Changer l'Ecole : L'OCDE vous dit comment 

Réformer l'Ecole semble une gageure pour une organisation qui compte 24 états bien différents. Mais l'OCDE s'y attelle en publiant "Perspectives des politiques de l’éducation  2015. Les réformes en marche", un véritable guide des réformes. En apparence l'ouvrage présente 450 réformes éducatives menées de 2008 à 2014 dans les états membres. On a là une vitrine unique sur ce qui se passe dans les pays développés sur le plan éducatif. En réalité l'OCDE délivre un message clair aux Etats sur la façon de réformer en impliquant directement les enseignants et leurs syndicats.

 

Comment améliorer l'équité ?

 

Selon l'OCDE, 29% des réformes concernent "la préparation des élèves au monde de demain", ce qui passe souvent par l'enseignement professionnel. Seulement 16% des réformes concerneraient la recherche de davantage d'équité. Mais le premier programme incluait la lutte contre le décrochage, un objectif qui relève aussi de l'équité. 24% des réformes visent à  améliorer le système scolaire, 12% son financement et 9% sa gouvernance.

 

 

L'équité est évidemment ce qui nous intéresse le plus en France, pays où les inégalités sociales à l'école sont les plus importantes. Pour l'OCDE cela passe par le développement de l'enseignement pré scolaire. En France on sait qu'il est déjà très développé. D'autres pays européens sont en train de nous rejoindre : l'Allemagne a créé un droit à garderie jusqu'à 2 ans. La Pologne impose la scolarisation dès 5 ans.

 

L'autre aspect c'est la lutte contre les inégalités sociales. L'Ocde cite le Portugal où on a "introduit le concept de zones géographiques d’éducation prioritaire, au sein desquelles des interventions multidimensionnelles et ciblées sont mises en oeuvre en faveur d’ensembles d’établissements défavorisés sur le plan socio-économique. Le programme Troisième génération de territoires éducatifs d’intervention prioritaire (2012) touche environ 16 % des établissements portugais. Il cible les zones sinistrées sur le plan socio-économique et celles où le pourcentage de jeunes sortant prématurément du système scolaire est plus élevé que la moyenne. Pour soutenir les établissements, il contient, entre autres, des mesures pour favoriser la réussite des élèves et l’amélioration de la qualité de l’enseignement, pour agir sur les problèmes disciplinaires et la sortie précoce du système scolaire." En Angleterre la Pupil Premium apporte des moyens supplémentaires aux établissemenst " pour rehausser le niveau des élèves défavorisés... Ce dispositif s’adresse aux élèves qui ont bénéficié de repas scolaires gratuits à un moment quelconque au cours des six dernières années. D’après une récente évaluation, il est désormais mieux utilisé par les établissements et a des effets positifs sur les élèves auxquels il s’adresse (Ofsted, 2014)". Mais c'est aussi pour l'OCDE diminuer le redoublement, un sujet où la France se fait remarquer.

 

Contre le décrochage l'OCDE estime qu'il faut mettre l'accent sur le lycée et l'enseignement professionnel. Elle crédite la France pour sa réfrome du bac pro et cite le programme européen de "garantie jeune".

 

Le management critère d'amélioration du système

 

En effet pour l'OCDE, mieux "préparer le monde de demain " passe par le développement de l'enseignement professionnel. Mais cela peut aussi concerner les curricula à  l'image de la réforme en cours en France. L'OCDE cite la Pologne. "La Pologne a adopté une réforme du tronc commun des cursus de l’enseignement général et de l’enseignement professionnel (2008), qui sera appliquée entre 2012 et 2015. Conçu pour permettre aux élèves d’acquérir des compétences concrètes pendant le deuxième cycle du secondaire (3-4 ans), le nouveau programme comporte les disciplines suivantes : compréhension de l’écrit, raisonnement mathématique, raisonnement scientifique, aptitudes à la communication, utilisation des TIC et raisonnement critique, aptitudes à résoudre des problèmes, auto-évaluation et travail en équipe. Les chefs d’établissement décident librement du nombre d’heures de cours imparti à chaque discipline et doivent veiller à ce que les compétences soient acquises.".

 

Améliorer l'efficacité de l'enseignement renvoie à plusieurs facteurs pour l'OCDE. "Selon PISA 2012, environ 33 % de la variation de la performance en mathématiques s’expliquent par les réponses des chefs d’établissement à des questions sur la pertinence du matériel pédagogique et la possibilité d’utiliser des ordinateurs, des logiciels, Internet et des ressources de bibliothèques à des fins pédagogiques. Le temps est également une ressource sur laquelle les pouvoirs publics peuvent agir. Ainsi, il existe une corrélation positive entre le temps moyen d’apprentissage pendant un cours de mathématiques ordinaire et la performance des élèves à l’échelle de l’établissement ; en outre, les établissements dont les élèves consacrent plus de temps aux devoirs et autres tâches assignées par les enseignants ont généralement obtenu de meilleurs scores dans le cadre de l’enquête PISA 2012 (OCDE, 2013a). Il semble également exister une corrélation positive entre l’autonomie en matière de programmes et d’évaluation et les scores des élèves dans le cadre de PISA 2012, dans un contexte marqué par une évolution de plus en plus nette vers une plus grande autonomie des établissements en matière d’apprentissage, de programmes et de ressources pédagogiques".

 

Les élements de carrière professionnelle des enseignants sont aussi importants. "La Suède a réformé le déroulement de carrière des enseignants (2013), créant des grades pour les enseignants qualifiés de l’enseignement obligatoire et du deuxième cycle du secondaire, et leur accordant des revalorisations de salaire", note l'OCDE. 'Deux nouvelles catégories de postes d’enseignant ont été instituées : maître principal et enseignant principal. Environ un enseignant sur six remplit les conditions requises pour accéder à ces postes. Le Portugal a introduit pour la profession enseignante un cadre pour la formation tout au long de la vie qui lie la progression de carrière au développement professionnel".

 

Un guide de mise en oeuvre qui met les profs au centre

 

Mais l'OCDE ne s'arrête pas aux types de réforme . Elle propose un guide de mise en oeuvre qui vaut conseil pour les gouvernements.

 

En tête des préoccupations les enseignants. " Les réformes et programmes d’amélioration scolaire reposent souvent sur des hypothèses quant à la façon dont les enseignants apprennent et modifient leurs méthodes d’enseignement, en partant par exemple du principe que le nouveau programme scolaire est parfaitement explicite et que les enseignants seront à même d’appliquer une nouvelle pédagogie avec quelques indications et séances de formation. Cependant, lorsqu’on demande aux enseignants de modifier leur façon d’enseigner, le processus est plus subtil que ce que de nombreuses réformes prévoient (Ng, 2008). Si l’on veut que les mesures d’amélioration soient efficaces et que les enseignants fassent les efforts demandés, ils doivent croire en l’efficacité du programme. L’étude menée sur les réformes scolaires globales aux États-Unis montre que, si la perception qu’ont les enseignants de l’efficacité d’une réforme est en partie subjective, ils sont surtout influencés par les preuves objectives de réussite et de retombées positives sur les résultats des élèves (Borman et al., 2000). L’une des études, qui porte sur huit systèmes éducatifs, montre que pour adopter une nouvelle perspective sur l’enseignement et l’apprentissage, les enseignants ont aussi besoin de temps et d’espace pour déterminer comment intégrer ces nouvelles connaissances avec ce qu’ils savent déjà et comment traduire cette évolution dans leurs pratiques pédagogiques".

 

On retrouve ici l'analyse de C. Lessard et A. Carpentier. Toute réforme passe par une appropriation qui suppose d'ailleurs un degrés d'autonomie et d'adaptation. A la limite sans résistance à la réforme il n'y a pas  de réforme possible.

 

Les enseignants et leurs syndicats instrumentalisés ?

 

L'OCDE va plus loin et propose un guide d'action qui peut se décliner sur trois points.

 

Pour l'OCDE il faut une impulsion externe et l'évaluation est parfaite pour cela. Le guide consacre un chapitre entier à montrer comment utiliser une évaluation pour la transformation du système. On sait que de nombreux pays d el'OCDE se  sont orientés vers un pilotage par le srésultats avec des évaluations externes.

 

Plus novateur, l'OCDE se ralllie à l'idée du réseau d'enseignants comme élément de transformation. "Dans toutes les études, favoriser les réseaux professionnels au niveau des établissements d’enseignement est considéré comme une condition préalable à la réussite des réformes..." Il recommande donc d'encourager les réseaux d'enseignants qui colorient ainsi en bottom - up une volonté envoyée d'en haut.

 

Autre acteur, qui peut d'ailleurs piloter le réseau, les syndicats. "Les données montrent toute l’importance qu’il y a à ce que les pouvoirs publics impliquent les syndicats d’enseignants dans l’élaboration des politiques en matière d’éducation et de compétences.. Un certain nombre de syndicats d’enseignants, dans les pays de l’OCDE, ont engagé, ou prévoient d’engager, des actions de développement professionnel de grande qualité en direction de leurs membres, et mettent aussi à leur disposition des plateformes qui leur permettent de travailler en réseau et de partager leurs expériences. On citera, à ce propos, les États-Unis, le Canada, l’Australie, la Norvège et le Royaume-Uni".

 

Le malaise français

 

Dans le cas français cette stratégie se heurte à quelques particularités qui transparaissent dans ces documents.

 

La France apparait mal située pour le climat de discipline et pour les relations entre professeurs et élèves. Or on a là des éléments clés pour l'efficacité de l'enseignement. Autre élément la capacité de direction des chefs d'établissement . Là aussi la France se distingue.

 

 

 

On assiste donc à une évolution de la réflexion sur la réforme qui place au centre les acteurs de terrain.  On pourra la décrypter à partir du livre de C Lessard et A Carpentier. Et ne pas perdre de vue que dans cette nouvelle approche, il s'agit toujours d'amener les enseignants à intégrer un projet développé par ailleurs. C'ets la limite des recommandations.

 

François Jarraud

 

Le rapport

L'ouvrage de Lessard et Carpentier

 

 

 

 

Par fjarraud , le lundi 19 janvier 2015.

Commentaires

  • Delafontorse, le 19/01/2015 à 23:21
    L’enquête PISA qui sert de boussole à nos ministres de l’EN de soi-disant de gauche comme de droite est commanditée par l’OCDE au cabinet privé de conseil international Mc Kinsey. 

    Voici ce qu’on peut lire dans le « Cahier de politique économique » de l’OCDE n° 13 de 1996 :
    « L’apprentissage à vie ne saurait se fonder sur la présence permanente d’enseignants mais doit être assuré par des prestataires de services éducatifs. Les pouvoirs publics n’auront plus qu’à assurer l’accès à l’apprentissage de ceux qui ne constitueront jamais un marché rentable et dont l’exclusion de la société en général s’accentuera à mesure que d’autres continueront à progresser (….) Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement ».

    Soumettre l'école aux intérêts privés et enfin privatiser aussi largement que possible le secteur éducatif, tel est le projet de l'OCDE pour la France. C'est à dire casser la qualité de l'école publique. Nos ministres successifs s'y sont employés avec une grande constance. Ils ont sans aucun doute bien mérité des intérêts divers mais certes pas publics dans la main desquels ils mangent.

    Télécharger le Cahier de politique économique n°13 de 1996 de l’OCDE :
    http://www.cip-idf.org/IMG/pdf/ocde_n_13_.pdf



    • fgiroud, le 20/01/2015 à 12:33

      Cher  Delafontorse,

      Je ne pensais plus à avoir à reparler du vieux serpent de mer de 1996. Pendant longtemps, l'OCDE n'a même pas eu connaissance de ce rapport qui n'est en rien une publication officielle de l'organisation. Il s'agit d'un document de travail préparé par un consultant externe à l'OCDE qui, comble de l'ironie, n'a jamais été un membre officiel de l'organisation. Je ne l'avais plus redit depuis 2006 mais bon, une piqûre de rappel est nécessaire : ce document n'a jamais eu le statut de recommandation officielle de l'OCDE. D'ailleurs, vous pouvez lire page 2 "Les idées exprimées et les arguments avancés dans cette publication sont ceux des auteurs et ne reflètent pas nécessairement ceux de l'OCDE ou des gouvernements des pays membres". Si vous lisez régulièrement nos publications (et il y en a eu multitude depuis 1996), vous verrez qu'on est bien loin de ce  type de discours. C'est bien dommage de devoir se justifier, surtout que l'article n'est absolument pas en lien avec ce que vous écrivez et qu'il aurait surement fait bondir l'auteur du rapport de 1996 !

      Pour en revenir au fond car c'est bien l'essentiel, l'OCDE fait des recommandations et les ministères décident de leur application ou non en toute liberté. En aucun cas l'OCDE ne décide pour les pays.  Ces recommandations sont fondées sur les comparaisons internationales et sur une analyse approfondie des réformes réalisées dans l'ensemble  des pays membres de l'OCDE. Peut-on aujourd'hui se satisfaire de notre école ? Certes, le système a une élite forte mais se dégrade dangereusement par le bas et devient de plus en plus inégalitaire. Sur la formation des enseignants : 4 enseignants sur 10 au collège en France se sentent insuffisamment préparés au volet pédagogique de leur métier, soit la proportion la plus élevée des pays de l'OCDE participant à l'étude TALIS. La formation est véritablement trop académique, et mettre plus de « pédagogie » ne veut pas dire qu'il ne faut plus être exigeant sur la partie académique de la formation. Cela veut simplement dire qu'il faut donner une place plus grande au « savoir-faire » dans la formation initiale.

      Comme je suis de nature optimiste, je me dis qu'on peut proposer des changements et les mettre en œuvre sans que cela crée à chaque fois des polémiques interminables comme pour les rythmes scolaires. Si cela n'est pas le cas, on peut se dire que l'école aura vraiment  du mal à trouver l'unité nationale dont elle a besoin et dont je parle dans cet article.

      Cordialement, Éric Charbonnier

      • Delafontorse, le 26/01/2015 à 21:04
        Je vous ai répondu mais monsieur Jarraud a fait disparaître mon commentaire.

        Vous vous exprimez en économiste. Et économiste en charge de la communication de l'OCDE, organisme qui ne raisonne sur l'éducation qu'à partir de ce qu'elle "coûte"et pour en limiter les coûts.

        Ceux qui veulent comprendre vraiment ce que donne cette façon d'aborder l'éducation n'ont qu'à lire la Revue internationale d'éducation de Sèvres N° 65 : http://ries.revues.org/3676

        Ils liront que partout les financements publics accordés à l'éducation sont en baisse et que le secteur éducatif est voué à la privatisation par des organisations comme la vôtre et les gouvernements néolibéraux qui en suivent les préconisations.


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