Education artistique et culturelle : Passer du diagnostic aux pratiques 

"L'éducation artistique et culturelle (EAC) n'est pas un supplément d'âme mais une ambition de transformation profonde de l'éducation". Les participants au colloque "Les défis de l'EAC pour tous", organisé par Marie -Christine Blandin et le collectif "Pour l'éducation, par l'art" au Sénat le 23 juin,  se sont sans doute retrouvés dans ce diagnostic. Sans doute aussi ont-ils partagé l'analyse fine de l'échec de la généralisation de l'EAC fait par l'inspectrice générale Laurence Loeffel. Une fois le diagnostic posé, il revient aux politiques de jouer. Et on attteint la limite du colloque...

 

Rappel à la loi

 

"L'éducation artistique et culturelle est un puissant levier d'émancipation et d'intégration sociale... Afin de réduire les inégalités et de favoriser un égal accès de tous les jeunes à l'art et à la culture, il est mis en place un parcours d'éducation artistique et culturelle personnalisé tout au long de la scolarité des élèves. Ce parcours doit permettre d'acquérir des savoirs artistiques et culturels, de pratiquer les arts, de découvrir des œuvres, des artistes, des monuments et des lieux à caractère artistique et culturel. Ce parcours doit s'appuyer sur les apports conjugués de l'institution scolaire et de ses partenaires : collectivités locales, institutions culturelles, associations. Il doit être l'occasion de mettre en place des pratiques pédagogiques coconstruites innovantes et actives, envisageant aussi l'art comme vecteur de connaissances". Si l'on en croit la loi d'orientation , adoptée en juillet 2013, l'éducation artistique et culturelle (EAC) est devenue un élément clé de la refondation et de la vie des établissements grâce au parcours d'EAC. Une circulaire de mai 2013 en a organisé l'application dans les établissements.

 

2,4 euros par élève

 

Mais, si la Commission de la culture de l'éducation et de la communication du Sénat organise ce 23 juin un colloque c'est qu'il n'en est rien. Malgré la volonté politique, la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, doit reconnaître que seulement 30% des élèves sont concernés de près ou de loin par l'EAC. La grande majorité y échappe complètement. Un rapport de l'Inspection générale de juin 2013 a mis à nu la réalité. " Si une certaine confusion peut naître face à la quantité de dispositifs offerts, il n’en reste pas moins que chacun présente des caractéristiques propres et des objectifs qui restent valides. Pourtant, ils ne sont pas tous utilisés à la même hauteur; loin s’en faut. L’explication ne réside pas dans un quelconque désintérêt des «usagers» mais bien dans l’érosion des crédits d’intervention tant de la part du ministère de l’éducation nationale que de celui de la culture et de la communication. Cet état de fait explique pour une large part l’arrêt de la dynamique qu’a pu connaître autrefois leur mise en oeuvre". Le rapport évalue à 2,4 euros par élève l'effort financier du ministère de la Culture. La contribution de l'éducation nationale est plus difficile à évaluer mais "elle peine à dégager des crédits à la hauteur". L'effort des collectivités locales, inclus dans la circulaire de mai 2013, pour compléter les budgets est très inégal et en baisse

 

Un diagnostic acéré

 

Que pouvait apporter le colloque ? Le rappel de l'importance de la volonté politique, comme l'a fait Emmanuel Wallon ? Le rappel de la dimension civilisatrice de l'EAC qui fabrique de "l'ensemble" comme l'explique Serge Tisseron ? Le lien entre citoyenneté et EAC, comme l'a expliqué Alain Kerlan ? On remarquera les contributions d'Emmanuelle Kalonji et Anaïs Herbst, deux PLP du lycée des Portes de l'Oisans à Vizille qui ont mené un projet artistique dans une première professionnel. Elles n'ont pas caché que ce projet avait aussi des effets clivants chez les élèves comme dans l'équipe pédagogique. Une partie des élèves s'est exclue du projet. Une partie des enseignants s'est senti menacée.

 

On retiendra aussi la contribution précise et clairvoyante de l'inspectrice générale Laurence Loeffel. Elle pose un diagnostic lucide sur les obstacles à l'intégration de l'EAC dans les écoles et les établissements. Il y a dans la tradition éducative française une forte méfiance envers l'émotion. Au contraire l'Ecole s'est construite sur le pilier de la maitrise des corps et des émotions et la sensibilité fait peur. Les disciplines ont une hiérarchie ancienne et bien installée et les enseignements artistiques sont dévalués. Dans le primaire la grande majorité des enseignants ne pratiquent pas d'activités artistqiues et sont mal à l'aide avec eux. La tendance du moment est à la fois à renforcer les fondamentaux aux dépens e l'EAC et à externaliser l'EAC vers le périscolaire. De ce constat elle dégage deux priorités. Il est nécessaire d'évaluer les effets de l'EAC sur le climat et la réussite scolaire. La seconde c'est l'importance de la formation des enseignants, un constat très partagé.

 

Que faire ?

 

Intervenant en tant que membre du Conseil supérieur des programmes, Denis Paget essayait de positiver mettant en avant "de très grand s progrès" comme l'enseignement d'histoire des arts, "un coup de maitres". Il a rappelé que le CSP a inclus les langages artistiques dans le domaine 1 du socle ce qui les met au niveau de l'expression française ou des maths. Le domaine 5 les mentionne aussi.

 

Alors que faire ? Aurélie Filippetti avait peu de choses à annoncer : une initiative en juillet "la belle saison", deux opérations à l'automne ("un établissement une oeuvre" ou "la journée du 1% culturel"). La clé de l'intégration de l'EAC, comme Jean-Gabriel Carasso l'a rappelé, c'est son intégration dans les programmes et les emplois du temps. Le rapport de 2013 a appelé à "prendre résolument appui sur les enseignements. Ils sont structurés et structurants, inclus dans un emploi du temps en termes d’obligation ou de choix optionnels. Ils sont pérennes... Prendre appui sur les enseignements, c'est également introduire une dimension artistique et une dimension culturelle dans tous les enseignements". Donner toute sa dimension culturelle à l'Ecole pour intégrer tous els élèves ? A l'issue du colloque il reste toujours à faire.

 

François Jarraud

 

Le rapport de juin 2013

La circulaire de mai 2013

 

 

Par fjarraud , le mardi 24 juin 2014.

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