Collèges, lycées : Le scandale des lieux sans aisance  

Un collégien et un lycéen sur trois évite totalement les toilettes de son établissement. Le rapport de l'Observatoire national de la sécurité et de l'accessibilité des établissements d'enseignement (ONS) dresse pour la première fois un état des lieux désastreux et injustifiable. Il fait le point aussi sur l'accessibilité des établissements aux personnes handicapées et justifie le report à après 2015 de l'accessibilité complète généralisée.

 

Un véritable tabou pour l'Ecole

 

"Le “problème des toilettes” n’est pas une fatalité. S’en saisir ne doit pas être tabou, vu les conséquences induites sur la santé et le bien-être". Pourtant c'est bien un tabou que soulève le rapport l'Observatoire national de la sécurité et de l'accessibilité des établissements d'enseignement (ONS). Six ans après une première enquête auprès des écoles primaires, l'ONS réalise une nouvelle enquête auprès des établissements secondaires. Près de deux mille établissements (1739 exactement) y ont participé assurant une forte crédibilité au travail de l'ONS. Et les résultats sont catastrophiques.

 

Près d'un collégien et lycéen sur trois n'utilise jamais les toilettes scolaires. Rappelons qu'en 2007, 7% des écoliers n'utilisaient jamais les toilettes de leur école. 43% ne le font que quand ils y sont vraiment obligés. C'est dire que seulement un élève sur cinq du secondaire utilise normalement les toilettes de son établissement. Mais le pire c'est que le diagnostic n'est pas vraiment partagé. Quatre établissements sur dix estiment que tout va bien sur ce plan chez eux. Deux sur trois se satisfont d'un entretien quotidien des toilettes. Quand la moitié (42%) des élèves se plaignent du manque de papier, 90% des établissements estiment que les toilettes en sont dotées. On observe le même aveuglement pour l'absence de savon. Le rapport souligne que la question est rarement traitée en CA et même en comité d'hygiène et sécurité. Bref, les établissements ferment les yeux et se pincent le nez.

 

Des conséquences durables sur les corps et les esprits

 

Or on sait depuis la première enquête sur les écoles primaires, que le fait de se retenir toute la journée a des conséquences importantes sur la santé des enfants. En 2003, la thèse de Bénédicte Hoarau portait sur des collégiens. Elle a pu faire le lien entre l'utilisation des toilettes et les indications de fréquence de symptômes abdominaux, digestifs et urinaires. L’étude montre que ce sont les filles qui souffrent le plus des troubles recensés : incontinence urinaire, brûlures à la miction et constipation, douleurs abdominales. Cela influe davantage sur leur capacité à se concentrer.

 

Mais le triste état des toilettes a aussi des conséquences sur le climat des établissements et le jugement porté sur l'école et les adultes qui, eux, disposent de toilettes correctes. Interrogé par le Café, Paul Raoult, président de la Fcpe, estime qu'il y a un double langage dans l'école. Celui sur l'hygiène et la santé et un langage d'établissement qui dénonce le gaspillage du papier toilette et le comportement des élèves. En 2008, Philippe Meirieu déclarait : " On ne dit pas assez à quel point cette impossibilité totale de trouver l'intimité nécessaire et l'environnement accueillant entraine (les écoliers) vers une sorte de déni complet de ces réalités physiques... Que ce qui est vraiment inconvenant c'est de réserver les toilettes propres et entretenues aux seuls adultes.. On ne dit pas que c'est cette attitude qui condamne les enfants à l'obscénité"... Nous exaltons dans nos institutions l'intelligence spéculative, tandis que nous les contraignons à s'humilier au quotidien. "

 

Faut-il ou non réglementer ?

 

Pour l'ONS, la solution c'est l'éducation des élèves. L'Observatoire recommande d'associer les élèves à la réflexion de l'établissement sur ces questions. Il demande de "prévoir dans l’établissement un temps de réflexion globale sur la question des sanitaires" et d'organiser " à l’échelle nationale une semaine de campagne sur le bon usage des espaces collectifs (dont les sanitaires) dans les établissements scolaires pour inciter les élèves à adopter des comportements citoyens". Le rapport donne aussi des conseils techniques sur l'équipement des toilettes pour éviter les dégradations et gaspillages et favoriser l'entretien.

 

Pour Paul Raoult, par contre, la question est réglementaire. "Il faut légiférer et fixer un taux de toilettes par rapport au nombre d'élèves et des normes de nettoyage.  C'est honteux d'en passer par la loi mais c'est la condition pour s'en sortir". En effet, aucun règlement ne s'impose aux établissements. Interroger sur ce point par le Café pédagogique, Jean-Marie Schléret a rappelé son choix de la démarche éducative et n'a pas répondu...

 

C'est finalement l'Education nationale qui semble enfin prête à agir. Dans un communiqué publié le 11 mars, le ministère estime que "si les conseils généraux et régionaux ont la responsabilité du bâti, le ministère a également un rôle à jouer dans la diffusion des bonnes pratiques en matière d'hygiène et de respect des lieux et des personnels". Il annonce que la prochaine circulaire de rentrée demandera " de porter une attention particulière à l'environnement scolaire (sanitaires, cours de récréation, etc.) et à la qualité de son entretien". La circulaire fixera-t-elle des normes ou des indications précises ?

 

François Jarraud

 

Le rapport de l'ONS

En 2008, le scandale des toilettes des écoles

Un article de 2008

 

 

Par fjarraud , le mercredi 12 mars 2014.

Commentaires

  • Franck059, le 12/03/2014 à 14:20
    Bon et bien aujourd'hui c'est pipi, caca, popo, ... voilà qui va relever le débat à l'éducation nationale !
  • Viviane Micaud, le 12/03/2014 à 10:16
    Ne nous voilons pas la face : ce sont les élèves qui saccagent les toilettes, gaspillent le papier, et dérangent l'intimité de leurs camarades quand ils sont dans les toilettes.
    L'ONS a raison, le principale levier est la prise de conscience collective des jeunes. Que ceux-ci ne trouvent plus drôles de faire des farces potaches et de supprimer le papier pour les suivants. La FCPE devrait arrêter de nier l'évidence.
    Ensuite, il faut que la direction de l'école en face une priorité. Quand il y a un début de comportement déviant de jeunes, que les moyens de surveillances et de médiations soient utilisés. Encore, faut-il que ceux-ci soient en nombres suffisants dans l'établissement. Une des raisons des dérives de l'environnement scolaire est qu'en France les enseignants ne participent pas à la surveillance des cours. C'est une constatation. Je ne permettrai pas de proposer de revenir sur cet avantage acquis. Il nous faut plus de surveillants ou mieux impliquer le personnel de service des établissements.
    Aujourd'hui, il y a les établissements qui ont su considérer la propreté des toilettes comme une priorité, et les établissements qui ont baissé les bras. Beaucoup parmi ces derniers n'avaient pas les moyens de faire autrement.
    Depuis 30 ans, il y avait un consensus entre les syndicats, les services centraux de l'éducation nationale et d'autres acteurs, pour nier les conséquences d'un mauvais environnement scolaire, l'existence de mauvais environnement scolaire dans un certains nombres d'établissement et la manière dont ceux-ci se construisent. 
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