Socle commun : Un socle qui fixe de grands principes et sans LPC 

Le nouveau socle commun rédigé par le Conseil supérieur des programmes (CSP) est-il susceptible de relever le niveau éducatif des jeunes français ? La réponse ne se trouve pas dans le socle, publié le 18 février, qui pose des principes généraux mais ne définit pas précisément les connaissances et compétences précises à acquérir. Le socle ne fixe pas plus les outils d'évaluation même s'il précise des conditions dévaluation. Le texte se situe un cran au dessus des disciplines et des savoirs scolaires en indiquant les grandes familles du savoir. Au système ensuite, aux disciplines, aux enseignants de faire avec.. Ce sont les programmes de cycle qui apporteront des réponses aux questions des enseignants.

 

Cinq domaines croisant les disciplines

 

"Le socle, qui définit un cahier des charges pour les grands attendus de fin de scolarité obligatoire, doit toujours être appréhendé en relation avec les programmes de cycle, qui l’opérationnalisent". Le préambule du nouveau "Socle commun de connaissances, de compétences et de culture", rédigé par le Conseil supérieur des programmes (CSP) et publié le 18 février, fixe d'emblée les choses. Vous ne trouverez pas dans le socle d'injonctions prescriptives précises et utilisables en classe. Il faudra attendre les programmes pour observer ce qui pourrait changer concrètement dans les classes.

 

L'aspect le plus innovant du socle c'est de délimiter 5 domaines de la culture scolaire qui dépassent les disciplines scolaires classiques. "Les cinq domaines ne se déclinent pas séparément. Ils ne correspondent pas à de nouvelles disciplines qu’il serait possible d’appréhender distinctement les unes des autres, mais définissent de grands enjeux de formation", précise le CSP. Ces 5 domaines sont :

1- Les langages pour penser et communiquer

2- Les méthodes et outils pour apprendre

3- La formation de la personne et du citoyen

4- Les systèmes naturels et les systèmes techniques

5- Les représentations du monde et l’activité humaine

 

Apprendre à apprendre enfin au programme

 

De tous ces domaines l'élément marquant est de consacrer un domaine aux "méthodes et outils pour apprendre". "Il vise un enseignement explicite des moyens d'accès à l'information, à la documentation et aux médias, des outils numériques, de la conduite de projets individuels et collectifs et de l'organisation des apprentissages, sans les déconnecter des disciplines", explique le CSP . Ce sera un défi pour le système éducatif que d'intégrer cet enseignement dans la cadre de l'école et du collège. Comment enseigner des compétences aussi importantes mais aussi difficiles que celles de ce domaine 2 ? Citons par exemple : " Pour acquérir des connaissances, il met en oeuvre les capacités essentielles que sont la curiosité, l'attention, la mémorisation, la mobilisation de ressources, la concentration, l’aptitude à l'échange et au questionnement, le respect des consignes. Il sait identifier un problème, s'engager dans une démarche de résolution, mobiliser les connaissances nécessaires, rectifier une erreur, mettre à l'essai plusieurs solutions, accorder une importance particulière aux corrections". Ce domaine inclut également la maitrise "des techniques usuelles de l'information et la documentation" ainsi que "les techniques et règles des outils numériques".

 

Le domaine 1 associe lui aussi le numérique aux autres langages. Et d'abord le français. "L’élève parle, communique, argumente à l’oral de façon claire et organisée ; il adapte son niveau de langue et son discours à la situation, il écoute et prend en compte ses interlocuteurs. Il trouve de l’intérêt à lire... L’élève s’exprime à l’écrit pour raconter, décrire, expliquer ou argumenter de façon claire et organisée, dans un français orthographiquement et syntaxiquement correct". Mais il doit aussi "comprendre, s'exprimer en utilisant une langue étrangère ou régionale". Du coté de sciences, " l’élève pratique le calcul, mental et écrit, exact et approché, il estime et contrôle les résultats, notamment en utilisant les ordres de grandeur. Il résout des problèmes impliquant des grandeurs variées (géométriques, physiques, économiques…), en particulier des problèmes de proportionnalité et utilise les langages formels". " Il connaît les principes de base de l’algorithmique et du codage ; il pratique des langages simples de programmation", a ajouté le CSP. Enfin l'élève doit aussi maitriser "les langages des arts et du corps".

 

Dans le domaine 3 qui concerne la formation du citoyen, le CSP a jouté un paragraphe sur la vérité. "Ce domaine fait appel à une réflexion sur la question de la vérité, dont la recherche dans les différents champs du savoir se fonde sur une démarche rationnelle, mais qui peut faire appel à d’autres formes de l’expérience humaine et de la culture". L'approche doit être concrète : " Ce domaine est mis en oeuvre dans toutes les situations concrètes de la vie scolaire".

 

Le domaine 4 concerne les systèmes naturels et techniques. On notera que " l’élève sait mener une démarche d’investigation.. Il manipule, explore plusieurs pistes, procède par essais et erreurs ; il modélise pour représenter une situation". Toutes démarches mises en valeur dans l'enseignement des sciences récemment et qui pénètrent lentement dans les classes.

 

Le domaine 5 qui concerne "les représentations du monde et de l'activité humaine" tient sans doute à coeur du président du CSP qui est géographe. Il est tourné vers l'explication du monde contemporain. " L’élève identifie ainsi les grandes questions et les principaux enjeux du développement humain, il est capable d’appréhender les causes et les conséquences des inégalités, les sources de conflits et les solidarités, ou encore les problématiques mondiales concernant l’environnement, les ressources, les échanges, l’énergie, la démographie et le climat.. Il sait situer un lieu ou un ensemble géographique en utilisant des cartes, en les comparant et en produisant lui-même des représentations graphiques. Il lit des paysages, identifiant ce qu’ils révèlent des atouts et des contraintes du milieu ainsi que de l’activité humaine, passée et présente. Il établit des liens entre l’espace et l’organisation des sociétés."

 

Des principes pour l'évaluation mais pas de LPC

 

On attendait le CSP sur l'évaluation du socle. En effet le socle précédent, celui de 2005, avait été traduit pour les enseignants en un pensum bureaucratique, le Livret personnel de compétences, qui les avait dégouté de la notion même de socle. Pour chaque élève les enseignants devaient répondre à une liste interminable de 120 compétences pour valider le socle. M Lussault nous avait assuré que le nouveau socle ne proposerait pas de LPC. C'est effectivement le cas. Mais le socle fixe des principes d'évaluation. Et l'évaluation des compétences sera abordée dans les programmes de cycle avec un double souci d'évaluation verticale dans el cycle de chaque domaine et horizontale d'évaluation globale des 5 domaines. Cela pourrait bien se traduire dans un outil d'évaluation des compétences que le récent rapport du jury de la conférence sur l'évaluation a baptisé "livret de cycle" et "livret de compétences" pour le brevet.

 

Le socle établit que " la maîtrise du socle est validée par l’obtention du diplôme national du brevet et permet à l’élève de choisir sa voie de formation, professionnelle ou générale et technologique. Lorsque l’obtention n'est pas réalisée en fin de troisième, l’institution scolaire doit trouver les solutions de poursuite de formation et proposer des modalités de validation." Il précise que "la mise en oeuvre du socle doit comprendre des procédures d’évaluation adaptées... L’évaluation doit s’appuyer sur une réflexion et un travail collectifs dans les écoles et les établissements". On comprend qu'il faudra que les programmes de l'école et surtout du collège organise cette exigence. Verra-t-on des temps de travail d'équipe inscrits dans les horaires ? Il semble qu'on s'achemine plutôt vers des travaux interdisciplinaires tels ceux annoncés par le jury de la conférence sur l'évaluation.

 

Un texte mesuré mais des applications à venir

 

Le socle précise que l'évaluation inclut les travaux de groupe des élèves et des projets. Elle doit " éviter les calculs artificiels de moyennes, qui font perdre le sens du projet global de formation.  Refuser les mécanismes de compensation". Enfin l'évaluation doit être graduée plus précisément que "acquis / non acquis".

 

Il n'y a rien d'étroitement prescriptif dans ce socle. C'est cette qualité qui le fera rejeter par certains, qui attendaient un document précis et coercitif, et qui el fera accepter par d'autres, ceux qui craignent le retour du LPC. Après l'échec du socle commun de 2005, le CSP a su produire un document qui rend le socle intelligible et qui présente ses objectifs comme un challenge intellectuel pour les enseignants. Reste à voir comment les groupes de travail disciplinaires utiliseront le socle et comment ils sauront dépasser les ambitions des savoirs disciplinaires pour les rendre accessibles cycle par cycle. C'est seulement quand on aura les programmes des cycles que l'on pourra évaluer ses impacts sur le système éducatif.

 

François Jarraud

 

Le socle

Son préambule

M Lussault :Il n'y aura pas de LPC

 

 

 

 

Par fjarraud , le mardi 17 février 2015.

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