Avec la tablette, dessine-moi un fabliau 

Faire vivre la littérature médiévale auprès d’adolescents du 21ème siècle : c’est le pari gagné par Cynthia Hocmelle, professeure de lettres au collège de la Triouzoune à Neuvic en Corrèze. Une classe de 5ème et une classe de 2nde bac pro d’un lycée agricole voisin ont collaboré pour transformer des fabliaux en bandes dessinées. Des tablettes numériques ont été utilisées pour aller au bout de l’aventure pédagogique. Une rencontre avec un dessinateur a favorisé la maîtrise réfléchie du langage de l’image. Cynthia Hocmelle raconte les différentes étapes du projet et livre son conseil aux enseignants : osez !

 

Comment s’est opéré le travail spécifique sur les fabliaux ?

 

Ma collègue du LEGTA et moi-même avons sélectionné 4 fabliaux. Les critères ont été les suivants : des textes du patrimoine, courts, qui peuvent facilement être mis en images, que l’on peut travailler en 5e et en Bac pro. Nous avons étudié ces textes de manière très classique, chacune dans notre classe. Les élèves savaient qu’ils devraient par la suite faire un choix entre ces quatre fabliaux. Les groupes se sont constitués en fonction des textes sur lesquels ils souhaitaient travailler. Un élève a voulu travailler seul.

 

Comment avez-vous utilisé les tablettes numériques ?

 

Les tablettes ont été utilisées sur le niveau 5e uniquement, les lycéens n’en ayant pas. Dans notre département, tous les élèves sont dotés en cours d’année de 6e. La visée de l’utilisation de la tablette était multiple : il s’agissait d’apprendre aux élèves à faire le tri dans leurs idées, à les organiser, à retravailler leur brouillon, à échanger rapidement et à se servir des fonctionnalités de base de la tablette.

 

La première étape a été de « découper » le texte selon les différentes étapes. Les textes étaient déposés sur le compte iTunes U de la classe, ils l’ont ouvert dans pdf notes et ont pu séquencer. Les méthodes des élèves ont différé. Certains ont surligné les passages de couleurs différentes, d’autres les ont séparés par des blancs typographiques, etc. Ensuite, grâce à la wifi, ils m’ont envoyé leur travail par mail, ce qui m’a permis de contrôler directement ou en différé leur avancée, pour ceux qui ont eu besoin de plus de temps. 

 

Une fois le séquençage validé, ils ont essayé de réaliser leur scénario. Avec Pages, ils ont numéroté les extraits copiés-collés du texte en fonction des vignettes qu’ils souhaitaient voir dans leur planche. Je leur ai demandé de noter également le type de plan / cadrage et de surligner dans l’extrait le texte qu’ils réutiliseraient dans leur vignette. Le même va-et-vient par mail s’est effectué avec différentes remarques à chaque fois sur l’accumulation, la taille du texte parfois trop longue, l’intégration de plans différents… Cet aller-retour a finalement été plus rapide que ce que je n’imaginais. L’étape du brouillon écrit était alors terminée.

 

Comment s’est déroulée la phase de réalisation des planches ?

 

Les élèves ont d’abord commencé en classe, sans M. Bettinelli, le brouillon des croquis. Le passage au « dessin », même sous simple forme de bonhomme fil de fer, a bloqué certains élèves au début, qui n’osaient pas dessiner devant les camarades de leur groupe ! Puis chaque groupe a fait le croquis basique de sa planche.

 

Ensuite, M. Bettinelli est intervenu le matin dans la classe des 2nde Bac Pro, puis avec les 5e. Il a présenté son travail puis a eu le temps de passer dans chaque groupe afin de les aider à retravailler leur brouillon de croquis et à passer au propre. Ça a été une grande motivation pour les élèves, qui étaient déjà très actifs dans le projet, mais ont vraiment pu bénéficier des conseils d’un professionnel.

 

Le projet instaure une collaboration entre deux établissements (un collège et un lycée agricole), entre deux classes de niveaux différents (une classe de 5ème et une classe de 2nde bac pro) : comment s’est passée cette collaboration ?

 

Malheureusement c’est l’un des points négatifs du projet, ma collègue ne les avait que 2h par semaine et des sorties non planifiées au début du projet ont empêché la rencontre physique entre les deux classes, puis les 2nde bac pro sont partis en stage et les 5e en voyage scolaire. La collaboration s’est donc arrêtée à l’échange des planches réalisées et à la discussion autour des diverses interprétations au sein d’un seul groupe classe à chaque fois. A l’origine, les élèves devaient travailler en parallèle et une rencontre finale devait avoir lieu où chacun présenterait son parti pris pour les passages représentés ou non, les plans choisis, etc.

Un des objectifs était de montrer la diversité des traitements d’un texte selon les points de vue, les élèves : cet objectif vous semble-t-il avoir été atteint ?

 

Oui cet objectif a été atteint, car dans les productions finales, certains passages ont été traités différemment : plan d’ensemble ou gros plan, avec phylactère ou  cartouche, les passages dialogués utilisés ont été différents, la morale a été présentée par un personnage / dans un cartouche /  écrite sur un plan d’ensemble…

 

L’utilisation des différents plans était très intéressante. Certains sont restés objectifs, d’autres en point de vue subjectif ont suivi le personnage principal souvent de dos ou incomplet.

 

Les élèves ont rencontré un « Bédéiste » de Limoges, Mickaël Bettinelli : le travail créatif qu’ils avaient préalablement mené vous semble-t-il avoir rendu cette rencontre plus enrichissante ?

 

Oui, la rencontre en a bénéficié, car ils connaissaient en partie le vocabulaire (certains ont ressorti leur fiche) et les questions posées étaient variées et vraiment en lien son métier, sa création, sa technique (principalement du noir et blanc dans la bande dessinée présentée « Le Grimoire pourpre – Countès¬ », les Ardents Editeurs).

 

Quel bilan final tirez-vous de l’expérience ?

 

Pour les points négatifs, je suis surtout déçue que la rencontre avec les 2nde bac pro n’ait pu avoir lieu. De plus, on devait exposer leurs travaux à la bibliothèque municipale, mais la fin de l’année est trop vite arrivée.

 

Mais les élèves ont été très investis, certains ont avancé leur planche les soirs ou week-end, sans que cela soit demandé, ils se sont assez bien réparti le travail dans le groupe (réalisation des cadres, dessin, encrage, couleur, texte) et sont restés motivés tout au long du projet.

 

L’utilisation des tablettes a été bénéfique car tout le travail de brouillon a été réalisé dans la bonne humeur et les corrections ont été plus faciles et rapides à apporter. De plus, un groupe a eu un souci avec sa tablette et le fait de l’avoir sur ma messagerie a permis de récupérer leur travail sans aucun problème.

 

Le principal problème rencontré a été financier : on devait avoir deux rencontres avec M. Bettinelli, mais les fonds des établissements ne l’ont pas permis. De plus, des problèmes de gestion pour le règlement de l’intervenant ont compliqué la tâche.

 

Des conseils pour les collègues qui souhaiteraient tenter l’expérience ?

 

Commencer assez tôt dans l’année. Caler des dates de rencontres des deux établissements (et les mentionner en C.A. si possible), Qu’un seul établissement règle l’intervenant puis envoie une facture au second, nous avions divisé la somme en deux, mais ça a posé problème et c’est l’intervenant qui a dû attendre bien plus longtemps que prévu la deuxième moitié de son règlement. Oser, c’était vraiment un travail très agréable et bien moins laborieux qu’il semble l’être !

 

Propos recueillis par Jean-Michel Le Baut

 

La présentation du projet sur le site académique

La rencontre avec le graphiste Michaël Bettinelli

Une fiche sur le vocabulaire de l’image

Un diaporama autour de la bande dessinée

 

 

Par fjarraud , le jeudi 20 mars 2014.

Commentaires

  • Jean Agnes, le 20/03/2014 à 07:41

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