse Claus.

 

Quelle pédagogie ? La circulaire invite à développer une pédagogie spécifique. "Parce qu'elle concerne des « tout-petits » ayant des besoins spécifiques, cette scolarisation requiert une organisation des activités et du lieu de vie qui se distinguent nettement de ce qui existe dans les autres classes de l'école maternelle. Elle nécessite donc un projet particulier, inscrit dans le projet d'école... Les horaires d'entrée et de sortie le matin et l'après-midi peuvent être assouplis par rapport à ceux des autres classes, en conservant toutefois un temps significatif de présence de chaque enfant selon une organisation régulière, négociée avec les parents qui s'engagent à la respecter". Le texte insiste sur l'importance des relations avec les familles : " Établir une relation de confiance avec les familles est essentiel pour permettre à l'enfant de grandir sereinement entre école et maison. Une attention particulière doit donc être portée à la relation aux parents d'élèves". Elle invite à se rapprocher des autres services de la petite enfance. " La scolarisation des enfants avant trois ans se conçoit en complémentarité des autres services de petite enfance gérés principalement par les collectivités territoriales. Tous les enfants ne sont pas en mesure d'assumer les contraintes propres à une scolarité, même adaptée : une concertation est nécessaire pour déterminer le moment opportun pour scolariser chacun. C'est pourquoi il est utile de mettre en place une structure locale permettant aux familles d'échanger avec les personnels de ces services, les enseignants de maternelle, etc., afin que leur soient proposées des solutions adaptées, avec des possibilités de passage d'une structure à l'autre".

 

Un effort de formation en perspective. Aussi la circulaire veut mobiliser à tous les niveaux pour impulser des formations. "Les enseignants qui exercent dans ces structures reçoivent une formation dont certaines actions peuvent être communes avec les personnels des collectivités territoriales. Ces formations concernent l'ensemble des membres de l'équipe d'école pour maîtriser les connaissances et compétences spécifiques à la scolarisation des moins de trois ans. Les formateurs, et notamment les conseillers pédagogiques des circonscriptions concernées par ces dispositifs, suivront une formation adaptée au niveau départemental ou académique pour faciliter l'accompagnement des équipes dans la définition et la mise en œuvre de leur projet. Une série de séminaires interacadémiques, inscrits dans le programme national de formation, rassemblera, dans le courant du premier semestre 2013, les cadres académiques et les IEN chargés de mission maternelle".

 

Une nouvelle gestion. Enfin le texte prévoit une véritable rupture avec les ministères précédents. "Dans les écoles qui les scolarisent, les enfants de moins de trois ans sont comptabilisés dans les prévisions d'effectifs de rentrée". L'époque où la scolarisation à 2 ans était une variable pour dégager des effectifs devrait être terminée.

 

Reste que le défi est de taille. Il s'agit de redéployer une école qui était en voie d'extinction. IL va falloir en même temps trouver des maîtres, former à tous les niveaux, diffuser de nouvelles pratiques, apprendre aux enseignants à communiquer avec les parents et convaincre les municipalités les moins riches de France de créer des emplois d'Atsem et d'ouvrir des locaux. Si le mot refondation a un sens c'est bien pour les 2-3 ans.

 

François Jarraud

 

Etat de slieux DEPP

2013 Le prioritaire non prioritaire

Rapport Bouysse Claus

B. Suchaut en 2008

Dossier de 2008

 

Par fjarraud , le mercredi 16 janvier 2013.

Commentaires

  • ellebasi, le 16/01/2013 à 12:42
    cette circulaire est une bonne nouvelle, même si elle exige effectivement encore des moyens supplémentaires pour les collectivités locales , ce qui n'est pas un mince problème à résoudre .. Dans le Finistère où j'enseigne, nous accueillions les enfants ayant 2 ans entre janvier et juin  (et quand c'était possible, les plus jeunes,avec une rentrée en janvier).Depuis quelques années, le nombre de PS1 accueillis a beaucoup baissé , vu qu'ils n'étaient plus comptabilisé dans les effectifs ..Nous constatons une différence significative entre un enfant qui a été scolarisé , même 6 mois seulement, entre 2 et 3 ans et ceux qui entrent à la maternelle à 3 ans voire 3 ans1/2.  Certes, la différence s'estompe avec le temps, mais les avantages sont réels, et d'autant plus que l'enfant vient d'un milieu familial peu stimulant . Par contre, je ne suis pas d'accord quand la circulaire préconise de les mettre dans des classes à part . Il vaut mieux les mettre avec des plus grands , mais dans une classe à faible effectif (15 à 20 serait idéal), car les plus petits apprennent énormément en regardant et en écoutant les plus âgés et sont incroyablement stimulés par leurs aînés . On les voit faire des progrès parfois fulgurants en quelques mois et même les parents en sont étonnés ... en tous les cas, par chez nous, de nombreuses familles demandent à scolariser leurs enfants dès 2 ans -2 ans 1/2 et sont les premiers à regretter la baisse de la scolarisation des petits (et pas seulement pour avoir une "garderie" gratuite ..)
    • ColdTrukey, le 16/01/2013 à 17:45
      ellebasi,
      ta première phrase résume toute l'ambigüité de ce que propose le ministre: des idées mais pas ou peu de moyens.
      Effectivement, accueillir les moins de 3 ans peut être positif, mais seulement si certaines conditions sont remplies. Évidemment qu'améliorer les rythmes scolaires ne peut être que positif sauf si rien n'est en place pour cette amélioration.
      Que voyons nous actuellement ?
      Quelle information ont reçu les enseignants, principaux concernés, pour la mise en place de ces réformes ? Rien, zéro. Comment est-ce possible ?
      Et dans 9 mois, tout doit être en place !
      Les DASEN se chargeront de bien vérifier cela, les IEN ont, eux, déjà commencé à parler des projets à mettre en place avec les municipalités (sans que rien ne soit défini). La pression est déjà là et M. Peillon explique que nos conditions de travail vont s'améliorer.  J'en doute!
  • ColdTrukey, le 16/01/2013 à 10:05
    Défi de taille effectivement.
    Mais on retombe sur les carences de la refondation en général : le manque de prise en compte de la réalité du terrain.
    "Convaincre les municipalités les moins riches de France de créer des emplois d'Atsem"
    Il faut aussi les convaincre de trouver du personnel pour l'APC, les convaincre de financer les ramassages scolaires, les convaincre de financer le plan informatique et les convaincre d'augmenter le nombre de salles.
    Dans l'ensemble, je trouve assez extraordinaire ce principe où il faut convaincre les municipalités de payer ce que l'état ne veut pas payer. Et encore plus extraordinaire de dire que même celles qui n'ont pas les moyens doivent le faire.
    Une réforme ne se fait pas sans moyens. L'état veut faire des réformes. Il fait des choix, trouve les moyens et, ensuite, peut mettre en place sa réforme.
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