Innovation : La Fespi interpelle l'Education nationale sur sa frilosité 

Réunis à Paris le 1er février à l'appel de la Fédération des établissements scolaires innovants (Fespi), une quarantaine d'enseignants ont constitué un collectif de porteurs de projets et échangé sur les difficultés qu'ils rencontrent pour les faire avancer. Si l'innovation est portée au sommet de l'institution, sur le terrain la méfiance reste de mise envers les porteurs de projet.

 

 Il a fallu sortir les tabourets. Répondant à une invitation de la Fespi, une quarantaine d'enseignants représentants une dizaine de projets d'établissements innovants, se sont retrouvés à Paris le 1er février. Ils viennent de la région parisienne mais aussi de l'ouest (Rennes, Nantes), du sud ouest (Montpellier, Toulouse) ou de Lyon, portant pour moitié des projets de collège innovant, pour moitié de collège-lycée. Tous ont engagé le dialogue avec les autorités académiques pour ouvrir un établissement innovant.

 

Un exemple : le collège polytechnique coopératif à Aubervilliers

 

C'est le cas, par exemple , du "collège polytechnique et coopératif à Aubervilliers". Derrière ce projet, une quinzaine d'enseignants du 93 qui ont créé un groupe de travail depuis déjà deux ans. Des trentenaires qui, au bout d'une dizaine d'années d'exercice, jugent sévèrement le système éducatif. "Le projet vient des difficultés que nous rencontrons, de ce que nous vivons de dur et de violent dans l'institution scolaire", nous a confié Aude Cornut,  professeur de lettres dans un collège de Saint-Denis (93). "Le cadre scolaire ne permet pas aux enfants de devenir des élèves. L'école n'arrive pas à les faire entrer dans les apprentissages. On veut créer les conditions d'une mise en apprentissage en faisant en sorte qu'ils trouvent leur place dans le collège".

 

Au coeur de leur projet, l'idée d'articuler les savoirs théoriques et les savoirs techniques. "Il s'agit de manipuler pour conceptualiser et ce comprendre pour faire", affirme le manifeste du projet. Le futur collège devrait décloisonner les disciplines, donner une place importante au travail manuel , "apprendre pour faire, faire pour apprendre". Les enseignants ont aussi réfléchi à une autre architecture scolaire. Pour eux, les établissements actuels ne sont pas pensés pour l'enseignement. "Par exemple les couloirs sont des lieux de trasgression. on pourrait imaginer d'en faire des espaces qui puissent être investis par el élèves pour s'asseoir ou travailler". leur projet de collège s'articule en "maisons" d'environ 200 élèves articulées autour des espaces collectifs. Le projet accorde aussi beaucoup d'importance à une gouvernance collective de l'établissement avec une gestion collective des conflits.

 

"On nous balade"

 

 Ce projet , comme les autres démarches présentes, rencontre à la fois de l'intérêt et des résistances. Dans le système mis en place par Vincent Peillon, pour la Fespi, c'est l'autorité académique locale qui seule décidera ou pas de soutenir les projets. Fédération d'établissements innovants, la Fespi a obtenu une reconnaissance institutionnelle. Elle siège au conseil de l'innovation et travaille en lien avec le ministère. Pour elle, il y a "un grand écart entre les orientations nationales et les freins, les résistances, la frilosité constatés à l'échelle locale".

 

C'est ce qui ressort clairement des témoignages des porteurs de projets d'établissements innovants. "On nous balade", témoigne une équipe du sud ouest de la France. "Le rectorat est très intéressé mais nous dit qu'il n'est pas compétent. La cardie ne répond pas au courrier. Le rectorat nous demande des informations réglementaires et fait comme s'il n'était pas informé de la politique ministérielle". Dans une académie du sud, un projet de collège est promené par le doyen local des IPR qui joue sur les mots. Ailleurs, en région parisienne, c'est la perspective d'une gestion collective de l'établissement qui effraie les autorités académiques. Un peu partout les porteurs de projet ploient sous les dossiers techniques, rencontrent de la sympathie mais rien ne semble pouvoir faire bouger les autorités. Ici on exige que l'établissement futur entre dans l'éducation prioritaire, là on ne le juge intéressant que parce qu'il n'y entre pas...

 

A quoi sert l'administration de l'innovation ?

 

La Fespi veut interpeller l'institution sur "cette paralysie" et demande que "les instances académiques soient sensibilisées à la question de l'innovation, que des moyens soient alloués à sa promotion et qu'un accompagnement sincère et productif soit mis en oeuvre pour soutenir les démarches". Alors que l'innovation dispose d'une administration centrale, avec une direction ministérielle, d'un conseil national, il semble bien que son administration reste en panne.

 

François Jarraud

 

Sur le collège polytechnique et coopératif d'Aubervilliers


Par fjarraud , le lundi 03 février 2014.

Commentaires

  • Jean Agnes, le 03/02/2014 à 07:37

Vous devez être authentifié pour publier un commentaire.

Partenaires

Nos annonces