Numérique : Éric Bruillard : Quelle Ecole veut-on pour les TICE ? 

Professeur au STEF – ENS Cachan, Eric Bruillard est un expert reconnu du numérique. Son analyse est systémique. Pour lui le principal obstacle à l'appropriation des TICE par le système éducatif ce n'ets pas la résistance au changement. Mais le fait qu'il n'y ait pas d'accord sur un modèle de l'Ecole du XXIème siècle.

 

Vincent Peillon annonce un nouveau plan numérique. Le jugez-vous efficace ?

 

Si on regarde les plans précédents on voit qu'ils ont toujours eu des éléments positifs mais qu'ils ont été trop partiels. Mon point de vue c'est qu'il manque une vision claire de l'avenir de l'Ecole avec les TICE. Il y a eu beaucoup d'études. On sait que le système doit évoluer. Mais ce n'est pas simple. Va-t-on vers une refondation de l'Ecole ou vers un nouveau plan parcellaire ?

 

Quand on évoque le retard français on met en cause la forme scolaire, les problèmes de maintenance, d'équipement ou de formation. Quel est le noeud le plus important ?

 

Tous ces facteurs y participent. Mais dans un système on ne peut pas désigner un élément principal. Si on change un seul élément, le système se protège. Il faut intervenir sur le plan global.

 

Par exemple, le ministère et les collectivités locales mettent beaucoup de moyens depuis dix ans dans les ENT sans beaucoup de résultats. Comment expliquer cette persistance ?

 

Un des diagnostics c'est la complexité de ce système où les collectivités payent et n'ont pas de compétences  dans les usages. Ce n'est pas très efficace. C'est une difficulté pour les collectivités de payer et de ne pas avoir d'avis à donner sur les usages. Chacun renvoie la balle vers l'autre. Dans une refondation les choses devraient être clarifiées mais je ne sais pas s'il est prévu de donner plus de compétences aux collectivités territoriales.

 

Les rapports sur la Corrèze ou les Landes mettent justement en évidence le manque de coordination entre les services de l'Etat et les collectivités locales...

 

On le sait depuis 2001. Cela n'empêche pas qu'on renouvelle les mêmes types de situations. Le conseil général du Jura vient d'équiper les  collèges de tablettes. Il fait comme en 2001 dans les Landes : il se retourne vers l'Etat pour demander des ressources. Le système ne change pas.

 

Si un accord entre Etat et collectivités intervenait, les ENT atteindraient-ils leurs objectifs ?

 

Ce serait juste un verrou en moins.

 

Que peut-on attendre d'un usage renforcé des TICE par les enseignants ?

 

Ce qui vient de l'informatique modifie la manière de construire le savoir. On est donc à la base de l'institution scolaire. Comment reconstruire cette institution en tenant compte de cet impact ? On n'intégre pas un élément extérieur mais on s'approprie un élément qui change le système.

 

C'est donc un problème d'appropriation ?

 

C'est vraiment un changement en profondeur de l'Ecole. L'appropriation aura un impact sur la forme scolaire. Or il n'y a pas de pilotage par les technologies. Ce sont les organisations, les enseignants qui doivent se transformer. Il faut pour cela une vision de l'Ecole, avoir des idées sur ce qu'on veut à la fin, quel modèle culturel et éducatif. La difficulté est dans l'absence de consensus sur l'Ecole. C'est là qu'est l'enjeu de la refondation.

 

Propos recueillis par François Jarraud

 

 

Par fjarraud , le mardi 11 juin 2013.

Commentaires

  • BlueTak, le 11/06/2013 à 18:31
    On n'entend plus parler du FAI public permettant l'accès au haut-débit sur tout le territoire...  C'est pourtant une nécessité si l'on veut que l'utilisation du numérique se généralise.
    Le premier verrou de l'informatique à l'école c'est la lenteur des connexions internet lorsqu'une classe entière veut se connecter à un même site.

    • fjarraud, le 11/06/2013 à 20:43
      Bonjour
      La Caisse des dépots a un programme pour financer le déploiement du haut débit en ciblant en priorité les écoles, cela a été rappelé le 10 juin. On annonce aussi une formule spéciale non-filaire (probablement satellitaire) pour les zones rurales isolées). Tout ca coute de l'argent...
      cordialement
      f jarraud
  • Albert Renard, le 11/06/2013 à 15:06
    C'est ce qui s'appelle de bonnes paroles sans frais.

    Trop haut et trop loin, inaudibles pour beaucoup, soit spécialistes avertis, soit pédagogues de talent. De même que pour la Conférence nationale sur l’éducation aux médias", cette posture d'une autre époque est-elle crédible ? c'est précisément avec cette pyramide décrochée des hiérarques et des managers de l'éducation qu'il faudrait en finir! Bref, on a encore du temps avant que ça change. Sur le fond.

    Comme si des décennies d'expériences fâcheuses, de ce seul fait, n'avait pas suffi!  

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