Brevet : De l'évaluation du socle à la démission du président du CSP 

Seul diplôme détenu par la quasi totalité des jeunes français, le brevet divise pourtant profondément les spécialistes de l'Ecole. Alors que le Conseil Supérieur des Programmes (CSP)  remet le 10 juin son rapport sur le socle, adopté à l'unanimité, son président,  Alain Boissinot, annonce sa démission. Selon Le Monde, qui cite l'AEF, Alain Boissinot estimerait ne pas avoir le sentiment "d'être toujours compris au sein du conseil dans l'ambition de dépasser les polémiques". Au coeur de cette décision, le sort du brevet et la validation du socle commun.

 

S'exprimant le 6 juin dans le cadre de l'Université de printemps du Snuipp 75, Denis Paget, enseignant chargé de recherche à l'institut de recherche de la FSU et membre du CSP,  présentait les propositions du CSP sur l'évaluation des élèves. Selon lui, le CSP s'apprêterait à en finir avec le brevet et le livret personnel de compétences (LPC). Un autre système d'évaluation, par compétences, remplacerait ce couple qui clôt les années collège. "On va en finir avec le Livret Personnel de Compétences", annonçait-il, "pour faire une évaluation unique". Actuellement, les élèves doivent en fin de troisième valider le socle et passer le brevet. La validation du socle est effectuée par un document administratif , le livret personnel de compétences (LPC), attestant l'acquisition de dizaines de compétences.

 

Denis Paget donnait d'autres informations sur la validation envisagée. "On évaluera les compétences domaine par domaine", ajoutait-il, précisant qu'il n'y aurait que "4 compétences par domaine", soit une vingtaine de compétences au total, 4 fois moins qu'aujourd'hui dans le LPC "allégé". Selon D Paget, la validation serait collégiale. Si l'élève n'a pas validé le socle en 3ème , il pourrait le valider au lycée. "Nous n'allons pas maintenir le brevet", a dit Denis Paget. "Il n'y aura que la validation du socle en fin de troisième". Selon lui, le CSP réfléchissait à la portée de la validation du socle. Le valider ouvrira-t-il la porte de toutes les classes de seconde ? Aujourd'hui l'orientation en fin de troisième se fait indépendamment du socle et du brevet.

 

Annoncés par Le Café pédagogique, les propos de Denis Paget ont eu un large écho. Interrogé par le Café le 6 juin, Alain Boissinot confirmait l'idée d'une évaluation unique remplaçant le brevet et le socle. Selon Le Monde, la formulation du rapport du CSP serait plus prudente mais appellerait à "une procédure simple et cohérente associant une évaluation progressive des acquis des élèves à chaque fin de cycle et une validation terminale du socle commun". Dans tous les cas, c'est bien la fin du brevet tel qu'il existe actuellement.

 

La suppression du brevet était plutôt bien accueillie. Le 7 juin, Frédéric Sève, secrétaire général du Sgen Cfdt, précisait au Café pédagogique que "le brevet est au moins aussi inutile que le bac". Dans Le Figaro, Christian Chevalier, secrétaire général du Se-Uns, recommandait un "brevet du socle évaluant les compétences". La démission d'Alain Boissinot semble montrer que les partisans de l'examen final, parmi lesquels le Snes, n'ont pas dit leur dernier mot...

 

François Jarraud

 

L'annonce du 6 juin


Par fjarraud , le mardi 10 juin 2014.

Commentaires

  • Viviane Micaud, le 10/06/2014 à 08:58
    Je n'en conclus qu'une chose : Ce sujet complexe n'est pas mûr. Il est urgent d'attendre d'y voir plus claire sur comment le socle va être traduit en programme pour savoir ce qui est évaluable et ce qu'il ne l'ai pas. Ce sur quoi, nous devons porter une vérification et qu'elle à la moins mauvaise solution pour le faire.
    Il serait peut-être intéressant de voir comment d'autres pays reconnus pour être performants font.
    Ce sujet interfère sur un autre sujet pas mûr, qui est l'orientation en fin de 3ème. Actuellement, aucun des problèmes de l'orientation de fin de 3ème qui concernent les plus éloignés des apprentissages, n'est pas traité :
    - un tiers des enfants qui ont choisi dans le professionnel se retrouvent à préparer un métier qu'ils n'ont pas choisi; C'est là où se trouve le plus haut taux de mécontents de l'orientation et le plus haut taux de décrochages,
    - il y a une auto-censure des parents impliqués pour leur enfant issus des milieux populaires, pour aller vers les formations longues, à cause de la croyance que ce n'est pas pour eux et à cause du coût des études (logements et nourritures), (risque de l'investissement dans des études).
    - les enfants qui ne sont pas dans une famille qui ont les "codes", qui ont de fortes lacunes dans les acquis et qui arrivent en 2nde générale, se découragent beaucoup plus vite devant la difficulté. Ils auraient besoin d'un accompagnement, par exemple, par des élèves de Terminale. 
    Le dernier mot aux parents dans l'orientation a été voulu par des établissements qui ainsi se débarrasse du problème de l'arbitrage et les fédérations de parents d'élèves, dont les adhérents ne veulent pas que leur petit chéri soit orienté et sont capables de l'aider s'il se plante, ainsi que certains pontes des services centraux qui avaient envie de jouer au démiurge.  
    Il est indubitable que le "dernier mot aux parents" sera nuisible pour les enfants les plus éloignés des apprentissages. Or orientation et brevet font partie de la même réflexion.
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