Lecture : Goigoux répond à Dehaene 

" Choisir de relancer une polémique qui causa en 2006 la perte du ministre de Robien auquel il prodiguait déjà ses conseils pourrait laisser croire que notre collègue dispose des données scientifiques nouvelles propres à fonder cette préconisation. Hélas, il n’en est rien." Dans Le Monde du  31 décembre, Roland Goigoux, professeur à l'université de Clermont-Ferrand, répond à une tribune publiée dans le même journal une semaine auparavant par S Dehaène.

 

S. Dehaene avait mis en avant une étude récente de J Deviau vantant la supériorité de la méthode syllabique. R Goigoux dénonce, comme le Café l'avait fait le 18 novembre, "de graves défauts méthodologiques" dans cette étude présentée comme scientifique. Il lui oppose une recherche d'E Gentaz, qui ne conclue à la supériorité d'aucune méthode, et un travail en cours , mené par R Goigoux lui-même, auprès de 138 classes de CP.

 

Pour R Goigoux, " si aucune étude comparative des « méthodes » de lecture n’a permis d’établir la supériorité de tel dispositif sur tel autre, ce n’est pas parce que toutes les pratiques se valent mais parce que la variable « méthode », trop grossière et mal définie, n’est pas une variable pertinente pour une telle recherche. Pour comprendre ce qui différencie véritablement les choix pédagogiques opérés par les maîtres et leur effet sur les apprentissages des élèves, il est nécessaire de substituer à cette approche en termes de « méthode » une analyse reposant sur l’examen simultané d’une pluralité d’indicateurs et de dépasser les déclarations de principes pour entrer dans le détail des pratiques concrètes".

 

F. Jarraud

 

R Goigoux dans Le Monde

S Dehaene

Article du Café

 

Par fjarraud , le vendredi 03 janvier 2014.

Commentaires

  • tchabel, le 03/01/2014 à 14:44

    L'article de S. Dahaenne manque d'objectivité et réduit entre autre l'apprentissage à un acte mécanique de type"input-output" tel qu'il est envisagé dans les neurosciences. Mais l'apprentissage réussi ne réside pas uniquement dans une bonne méthode, même si certaines méthodes peuvent être meilleures que d'autres dans certains contextes.

    Il faut en effet à la fois considérer le contexte et aussi la façon dont l'enseignant va s'emparer de cette"méthode", d'où les multiples facteurs à considérer quant on veut établir l'efficacité d'un enseignement et que rappelle justement R. Goigoux. L'enseignement se construit à la fois"on line", en situation, en fonction de schémas disponibles à activer à un certain moment. Tout l'art justement est de pouvoir analyser correctement la situation pour pouvoir y répondre. Cela s'apprend avec l'expérience mais aussi grâce à une formation solide, en  alternant pratique et théorie, comme le médecin. Il ne suffit pas en effet de connaître la médecine pour être médecin. C'est la même chose pour un enseignant, mais on ne le dit pas assez et on préfère penser qu'avec une "bonne méthode" ça ira mieux. Mais il n' y a aucune méthode qui marche à tout moment et pour tous et en toutes situations.

    Et concernant la fameuse méthode globale, comme le rappelle  R. Goigoux, elle n'a jamais été utilisée! On a que des méthodes "mixtes", avec un départ global et des dosages variables par la suite.Cessons de polémiquer, "la" méthode globale et  "la" méthode alphabétique sont complémentaires. Qu'on se le dise, tous le enseignants de CP de France et de Navarre (et du pays Basque, et de la Provence, et de la Bretagne) font apprendre les lettres et les sons, il faut arrêter cette désinformation qui tient de la propagande pour une cause que j'ignore, mais sans doute concernant un mauvais fonctionnement de l'école en général. 

    Le problème de la lecture, qui est réel, n'est pas un  problème de méthode, S. Dahaenne devrait le savoir lui qui parle d'attention. Le problème d'attention des élèves est global, excluant certains élèves (de plus en plus)  des apprentissages, et pas seulement en lecture.

    Bien des enfants ont appris à lire avec des méthodes nulles,  grâce à une bonne dose de motivation tout en étant encouragés par le  milieu familial et sans doute par l'environnement tout court. Je ne parle pas uniquement des enfants qui bénéficient d'une école à la maison en raison de l'origine socio-économique et culturelle des parents, certains parents peu lettrés réussissent en effet parfaitement à motiver leurs enfants aux études.

     Non sans verser dans le pessimisme (bien que…), regardons plutôt l'état de notre société pour mieux comprendre le problème d'apprentissage des enfants et nous verrons qu'il leur manque l'étincelle et le goût des études (et à l'enseignant le goût d'enseigner).  Cherchons à produire cette étincelle et après occupons-nous après  des "méthodes". Car les enseignants ne sont pas si mal formés que cela et ne manque pas trop de moyens, même si on peut toujours mieux faire.  L' école vit surtout sur un vieux modèle  hérité de la Révolution, elle n'a pas su évoluer et ce n'est pas les rustines technologiques qui y changeront quelque chose. Si la "refondation", se limite comme on sait si bien le faire,  à une juxtaposition frileuse de l'ancien et du nouveau, rien ne changera. Il faut une révolution copernicenne à l'échelle de l'école. Mais je crains que cette évolution n'ait lieu que lorsqu'on aura touché le fond ou le mur. Il faudra encore bien des PISA pour que la société française si fière et si conservatrice comprenne le problème de son école.

    Non, on a plus la meilleure école du monde non parce que nous manquons de moyens mais par ce que nous sommes devenus non créatifs et pétrifiés dans nos certitudes. Et que toutes les tentatives d'innovation (et il y en a)  restent lettre mortes, broyées par le système.

     Alors refondons, mais nous n'aurons plus de hussards!   Vous en avez-vus vous  des futurs hussards sur les bancs de l'Université?? Non, l'école doit enfin vivre avec son époque et arrêter de toute urgence le passéisme.

    • Guillaume35, le 03/01/2014 à 18:47

      J'opterai plutôt pour cette formule : cherchons à produire des bonnes méthodes....et là nous ferons des étincelles dans nos classes ! Les recherches sur les pratiques efficaces en enseignement montrent que le milieu social n'a pas un rôle aussi déterminant (4e facteur de réussite des élèves).

       « Qu'est-ce qui peut aider l'élèveà apprendre ? »

      Cette question est travaillée en 1993 par troischercheurs  (Wang, Geneva Haertel,HerbertWalbergà partir d’uneméta-analyse(étude statistique réalisée à partir de multiples autres études)qui reposaitsur 50 ans de recherches, 11 000 résultats statistiques,  179comptes-rendus, 91 synthèses derecherches et en enquêtant auprès de 61 chercheursen sciences de l'éducation. 

      Résultats de l’étude « Qu’est-cequi peut aider un élève à apprendre ?

      1erfacteur : la gestion de classe

      Techniquesde maintien de l'intérêt del'élève, de son cmportement ;responsabilisation de l’élève face aux efforts ; gestion des leçons, destransitions entre elles, rythme des leçons. 

      2e facteur : les processus méta-cognitifs

      L'élèveprend conscience de sa propre pensée. L'enseignant l'aide à connaître lesprocessus d'acquisition du savoir. 

      3e facteur : le processus cognitif

      Sesaptitudes, le« capital » propre à l'élève, les connaissances déjàacquises(lecture, maths, expression orale).

      4e facteur : le milieu familial

      Le soutienque lesparents peuvent apporter au suivi de la scolarité de leur enfant.

      ® L’école, qui peut agir sur les deuxpremiers facteurs, a finalement plus d'influences sur la réussitescolaire que le milieu familial.

      Regardez également en mathématiques : la méthode demaths de Singapour a été le produit d'une rencontre entre chercheurs,didacticiens et enseignants.... Tous les enseignants de l'Etat de Singapour ontété formés à cette méthode. Résultat : ils sont en tête des évaluationsPISA, PIRLLS depuis 1995 ! 

      Se poser la question de l’efficacité de la méthode delecture est donc tout à fait pertinent car elle structure une pratique rofessionnelle...indépendamment des qualités intrinsèques de l’enseignant.




  • delacour, le 03/01/2014 à 10:29
    Voilà qui repose la question de la communication écrite. 
    En essayant de faire lire un enfant directement, quelle que soit la méthode, on met la charrue avant les bœufs.
    C'est uniquement le codage de l'oral qui indique au futur lecteur comment il devra décoder telle ou telle lettre ou groupe de lettres. (voir le site "écrilu")
    En fait deux accès sont proposés : décoder des textes (ce sont les diverses méthodes dites de lecture), ou coder des textes pour les lire ensuite, ce sont les approches par l'écriture au sens général du terme et originel : traduire l'oral en graphies.
    D'ailleurs, pour revenir au soi-disant succès de telle ou telle méthode, on peut relativiser en lisant dans le livre même de Stanislas Dehaene "Apprendre à lire" (Odile Jacob) page 110 : "...Les enfants des classes expérimentales ne lisaient pas mieux que ceux des classes de contrôle." 
    Si on sait coder un mot, on sait le lire. Si on décode un mot on ne le lit pas forcément. Exemple les 2 lectures possibles de convient et excellent, la lecture de femme, monsieur. Si on a codé ces mots, choisi les graphies correctes pour les écrire, alors on apprend que "e" ne se décode pas /e/ (tenir mais tentation, peine, chercher, haie, , etc.)
    Quand des chercheurs essaieront de travailler sur le codage, alors on pourra comparer les deux approches, par le codage ou par le décodage.
    J'ajoute qu'il serait intéressant d'ajouter aux variables de R.Goigoux la famille. Actuellement les enfants apprennent-ils à lire surtout à la maison ou à l'école (voir le succès de la méthode Boscher).
    Vous pourrez prendre contact avec le codage en consultant le site "écrilu".
  • Guillaume35, le 03/01/2014 à 09:21
    A quand une recherche sur l'enseignement de la lecture qui réunirait Goigoux et Dehaene ?
    Voilà un voeu pour 2014 !
    Ce qui est sûr, c'est qu'il faut des études à grande échelle pour vérifier une hypothèse...c'est à dire sur des milliers d'élèves (et non une centaine)....comme cela se fait dans les sciences de l'éducation anglo-saxonnes. 

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