Comment enseigne-t-on la Première guerre mondiale aux jeunes Français ?  

Bourrage de crane ou pas ? Oubli de la chronologie ou pas ? Grands hommes ignorés ou magnifiés ? Roman national ou histoire scientifique ? Comment les enseignants français abordent la première guerre mondiale en classe ? Qu'en retiennent les élèves ? Que disent les programmes ?

 

La Grande Guerre enseignée aux enfants du primaire

 

En ce 11 novembre 2013, qui commémore l’Armistice de la Première Guerre Mondiale, et en cette année charnière qui annonce les manifestations du centenaire de cet événement historique, comment l’enseignement de l’histoire en primaire se fait-il sur ce sujet ? Que préconisent les programmes ? De quels outils disposent les enseignants ? Quels supports historiques utiliser ? Comment les enseignants peuvent-ils aborder la violence de ce premier long conflit mondial en préservant un minimum des esprits encore sensibles ?

 

Positionnement du thème de la première Guerre Mondiale dans les programmes

 

En cycle 2, les élèves travaillent la découverte du temps, le temps proche - alternance jour-nuit, semaine, mois, année, saison - puis le temps plus éloigné : ils découvrent et mémorisent des repères plus éloignés dans le temps : quelques dates et personnages de l’histoire de France ; ils prennent conscience de l’évolution des modes de vie. Le 11 novembre est l’occasion d’aborder très rapidement l’une de ces dates de l’Histoire de France, mais dépend clairement du choix réalisé par l’enseignant en classe.

 

En cycle 3, les élèves ont commencé l’étude de l’Histoire de la France en tant que telle dès le CE2 mais l’enseignement de la Grande Guerre n’intervient qu’en CM2 et s’inscrit dans le cadre de la violence au XXème siècle, qui est l’entrée principale de cette notion des programmes de 2008 revisités en 2012 : « La violence du XXème siècle : les deux conflits mondiaux - Pouvoir expliquer pourquoi le premier conflit mondial a été appelé « la Grande Guerre ». - Connaître Clémenceau.  - À partir de documents de nature diverse et en particulier d’œuvres d’art, identifier en quoi cette guerre ne ressemble pas aux précédentes. - Savoir que la paix signée à Versailles est négociée difficilement et rapidement menacée en Europe par des dictatures. » Dans les repères indispensables à maîtriser, on trouve simplement la bataille de Verdun et l’Armistice du 11 novembre 1918.

 

Un devoir de mémoire

 

Chaque année, dans toutes les écoles de France, les élèves de primaire, du CP au CM2 sans exception, sont invités par les directeurs d’école à venir accomplir leur « devoir de mémoire » en participant aux cérémonies commémoratives du 11 novembre, sur les places où s’élèvent des monuments aux morts… On touche déjà l’un des grands paradoxes des injonctions institutionnelles puisque les événements de la Guerre Mondiale ne sont abordés en Histoire qu’en fin de cycle 3, au CM2. Il revient donc aux enseignants d’expliquer dès le CP avec des mots simples et rapidement la signification du 11 novembre, férié en mémoire et en souvenir de nos anciens combattants, car cet Armistice constitue un moment important de la construction d’une conscience nationale voire européenne : « L’École a pour mission l’enseignement de l’histoire de la Grande Guerre, et également la transmission de la mémoire », comme le préconise le B.O.E.N. n°24 du 12 juin 2008.

Clairement, enseigner la Grande Guerre en primaire, c’est mettre l’accent sur des caractéristiques de ce conflit très particulières : sa longueur, son étendue géographique, sa violence extrême et ses conséquences (lourd bilan humain, contrées ravagées, économie détruite), l’implication des sociétés au front comme à l’arrière, mise en avant de son aspect industriel et de la propagande mise en place. Pour les enfants, il s’agit surtout de comprendre que cette guerre n’a pas épargné leur famille ni leur lieu de vie, que des traces sont encore présentés aujourd’hui, marquant l’ampleur du traumatisme.

 

La nécessité d’une lecture de l’Histoire « objective » et non vindicative

 

Comme toujours en Histoire, les enseignants vont devoir se méfier des idées véhiculées par certains documents ou inviter leurs élèves à faire preuve d’esprit critique, notamment en étudiant des documents de propagande. Il est toujours délicat de faire un choix pertinent tant la multitude de documents existants dans les livres ou sur le web est impressionnante. Néanmoins, les enseignants ont pour lourde tâche de faire le tri et de célébrer la paix, de faire comprendre aux enfants la nécessité de lutter contre toute forme d’extrémisme et contre toute idée de revanche.

 

Pour se faire, les enseignants disposent de plusieurs ressources pour enseigner cette période de l’Histoire très riche :

- des manuels de qualité

- des livres sur le thème et des albums de littérature de jeunesse

- des films

- des sites Internet de qualité avec des dossiers documentaires en ligne tel que le site « 1jour1actu » : http://1jour1actu.com/dossierclesactu/la-premiere-guerre-mondiale/

- des musées et des monuments aux morts à visiter un peu partout en France

Pour ce faire ne pas hésiter de se rapprocher de son CRDP ou CDDP car certains, pour l’occasion, proposent des dossiers à thèmes très intéressants, comme celui du Val d’Oise : http://crdp.ac-amiens.fr/cddpoise/blog_librairie/?p=716

 

Pour en savoir plus :

-  Des séquences d’apprentissage sur la Grande Guerre particulièrement bien faites :

•          Sur le blog de OrphéEcole : http://cycle3.orpheecole.com/2013/01/histoire-cm2-sequence-complete-la-1ere-guerre-mondiale/

•          Sur le blog de « La classe de Stefany » : http://www.laclassedestef.fr/sequence-sur-le-20eme-siecle-a13411351

•          Sur le site de Bla-Bla Cycle 3 (beaucoup de documents et de ressources, grande richesse inconographique) : http://bla-bla.cycle3.pagesperso-orange.fr/hist1gue.htm

 

Alexandra Mazzilli

 

 

La Grande Guerre au collège et au lycée

 

La première guerre mondiale intervient en dernière année du collège (3ème) et en classe de première au lycée.

 

En 3ème la première guerre mondiale doit être traitée en 3 ou 4 heures seulement. L'accent est mis sur la grande invention du XXème siècle : la violence de masse. Les élèves vont étudier deux exemples précis de cette violence : la bataille de Verdun et le génocide des Arméniens. Ils découvrent la particularité de la guerre de tranchées, la dimension totale du conflit en analysant des documents sur  la bataille de Verdun. L'étude du génocide des Arméniens se rattache à ce même thème. Mais c'est aussi une lecture assez nouvelle de l'Histoire, liée au devoir de mémoire et au poids des génocides dans l'histoire du XXème siècle. Le second caractère de cette guerre c'est la vague révolutionnaire  qui se découvre à travers des personnages : Lénine mais aussi Rosa Luxembourg par exemple. Enfin la troisième partie de ce chapitre est consacrée à la nouvelle carte de l'Europe, un passage indispensable à la compréhension du monde actuel. Les manuels évoquent aussi les phases du conflit en quelques lignes. Là où l'histoire de nos grands pères mettait l'accent sur la victoire du droit, l'enseignement actuel situe la première guerre mondiale dans les grandes questions du XXème siècle. Cette histoire est moins chauvine mais plus proche de l'histoire des hommes et plus à même de donner du sens à ce siècle terrible. Les élèves doivent garder des repères qui sont demandés au brevet : Verdun, l'armistice, mais aussi la révolution russe, la carte de l'Europe en 1919.

 

Au lycée, on dispose de 4 à 6 heures pour traiter ce sujet. C'est aussi la brutalisation des sociétés et la dimension totale qui sont mis en avant. On revient sur la guerre de tranchée en analysant des lettres de poilus, des comportements réfractaires, la propagande officielle. Les notions de système d’alliances, de front, de comportements réfractaires et bien sur de guerre totale sont abordées. L'enseignement s'appuie sur les récits de vie des soldats, les archives photo et cinématographiques pour évoquer la tranchée. Par rapport à l'histoire traditionnelle, une nouveauté est sans doute l'intérêt porté aux comportements réfractaires, par exemple les fraternisations.

 

François Jarraud et Jean-Pierre Meyniac

 

Un manuel officiel de lycée


Par fjarraud , le mardi 12 novembre 2013.

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