APLV : Il faut une politique nationale des langues 

Qu'attendent les professeurs de langues vivantes du nouveau ministre ? L'APLV regroupe des enseignants de toutes langues, de la maternelle à l’université. Totalement indépendante du ministère, elle fait remonter les problèmes du terrain vers le ministère. Or, pour son président, Jean-Marc Delagneau, les langues vivantes souffrent d'un désintérêt en haut lieu. " On déplore c'est l'absence d'une politique nationale de langues vivantes", nous dit-il.

 

On a eu plusieurs rendez vous avec le cabinet précédent sur la réforme des épreuves de langues au bac. On attend de la nouvelle équipe qu'elle s'intéresse un peu plus aux langues vivantes. La maîtrise des langues vivantes est importante pour le programme de relance économique que prépare le gouvernement. Les compétences en langues des jeunes sont un atout pour eux et pour le pays.

 

Or aujourd'hui nous sommes inquiets en ce qui concerne l'égalité territoriale. On observe que l'enseignement de langues est remis en cause ici ou là par les initiatives de certains recteurs qui réduisent ou menacent de le faire l'offre en langues. Il y a aussi le réductionnisme de l'offre en langues au profit de l'anglais. Si on veut améliorer la compétitivité du pays il faut maintenir une offre diversifiée en langues.

 

Un autre sujet d'inquiétude ce sont les épreuves de langues au bac. Passées en partie dans les établissements durant l'année scolaire elles créent des différences entre établissements. On demande à la nouvelle équipe de s'emparer de ces questions.

 

Parce que ce qu'on déplore c'est l'absence d'une politique nationale de langues vivantes ces dernières années. Le cabinet s'est mobilisé sur de nombreux sujets dont les rythmes scolaires. Mais il s'est désintéressé des langues. On ne peut pas laisser à l'échelon local la décision de l'offre en langues vivantes. A cela s'ajoute aussi le fait qu'il n'y a pas d'amélioration des conditions d'enseignement en ce qui concerne les horaires et les effectifs d'élèves. C'est difficile d'apprendre une langue vivante avec des classes bondées.

 

Par exemple, quelles politiques locales vous ont posé problème ?

 

Je peux citer les académies de Rennes et Toulouse. Les recteurs ont pris l'initiative de proposer une politique locale des langues. A Rennes le recteur a pris des mesures visant les classes bilangues avant de faire marche arrière. A Toulouse, il y a eu une tentative de faire démarrer la langue vivante 2 dès la 5ème en imposant des restrictions ailleurs. Ces politiques locales ne tiennent pas compte de dimension nationale. On est dans une incohérence totale par rapport à la formation des jeunes  mais aussi par rapport a leur mobilité. Puisque les jeunes bougent, il faut bien la même offre éducative sur le territoire national. IL y a un autre point où il faut revoir et mettre en place une politique nationale c'est la formation des maîtres. Dans les Espé il n'y a pas de politique nationale de formation. Par exemple au primaire comment utilise-t-on les compétences des jeunes en langues ?

 

Le Conseil supérieur des programmes va s'attaquer à la refonte des programmes du collège et du lycée. Vous travaillez avec lui ?

 

On a manifesté notre intérêt pour le faire. Mais nous n'avons été associés à aucune réunion.

 

Quels événements à venir sur l'agenda de l'APLV ?

 

Notre association tiendra son colloque national en novembre. D'ici là nous lançons une réflexion sur la politique des langues en France.

 

Propos recueillis par François Jarraud

 

Pour l'APLV rien ne va au bac

 

 

 

Par fjarraud , le vendredi 18 avril 2014.

Commentaires

  • Viviane Micaud, le 18/04/2014 à 10:25
    Je n'ai pas vu dans ce texte l'analyse du besoin de la nation. Les possibilités de travail sur la compréhension, la grammaire et les bases de l'oral, par les nouvelles technologies numériques. Le cas des élèves avec une mémoire visuelle pour qui l'apprentissage des langues est une corvée et qui les abandonnent toute dès l'obtention du bac, sauf l'anglais indispensable pour la communication internationale. 
    L'APLV semble ne s'intéresser qu'aux revendications corporatistes des enseignants de langue. C'est leur rôle. J'espère que le CSP s'occupera des autres sujets. 
    • Rosie, le 20/04/2014 à 16:27
      Le besoin de la nation se résumerait-il aux besoins des élèves ayant une mémoire visuelle ?
      Le besoin de la nation en matière de langues vivantes ne serait-il pas plutôt d'assurer au plus grand nombre possible, quelque soit leur origine sociale ou leur handicap, l'accès à l'apprentissage d'au moins une langue vivante, et, à chaque fois que c'est possible, deux  ? 
      Les élèves ayant une mémoire visuelle sont déjà privilégiés parce qu'ils possèdent au moins une forme de mémoire qui peut les aider dans leurs apprentissages. Si Madame Viviane Micaud trouve qu'être doté d'une mémoire plutôt visuelle est un handicap pour apprendre les langues vivantes (ce qui reste à prouver car en tant que professeur d'anglais j'ai toujours constaté que les élèves apprenaient plus vite quand leur mémoire visuelle leur permettait d'associer image et son) elle ne s'inquiète pas de ceux qui n'ont pas de mémoire auditive,  et encore moins de ceux qui sont mal entendants, et pour qui apprendre une langue vivante n'est pas une corvée - pour reprendre le terme de Madame Micaud - mais un supplice.

       De très nombreuses personnes sont mal entendantes et l'ignorent. Les enseignants perçoivent que quelque chose ne va pas chez certains enfants sans savoir que ces enfants entendent mal, les enseignants  n'ont pas reçu la formation nécessaire, ni pour diagnostiquer, ni pour prendre en charge ces enfants. Certains sont diagnostiqués « dyslexiques » (mais il n'y a pas que cela dans la dyslexie), d'autres étiquetés «  mauvais en langue ». 
      Dans l'apprentissage des langues vivantes l'accent est mis, à juste titre bien sûr et surtout dans les premières années de l'apprentissage, sur la communication orale, mais on ne va reproduire correctement un son que si on l'entend bien. On peut naître avec un handicap auditif plus ou moins sévère, et ce handicap peut aussi résulter de l'éducation.
      Chaque langue occupe une gamme de fréquences plus ou moins limitée, et les gammes ne se recoupent pas forcément d'une langue à l'autre. L’oreille du bébé perçoit tous les sons et les rythmes de son environnement linguistique mais il perd graduellement cette capacité à l'adolescence. L’oreille s’ouvre donc aux fréquences de la langue maternelle mais elle demeure aussi « fermée » à celles qui n'en font pas partie. À l’adolescence, si l'oreille n'a pas été entraînée, elle aura de grandes difficultés à percevoir des sons situés dans une gamme de fréquences hors de son champ habituel. 
      La bande passante du français couvre une zone fréquentielle relativement limitée qui ne couvre que très peu les fréquences basses et élevées (voir par exemple diagrammes ici  ou ici ) ce qui pour les Français représente un handicap certains dans l'apprentissage des langues vivantes et un grand motif de découragement et de rejet des langues vivantes chez des enfants « mal-entendants » qui s'ignorent et que l'école a mal orientés. Un enfant qui entend mal, qui ne le sait pas, que le professeur ne peut pas diagnostiquer (ces problèmes d'audition ne sont que très rarement abordés dans la formation initiale ou continue des professeurs de langues) devrait pouvoir apprendre en première langue vivante une langue dont les fréquences et le système d'accentuation sont proches du français, l'allemand ou l'espagnol par exemple. Des quatre langues les plus enseignées en France (allemand, anglais, espagnol, italien) l'anglais est celle dont l'apprentissage est le plus difficile car les fréquences du français s'arrêtent à environ 2 000 Hz, là où commencent celles l'anglais (qui va jusqu'à 12 000 Hz). Or combien d'enfants peuvent échapper au tout anglais en France ? Soit par une mauvaise information des familles, soit parce que l'offre de l'éducation nationale n'existe pas.

      Pour cette raison, le véritable besoin de la nation - pour reprendre le terme de Madame Micaud - en matière de langues vivantes repose certainement plus sur la mise en place d'une politique linguistique proposant une offre réelle et diversifiée sur tout le territoire que sur l'apprentissage de la grammaire ou le fait de traiter la mémoire visuelle comme un handicap. Qu'un enfant puisse commencer par apprendre une langue qui puisse l'aider à prendre confiance en lui, à s'épanouir, à s'ouvrir sur la diversité culturelle qui l'entoure et qui lui permettra de prendre en main ses techniques d'apprentissage qu'il pourra ensuite mettre en œuvre dans l’apprentissage d'une seconde langue. 

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