Rythmes : Sortir de la spirale dépressive 

Le débat sur les rythmes donne l’impression d’entrer dans une spirale dépressive et de miner l’espoir d’une refondation de l’Ecole. Tout le monde hier dénonçait la semaine de quatre jours et l’alourdissement corrélatif de la journée des élèves les plus fragiles. Aujourd’hui personne ne semble en mesure de faire des concessions. Les communes les plus allantes et à l’expérience avérée des projets éducatifs locaux semblent vouloir prendre leur temps. Et notre Ecole continue d’être un des plus stressantes d’Europe, laissant les plus faibles face à leurs incompréhensions…

 

Le premier réflexe est de dire que chacun doit balayer devant sa porte. D’abord l’Education nationale, dont le ministre s’évertue à parler de rythmes scolaires, alors qu’à l’évidence, la question qui nous occupe ici et maintenant est celle des rythmes éducatifs ou des rythmes de vie. On attend incessamment la refonte des programmes du primaire de 2008 – qui ont eux aussi fait l’unanimité des enseignants et experts contre eux – et surtout une révision des modalités d’évaluation des apprentissages… Il faudra d’abord attendre que la loi d’orientation soit votée pour que les nouvelles instances fonctionnent !

 

Les communes, et plus largement les collectivités, doivent aussi aborder des questions vives et non pas seulement renâcler à l’idée de chauffer, ouvrir  les bâtiments un jour de plus par semaine, affréter les bus scolaires… Certaines qui ont un projet éducatif local constatent aujourd’hui qu’elles ont perdu de vue ce projet dans lequel elles sont investies, qu’elles devraient réévaluer chaque année. On attend là non seulement de la continuité éducative, mais aussi de la cohérence éducative. Elle n’existe pas toujours entre les personnels embauchés par la mairie. Mais c’est bien la question de la cohérence éducative incarnée par un projet, qu’il faut travailler avec l’école et son environnement. Et cela prendra du temps…

 

Les parents enfin, parlent-ils au nom de l’intérêt de l’enfant ? Ce n’est même pas sûr qu’ils le souhaitent. Mais la question leur est incessamment posée, comme de plus en plus aux enseignants ou aux collectivités, associations. La première mesure de bon sens consiste à se faire asseoir autour de la même table des acteurs fort différents. Pour s’élever, les enfants attendent seulement que les adultes se mettent d’accord sur l’essentiel. Or pour cela, il est évident que des parents n’ont même pas la possibilité de venir aux réunions. Certains vivent des situations de précarité, d’incertitude de tous ordres : leur fera-t-on au moins une place demain, quand ils seront sortis de l’urgence ou rassurés sur leur capacité à être pleinement parents ?

 

Pour sortir de cette spirale, il faut assurément dresser des perspectives politiques à moyen terme. Bien sûr, il faut attendre la réforme des programmes du primaire qui ne sera pas prête avant la rentrée 2014, au mieux. Le ministre peut-il s’engager sur un calendrier ? Il faudra surtout que l’Ecole devienne une institution bienveillante (ce qui n’interdit pas d’être exigeant sur les apprentissages). Puisque l’on parle de « rythmes scolaires », il faudra bien accepter l’idée que chacun puisse apprendre à son rythme. Faut-il que tous les élèves de CP « sachent lire à Noël » ? Faut-il continuer à faire de l’école maternelle, une antichambre de la « grande école », voire des « Grandes Ecoles ». Permettre d’apprendre à son rythme, c’est bien entrer dans une logique d’apprentissage tout au long de la vie. Dès le départ…

 

Le deuxième enjeu concerne les compétences des collectivités. Cela peut surprendre beaucoup, mais l’organisation de la cantine n’est nullement une compétence obligatoire des communes. Dans la réalité, la demande sociale forte, et croissante, fait que tous les élèves ont accès à un service de restauration d’enfants (qui peut d’ailleurs relever d’une association). Rendre l’accueil périscolaire obligatoire, c’est obliger l’Etat à compenser cette charge nouvelle. En 1986-1987, le transfert des personnels TOS des collèges et lycées aux conseils généraux et régionaux n’a pas été totalement compensé par l’Etat. Ce chantier épineux – dont l’arbitrage concerne au moins le premier ministre - mérite d’être repris une fois que les collectivités locales se seront saisi vraiment des projets éducatifs territoriaux, découvrant ainsi les enjeux d’une politique éducative locale…

 

Le troisième chantier concerne la formation des acteurs éducatifs. La plupart des professeurs des écoles ont tous les jours des occasions de rencontres avec d’autres adultes qui ne sont pas des parents : animateurs, cuisiniers, surveillants, intervenants en musique, ATSEM, élu local, etc. Qu’est-ce-que les uns et les autres pensent de leur intervention auprès des mêmes publics d’enfants ? Est-ce que les futures Espé sauront faire une place réelle à des temps de formation en commun ? Pour déconstruire les représentations mutuelles comme pour travailler la méthodologie de projet…

 

Le quatrième enjeu n’est pas le moindre : il concerne la place des parents. Il est de plus en plus difficile aujourd’hui de se positionner comme parent, de se penser comme parent, avant même de devenir parent d’élève. Si, de plus, on a l’expérience d’une école peu bienveillante, le défi est redoutable. A propos des rythmes, il y a des objets de travail qui devraient être évidents et font consensus chez les spécialistes. C’est par exemple la question du sommeil : se coucher à heure régulière, respecter le sommeil de chacun, accompagner le coucher de l’enfant de façon bienveillante, réfléchir ensemble à l’usage des écrans dans la chambre. Les enfants dorment moins qu’il y a  30 ans ! Les responsables politiques devraient se saisir de cette question. Commençons par les points de consensus, à défaut de faire des conférences de consensus pour pointer les questions à travailler…

 

Pour conclure provisoirement, que faut-il faire ici et maintenant ? Veillons au moins à ce que les espaces de concertation puissent à tout moment s’élargir. Aux parents qui sont les plus éloignés de l’Ecole comme aux associations locales à visée éducative. Ne restons pas entre experts.

 

Olivier Masson

Responsable de la commission Enfance Education Formation d’Europe Ecologie-Les Verts

 

 

Par fjarraud , le mardi 05 mars 2013.

Commentaires

  • Padav, le 05/03/2013 à 13:43
    Sur les compétences des CT, vous affirmez que " service de restauration d’enfants (qui peut d’ailleurs relever d’une association).". Certes l’organisation des repas (confection - achat - service) peut relever d'une association; Mais seule la puissance publique (Municipalité, EPCI ou caisse des écoles) peut organiser la surveillance des élèves des écoles publiques.
    Le Conseil d’Etat, dans un avis du 7 octobre 1986, précise que "les communes ne peuvent confier à des personnes privées que la fourniture ou la préparation des repas, à l’exclusion des missions qui relèvent du service de l’enseignement public et notamment, de la surveillance des élèves."

    Ainsi, pour assurer la surveillance des élèves à la cantine, "le maire à défaut d’un cadre d’emploi de fonctionnaires territoriaux susceptibles d‘assurer les fonctions correspondantes, peut soit recourir sur la base du volontariat à des fonctionnaires enseignants de l’Etat ou bien à des fonctionnaires territoriaux, qui assureront la surveillance à titre d’activité accessoire, soit recruter des agents non titulaires pour accomplir cette tâche "(QE - JO Sénat - 22 février 1996, p.412).

    Cette restriction est souvent ignorée, on voit encore des délibérations confier à des associations, fussent-elles d'éducation populaire, cette mission; C'est une erreur de droit.

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