Décrochage : Le décret sur le libre choix de l'orientation est paru 

Symboliquement, le ministre a fait paraitre au Journal Officiel du 9 janvier le décret autorisant l'expérimentation du "dernier mot à la famille" en matière d'orientation. Ce texte, prévu par la loi d'orientation, donne à l'élève s'il est majeur ou ses parents la décision finale. Mais cela suffit-il à assurer un réel libre choix des familles ?

 

Pris "à titre expérimental et pour une durée de trois ans", il autorise la procédure d'orientation des élèves du collège en fin de troisième à déroger aux dispositions légales dans des établissements scolaires où a lieu l'expérimentation.

 

"Lorsque les propositions du conseil de classe sont conformes aux demandes des responsables légaux de l'élève ou de l'élève majeur, le chef d'établissement prend les décisions d'orientation conformément à ces demandes et les notifie aux responsables légaux de l'élève ou à l'élève majeur. Lorsque ces propositions ne sont pas conformes aux demandes, le chef d'établissement ou son représentant avec le professeur principal de la classe reçoivent l'élève et ses responsables légaux afin de leur expliquer les propositions du conseil de classe, de recueillir leurs observations et de proposer un entretien avec un conseiller d'orientation-psychologue dans un délai de cinq jours ouvrables. Si, au terme de ces cinq jours, le cas échéant après une nouvelle rencontre avec le chef d'établissement ou son représentant organisée à la demande de l'élève et ses responsables légaux, ces derniers maintiennent leur choix, le chef d'établissement prononce une décision d'orientation conforme à ce choix. Il en informe l'équipe éducative".

 

Aujourd'hui en fin de troisième, 65% des élèves sont envoyés en seconde GT et 32% en seconde professionnelle ou CAP. Quelques progrès ont été réalisés depuis 1997, le taux de passage en 2de GT étant passé de 59 à 65%.  Le taux de redoublement a reculé passant de 7 à 3%. Les appels pour décisions d'orientation concernent que très peu de cas et les décisions finales prises contre le gré des familles sont encore plus rares. Voilà qui plaide en faveur du libre choix des familles.

 

Pour autant les décisions d'orientation ne sont pas à l'abri des inégalités sociales. Ainsi si 89% des enfants de cadres sont orientés en 2de GT, c'est le cas que pour 36% des enfants d'inactifs et 43% des employés de service. Or les demandes des familles sont e cause selon une étude de la Depp. Ainsi 91% des cadres demandent la seconde GT pour leur enfant quand ce n'est que 36% des inactifs. A notes égales, les écarts entre les souhaits sont importants. Quand ils sont très bons, 98% des enfants de cadres demandent la seconde GT quand c'est seulement 80% des enfants d'ouvriers non qualifiés.

 

La conclusion c'est qu'on ne saurait, dans tous les cas, faire l'impasse pour une véritable éducation à l'orientation. Mais celle-ci peut elle avoir lieu si l'élève et sa famille sont convaincus que la décision finale sera prise sans eux ?

 

Francois Jarraud

 

Le décret

Etude Depp

Par fjarraud , le jeudi 09 janvier 2014.

Commentaires

  • LionelJeanjeau, le 09/01/2014 à 09:11
    L'éducation à l'orientation est en effet cruciale. Elle figure d'ailleurs dans le décret, ce que ne mentionne pas votre article : "Après la mise en œuvre des dispositions prévues par les articles D. 331-26 à D. 331-32 du code de l'éducation [...]". L'article cité est précisément celui qui définit l'éducation à l'orientation.

    Cette éducation, toutefois, n'est intéressante que si elle est clairement définie. Car on sait tous, en réalité, que l'orientation des collégiens et des élèves de seconde est d'abord l'histoire d'une lutte d'influence. Beaucoup trop de professeurs, de COP, et de chefs d'établissement considèrent encore l'orientation des élèves en difficulté comme une aide à choisir ce qui n'est pas réaliste pour eux. Or le caractère "irréaliste" d'une orientation est bien souvent le fruit de nos propres perceptions culturelles et de notre propre relation à l'école. Notre vision de l'orientation est donc nécessairement "orientée". C'est une des causes essentielles des inégalités scolaires (et sociales, qui ne se recoupent pas tout à faite) devant l'orientation, que votre article rappelle fort à propos. Lorsque nous nous adressons à des familles culturellement éloignées de l'école, il faut faire attention à notre discours, et (pour caricaturer) éviter les formules du type "mais vous savez, pour lui, une seconde professionnelle c'est déjà très bien !". Tiendrait-on ce genre de discours à nos propres enfants, même en difficulté ? A l'inverse, prenons garde de ne pas décourager un enfant de cadre ou d'enseignant qui a un projet d'apprentissage, au prétexte qu'il a d'assez bons résultats scolaires et qu'une seconde générale pourrait s'envisager. Car nous le faisons trop rarement pour les enfants de milieux défavorisés, dont il nous apparaît inconsciemment plus "logique" de les voir partir en apprentissage.

    Parvenir à s'affranchir de ces préjugés est essentiel. Éduquer à l'orientation, ça doit être informer, faire découvrir, donner tous les éléments nécessaires à la prise de décision. Mais sans influence, autant que possible. En cela, je trouve que le plus important dans ce décret, n'est pas qu'il laisse finalement le choix à la famille, car sur le terrain, depuis quelques années, c'est assez largement comme ça que les choses se passent. Ce qu'il a d'important, ce décret, c'est qu'il rappelle - de façon certes indirecte - qu'il faut aider les élèves à choisir, et non pas les aider à comprendre ce que l'on a - consciemment ou non - choisi pour eux. L'orientation choisie n'a de sens qu'à ce prix.
    • Viviane Micaud, le 09/01/2014 à 17:59
      Vous oubliez une chose : La quasi-totalité (je dirais 99,98%) des élèves qui ont une chance raisonnable de réussir la 2nd GT et qui en font la demande ont leur demande acceptée. Vous êtes de ceux dont le négationniste empêche de trouver des solutions. Non : on ne peut faire récupérer des fortes lacunes en expression et en méthode de travail qui datent de plus de 5 ans et faire un programme de 2nd GT. Ce n'est pas possible. Tous les élèves peuvent progresser mais à condition que l'on leur donne des défis correspondant à leurs acquis. 
      Le principale problème est le AFFELNET, programme d'affectation dans les filières professionnelles, affectation basée sur les notes, la proximité du lycée et des points de bonus pour ceux qui viennent de filière spécifique. C'est une catastrophe parce que cela empêche de les élèves pour s'impliquer dans leur choix, et cela crée une hiérarchie des filières.
      Un tiers des élèves n'ont pas la filière qu'ils ont demandée en premier, et se retrouve à apprendre un métier qu'ils n'ont pas choisi. Par ailleurs,l'informatique fait écran et les élèves s'impliquent insuffisamment quand ils choisissent une formation qui conduit à un métier.
      Les représentations fausses de la société sur le destin en fonction des origines sociales existent. C'est une des raisons pour lesquels,un élève très juste fera le forcing pour aller en 2nde générale s'il est issu de milieu favorisé. Il fera le choix de la sécurité en choisissant une filière professionnelle s'il est issu de milieu défavorisé. 
      Cependant, il est évident qu'en supprimant le filtre qui vérifie la capacité à réussir, vous allez amplifier le phénomène, non pas le réduire. Les exemples des élèves qui se sont plantés en allant "alors qu'il n'était pas destiné d'après les représentations de la société" vont créer une spirale négative et augmenter l'auto-censure.
      Les élèves issus de milieux favorisés ont un meilleur soutien après un plantage "Tu as au moins essayé" que ceux qui sont issus d'un milieu simple  "Tu as échoué dans la confiance qu'on a mis en toi". 
      Il y a un mécanisme psychologique lié à une croyance que les "études ce n'est pas pour moi", mais il y a aussi le coût des études et le risque de se planter. Les familles préfèrent assurer. C'est sur tout cela qu'il faut travailler. Le dernier mot au parent est totalement hors sujet.
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