L’école et la parité 

Najat Vallaud-Belkacem présente le 25 novembre un nouveau plan en faveur de l’égalité entre les filles et les garçons. Elle s’était profondément implique dans ce dossier quand elle était ministre des droits des femmes. Ministre de l’éducation nationale, elle est nommée après l’interruption des ABCD de l’égalité, un programme qu’elle a porté dans son ministère précédent. Elle avait également soutenu au Forum des enseignants innovants un prix récompensant des pratiques pédagogiques. C’est l’occasion de revenir sur un sujet débattu.

 

« Je crois profondément dans le rôle de l’école. Quand on met bout à bout toutes les années passées sur les bancs de l'école, on voit bien qu'un comportement répété de la part de plusieurs professeurs, à l'égard d'une petite fille ou d'un petit garçon, finira forcément par être profondément intériorisé. Donner davantage la parole aux garçons qu'aux filles ou créer plus d'interaction avec eux, sur 18 années, cela contribue à forger une personnalité – et ça explique que les garçons manifestent plus d'assurance personnelle avec des résultats scolaires pourtant en moyenne moins bons. Cette personnalité que les unes et les autres se forgent va compter énormément quelques années plus tard lors des choix d’orientation mais aussi sur le marché du travail ». En 2013, Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre des Droits des Femmes, confiait au Café pédagogique ses espoirs dans le rôle d e l’école dans la lutte pour l’égalité. Mais quelle place l’Ecole affecte-elle réellement aux garçons et aux filles ?

 

Les filles ont apparemment l'avantage

 

Pourtant dans une société où les hommes l'emportent, l'Ecole semble être un territoire dominé par les femmes. Les jeunes têtes blondes le découvrent très vite : 82% des enseignants du primaire sont des femmes et, si leur domination s'atténue au secondaire, c'est encore le cas de près de deux enseignants sur trois au collège et au lycée. La proportion est respectée pour les autres adultes en contact avec les jeunes : 69% des CPE, plus de 80% des personnels d'orientation sont des femmes. L'Ecole est bien leur royaume.

 

On se gardera bien d'établir un lien direct entre ce cadre et les résultats scolaires. Mais un fait est là : les filles dominent nettement les garçons sur le plan scolaire. Cela se voit dès l'école primaire. En CM2, les filles sont meilleures en français et en maths : 91% maitrisent les compétences de base dans ces deux disciplines contre 85% des garçons en français. Dès le CM2, 15% des garçons sont en difficulté de lecture. C'est deux fois plus que chez les filles.  En troisième les filles sont bien meilleures en français (86% contre 76% pour les garçons) et un peu moins bonnes en maths (89% contre 91%). Mais le chiffre est trompeur : déjà il y a eu un écrémage chez les garçons. A 14 ans, 200 000 filles sont en avance en 3ème alors qu'on ne compte que 179 000 garçons du même âge. En terminale générale et technologique on comptera 90 000 garçons de 17 ans contre 123 000 filles… et 55% de filles tous âges confondus. Mais ces chiffres cachent de grands écarts entre filières. Aux 93% de filles de la filière SMS-ST2S, répondent les 94% de garçons de la filière ISP. On trouve 79% de filles en L, 49% en S, seulement 10% en STI. Des écarts aussi forts se constatent entre branches du bac professionnel (en gros opposition tertiaire – production).

 

Mais pour quelle réussite finale ?

 

A la fin de l'enseignement scolaire le taux de réussite au bac des filles dépasse de 4 points celui des garçons (85% contre 81% tous bacs confondus). Les filles l'emportent dans tous les bacs sauf le bac agricole. Mais, là aussi, ce taux cache un écart trois fois plus grand : 70% des filles d'une génération seront bachelières contre 58% des garçons. Finalement une fille sur deux aura un diplôme du supérieur contre un garçon sur trois. Mais, les garçons leur ravissent les meilleures places. Dans le post bac, les filles fournissent 80% des étudiants des formations sociales, 72% des étudiants en IUFM mais seulement 28% des étudiants des filières scientifiques, 26% des futurs ingénieurs et 24% des étudiants en université de technologie. En CPGE, 57% des élèves sont des garçons. Un écart qui reflète les stéréotypes sexués : "Quand ils se jugent très bons en français, seul un garçon sur dix va en L... contre 3 filles sur dix. Quand ils se jugent très bons en maths, 8 garçons sur 10 vont en S contre 6 filles sur 10" révèle une étude ministérielle. Mais on se rappelle que seule une petite minorité des garçons peut se revendiquer "très bonne"… C'est bien plus tard que les garçons prennent leur revanche. "A niveau de diplôme identique, le taux de chômage des jeunes femmes reste souvent plus élevé et leurs salaires sont inférieurs à ceux des hommes", note l'Insee. "En effet les spécialités de formation qu'elles choisissent ne correspondent pas toujours aux besoins du marché du travail".

 

L'Ecole une organisation dominée par les hommes

 

Si l'institution scolaire s'est largement féminisée, force est de constater que la part des femmes est rigoureusement relative à la position hiérarchique. A l'Ecole c'est comme à la maison : Madame fait le travail, Monsieur commande. Quelques chiffres éclairent la situation. Prenons le corps enseignant qu'on nous présente comme largement féminisé. Certes 82% des enseignants du primaire sont des femmes. Mais ce n'est plus le cas que pour  58% des professeurs du secondaires, 51% des agrégés, 37% des professeurs de chaire supérieure. Certes 45% des IEN sont des femmes. Mais le taux tombe à 41% chez les IPR et 26% chez les inspecteurs généraux. Certes 83% de secrétaires administratifs sont des femmes. Mais seulement 33% des administrateurs et 25% des recteurs.

 

Des disciplines marquées par le genre

 

Les disciplines elles-mêmes sont sensibles au genre. Ainsi la philosophie reste la chasse gardée des hommes. Il y a quelques années le machisme y était revendiqué au sommet : une cabale d'IG de philosophie avait réussi à écarter une candidate à l'inspection générale. La technologie est virile à 76%. Et seulement 5% des professeurs de génie (toutes catégories) sont des femmes. Inversement les stéréotypes jouent à plein pour les lettres (78% d'enseignantes), les langues (83%) ou le paramédical (92%).

 

Que peut faire l'Ecole ?

 

La tentation pourrait être de séparer à nouveau les sexes à l'Ecole. C'est le raisonnement du sociologue Michel Fize qui propose des classes séparées au collège. Mais l'école unisexe, là où elle existe, a plutôt permis de renforcer les stéréotypes et l'ignorance qu'assurer l'intégration scolaire des garçons. PISA démolit ce programme en montrant que les filles n'obtiennent pas de meilleurs résultats dans les établissements non mixtes.

 

Le statu quo devient lui aussi impossible. "Il n’est plus possible de se contenter de gérer une mixité, qui serait seulement mettre des garçons et des filles ensemble avec l’intention de ne pratiquer aucune différenciation basée sur le genre", pense Jean-Louis Auduc. "Il faut sans doute dans certaines disciplines, certains apprentissages, organiser des activités pour toute la classe et des activités séparées par sexe pour mieux prendre en compte dans le cadre d’une pédagogie différenciée les rythmes et les approches de chacun".

 

Peu de disciplines ont réfléchi à ces questions. Comment pourrait-on éveiller l'intérêt des garçons pour la lecture ? La solution ne passe d'ailleurs pas uniquement par l'Ecole, la lecture étant une pratique sociale. Par contre l'anxiété des maths que vivent les filles renvoie directement à la façon de les expliquer. Seule l'EPS semble aujourd'hui avoir pris conscience du rapport entre l'enseignement et la construction des stéréotypes. Il reste donc à la fois à "sauver les garçons" et à lutter contre les stéréotypes qui pèsent sur les orientations et le devenir des filles. C’est sur ces points que la ministre devrait le 25 novembre apporter des éclairages.

 

 François Jarraud

 

Entretien avec N Vallaud-Belkacem en 2013

Dossier 2013

Dossier 2014

Enseignant un levier féministe ?

 

 

Par fjarraud , le mardi 25 novembre 2014.

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