Corentin Durand (UNL) : Pour faire suite à mes déclaration dans le Café pédagogique 

Le 2 juin, le Café pédagogique reprenait des propos du président de l'Union nationale lycéenne (UNL), Corentin Durand, mettant en cause les pratiques d'exclusions dans les lycées. Des propos qui ont valu de nombreux mails à Corentin Durand. Il y répond ici en une seule fois.

 

Je me permets aujourd’hui d’adresser une lettre ouverte à toutes les personnes qui m’ont manifesté leurs inquiétudes quant à mes propos sur la circulaire disciplinaire, relayés par le Café Pédagogique le lundi 2 juin. J’entends également, à cette occasion,, m’adresser à ceux qui n’ont pas pris l’initiative de se manifester mais qui se sentent aussi concernés et inquiets. Je veux lever toutes ambiguïtés afin d’affirmer mon point de vue en tant que syndicaliste mais aussi en tant que lycéen. Pour cela je tiens à clarifier mes intentions et mon point de vue, pour éviter les procès d’intentions, de crédibilité et assurer mon soutien sincère et total à tous les CPE, AED et proviseurs de nos lycées qui font un travail considérable, noble et que je sais souvent délicat.

 

Lycéen en terminale littéraire, usager du service public de l’éducation, je commencerai par rappeler que le point de vue des lycéens sur les procédures disciplinaires est à la fois légitime et nécessaire pour comprendre le problème de la discipline dans le secondaire dans son ensemble. En tant que syndicat lycéen, l’UNL a toujours tenu à apporter tant sur le plan des établissements que sur le plan national un soutien aux élus dans les conseils pour mieux connaître les droits de chacun et un discours lucide et inquiet de l’intérêt de tous sur les questions disciplinaires. C’est pour ces raisons que notre soutien à la circulaire disciplinaire est cohérent avec notre démarche. Ce texte ne va évidemment pas assez loin dans la remise à plat du problème. Mes propos ne cherchent en aucun cas à stigmatiser les acteurs, mais bien plus à interroger le système disciplinaire dans sa constitution. Plus grave et plus inquiétant qu’elle ne le semble, cette question aujourd’hui est une blessure réelle ancrée au plus profond de nos lycées. Les réactions à la circulaire traduise des crispations symptomatiques du délaissement dans lequel se trouve une majorité des acteurs de la discipline.

 

Il faut dire que le sujet de la discipline a été maltraité, brandit et récupéré par la droite au pouvoir, afin de répondre et encourager des dérives conservatrices et autoritaires en s’appuyant sur le malaise de l’insécurité. Pourtant dans le lycée comme ailleurs, la sécurité s’illustre d’abord par la justice rendue, par la solution trouvée et par le vivre-ensemble consolidé. C’est donc en donnant à l’élève les moyens de comprendre les erreurs commises et par l’apprentissage des responsabilités que l’on construit, par l’éducation, cette sécurité. Je comprends en tant que lycéen que certains élèves puissent mettre les autres en danger, que certains élèves soient dans des situations de détresse grave qui se manifeste par une violence et un comportement qui ébranlent le lycée lieu de sûreté et d’épanouissement. Et c’est parce que je reconnais que la sécurité est un droit au lycée aussi important que la justice que je crois à une nécessaire et sérieuse refondation du système des sanctions. Les questions qui se posent aujourd’hui nécessitent un débat serein et lucide, car la situation que j’évoquais à propos de la circulaire est inquiétante. Rappelons ces trop nombreux d’élèves en difficultés qui vagabondent d’établissements en établissements, expulsés tour à tour de ceux-ci sans que personne ne se saisisse du problème de leur retour dans le chemin de la réussite.

 

Je considère comme essentiel le devoir de la République de donner un accès à l’éducation à chacun des élèves de France ; c’est pour cela que l’augmentation des capacité de médiations, de suivis et d’aides pour tous les élèves me parait comme effectivement urgente. Comme la médiatrice de l’éducation nationale le souligne elle-même, la situation actuelle, dans laquelle le proviseur détient trop de pouvoir lors du conseil de discipline, n’est pas garante du respect de procédures saines ni d’une juste répartition des rôles entre les acteurs. Cette situation ne garantit en aucune façon la pérennité d’un climat scolaire apaisé sur tout le territoire. C’est bien pour cela que, je le crois, nous avons tous à gagner à promouvoir l’expérimentation des conseils de discipline délocalisés dans d’autres établissements.

 

Face aux caricatures l’UNL tient son cap de défenseur des droits des lycéens et de force de proposition. Nous savons bien que l’enjeu du climat scolaire est aussi l’enjeu de la réussite de chacun. J’invite ainsi chacun à exiger une refondation totale du rôle de la sanction dans l’éducation : nous devons veiller à rechercher de nouvelles solutions, de nouveaux modes d’action et réaffirmer ainsi l’efficacité des principes disciplinaires. Tout jeune de France a droit à l’éducation, en toute sécurité. De même que les difficultés disciplinaires révèlent souvent des problèmes éducatifs, les solutions disciplinaires doivent constituer de véritables réponses éducatives. Respect des principes du droit et ambition pédagogique sont les conditions d’un nouveau système disciplinaire plus juste, plus efficace que j’appelle de mes voeux.

 

Corentin Durand

Président de l’UNL

 

L'article du 2 juin


Par fjarraud , le mardi 10 juin 2014.

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