L'Ecole au coeur du débat parlementaire et syndical sur le terrorisme 

Pour défendre les valeurs républicaines, quelle doit être la position de l'Ecole ? Lors d'une session qui restera exceptionnelle, le 13 janvier, l'Assemblée nationale a manifesté sa volonté de lutter contre le terrorisme. Mais cela commence-t-il dès l'école ? Quelle place pour elle dans la "grande mobilisation" ? Les partis politiques ont présenté des visions différentes. Et le premier ministre a choisi une ligne politique. Les syndicats réagissent.

 

Majorité et opposition en débat

 

"Travaillons ensemble pour que l’école soit pour chaque enfant le lieu par excellence de la transmission des valeurs de la République et pour accompagner les maîtres dans l’exercice de leur métier. Travaillons ensemble pour redonner toujours à la laïcité la dimension protectrice qui est la sienne et en montrer l’absolue nécessité pour le respect de chacun", plaide Bruno Le Roux pour le parti socialiste. Pour le groupe communiste, André Chassaigne refuse " tout amalgame, tout discours islamophobe qui tente de récupérer le drame national. Ce serait à la fois profondément injuste et dangereux. Les musulmans ne forment qu’une communauté, celle qu’ils forment avec nous, la communauté nationale. Eux aussi sont assassinés par les terroristes, eux aussi font vivre notre pays, sa police, son armée, ses écoles ou encore ses hôpitaux. Notre peuple n’appelle pas à plus de stigmatisation, il appelle à plus d’union".

 

A droite, Christian Jacob, UMP, pense que le temps du combat est venu pour l'école. " Si l’on accepte que des écoliers, des collégiens et des lycéens refusent une minute de silence à nos morts, alors on a déjà perdu ! Il faut abandonner la culture de l’excuse et sanctionner de telles dérives, en laissant les enseignants redevenir les hussards de la République, intraitables dans la défense de la laïcité et des valeurs républicaines... Ce combat durera de longues années. Il ne faut pas perdre une minute : il faut armer le pays pour ce combat".

 

Durcissement gouvernemental

 

"Comment accepter que dans certains établissements, collèges ou lycées, on ne puisse pas enseigner ce qu’est la Shoah ?", demande le premier ministre, Manuel Valls.." Je le dis avec force.. La réponse aux urgences de notre société doit être forte, et sans hésitation. J’étais ce matin, avec la ministre de l’éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, devant les recteurs de France. Je leur ai adressé un message de mobilisation totale, un message d’exigence, un message qui doit être répercuté à tous les niveaux de l’éducation nationale : le seul enjeu qui importe, c’est la laïcité, la laïcité, la laïcité !.. Nous avons laissé passer trop de choses dans l’école... Face à l’attaque que nous avons connue, la France doit plus que jamais combattre pour l’éducation à ces valeurs fondamentales. C’est un autre aspect de notre réponse à ces attentats. Arborons fièrement ce principe, puisqu’on nous attaque à cause de la laïcité, à cause des lois que nous avons votées interdisant les signes religieux à l’école, et prohibant le port du voile intégral. Revendiquons ces lois, car elles doivent nous aider à devenir plus forts encore !"

 

Les syndicats réagissent

 

"La FSU met en garde contre toute stigmatisation qui exacerberait encore davantage tous les fanatismes et obscurantismes. Défendre les valeurs c’est déjà démontrer sa volonté et sa capacité à vivre ensemble dans le respect des convictions philosophiques, politiques ou religieuses de chacun et chacune... Les mobilisations immenses de ce week-end ont montré que les citoyens refusent l’antisémitisme, le racisme et la xénophobie", écrit la première fédération syndicale française du monde éducatif. La Fsu " appelle à ce que tout soit mis en œuvre pour conforter la démocratie, au contraire de mesures liberticides, ce qui implique que cesse toute politique d’exclusion au profit de vraies politiques sociales".

 

"Il faut prendre en compte les réactions des élèves dans toute leur complexité sans toutefois surmédiatiser les points de conflit", estime le Se Unsa dans un communiqué. " Paradoxalement, cette École qui a vu passer entre ses mains les trois terroristes est la même qui a conduit plus de trois millions de personnes à estimer devoir se lever pour dire non à la violence, au racisme, à l’antisémitisme.".

 

Il faut "faire de l'éducation à la morale civique (EMC) autre chose qu'un simple enseignement, déconnecté de la vie quotidienne et des réalités vécues par les jeunes en développant les dispositifs de type "apprentissage par le service", estime le Sgen Cfdt. Le syndicat appelle à "faire vivre dans l'école la démocratie, le respect en favorisant une école exigeante mais bienveillante..Qu'en est-il de la politique de la ville ? Quelles décisions sur la fin de la ghettoïsation et de la relégation sociale, ethnique... ont été et/ou seront prises par les politiques ?", demande le Sgen.

 

Les débats

Fsu

Se Unsa

Sgen

 

Par fjarraud , le mercredi 14 janvier 2015.

Commentaires

  • Delafontorse, le 14/01/2015 à 09:13

    N'importe quel Français naît aujourd'hui après la bataille. Les principes du droit français se sont fixés sans lui. Mais un principe est un principe : soit on l'admet, soit on ne l'admet pas. Dans le deuxième cas, s'il s'agit d'un principe du droit et qu'on ne l'admet pas, on demande à changer de nationalité. Si on se met à discutailler d'un principe, pourquoi pas, tant qu'on y est, de celui de démocratie ou bien de volonté du peuple, actuellement aussi principes constitutionnels en France ? La laicité est un principe et il faut avoir à elle le rapport qu'on a à un principe librement adopté. On a la liberté de le refuser, mais alors on va voir ailleurs. Et il n'y a pas de compromis qui tienne, parce que la liberté est ici manichéenne, étant un acte véritable : soit on fait le choix d'adopter, soit on fait le choix de délaisser. L'action est toujours manichéenne car soit on agit, soit on n'agit pas.

    Il est vrai que  cette netteté dérange tous les amateurs de confusion profitable...et de compromis douteux. Mais on ne voit pas ce que le droit et la justice ont à gagner à se fonder dans des énoncés dont on pourrait discutailler à longueur de temps comme s'ils étaient hypothétiques. Un principe n'est pas une hypothèse. Il n'a pas une valeur hypothétique mais une valeur catégorique et une valeur formelle, a priori,  étant posé par la raison pour donner forme régulièrement intelligible aux discours et/ ou aux actions, et non variant empiriquement selon des circonstances toujours fluctuantes, toujours à évaluer et déterminer, affectées toujours d'incertitude et d'indétermination. 

    Il n'est hélas que trop vrai que des tas de gens ont aujourd'hui intérêt à faire la promotion de la dérégulation en tous domaines, et particulièrement dans le domaine juridique et politique. C'est ainsi qu'ils espèrent faire des affaires : en "assouplissant" les principes, c'est à dire en invitant perversement à la critique et à la discussion seulement afin de semer la confusion qui leur sera profitable.
    Or, un principe n'est pas fait pour être discuté. Il est fait au contraire pour faire cesser les discussions quand on en a fait le choix raisonné, et pour être appliqué avec résolution. 


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