Les filles peuvent réussir aussi bien que les garçons, mais... 

Papa scientifique, maman littéraire ? Dans une étude publiée le 5 mars, l'OCDE dévoile les écarts de performance entre filles et garçons et tente d'en comprendre les mécanismes. Car les filles peuvent être aussi bonnes en sciences que les garçons. Les garçons apprennent à devenir aussi bons en compréhension de l'écrit que les filles. Pourtant le destin des unes et des autres est tracé par le poids des stéréotypes qui, au final, piègent les filles. L'Ecole peut lutter contre les stéréotypes de genre. Mais l'Ecole ne peut pas tout nous dit aussi l'OCDE.

 

Les écarts de compétences entre filles et garçons ne sont pas innés

 

En anglais, l'étude s'appelle "Les ABC de l'égalité". En français, les experts de l'OCDE ont cru plus sage de publier "L'égalité des sexes dans l'éducation". Basée sur les résultats de PISA, l'étude apporte un éclairage puissant sur les mécanismes qui enferment filles et garçons dans des destins pré construits. Elle indique aussi les voies à suivre pour changer les choses.

 

Filles et garçons peuvent échapper aux stéréotypes de genre. C'est sans doute le message le plus important de l'étude de l'OCDE. Ainsi dans les pays où les filles sont aussi bonnes que les garçons en maths et en sciences, en gros les pays d'Asie de l'est, les filles sont nettement au dessus des garçons de la plupart des pays. Si les garçons à 15 ans ont un niveau de compréhension de l'écrit nettement plus faible que les filles, ils compensent dans leur vie d'adulte cet écart et acquièrent le niveau des filles comme le montre un autre étude de l'OCDE sur les compétences des adultes. Enfin quand la compétences en compréhension de l'écrit est évaluée sur support numérique, filles et garçons de 15 ans jouent à égalité.

 

De forts écarts de scolarité

 

 

 



Pourtant les scolarités des filles et des garçons sont bien différentes. Les garçons sont nettement moins engagés dans l'Ecole; ils en ont une vision plus négative et ont plus de chances de quitter l'Ecole sans diplôme. Ils sont globalement d'un niveau plus faible car 14% des garçons ont un niveau de compétences très bas quand ce n'est que 9% des filles. Leur niveau de compréhension de l'écrit est beaucoup plus bas que celui des filles. Mais ils surpassent les filles en maths et en sciences. De leur coté, les filles ont toutes les vertus scolaires. Elles ont une vision positive de l'école, réussissent mieux mais finalement laissent les carrières scientifiques aux garçons. Car les sciences paralysent les filles. Devant un problème de maths elles manifestent beaucoup plus d'anxiété que les garçons. En France 60% des filles déclarent être anxieuses devant un devoir de maths quand ce n'est que 40% des garçons. Le risque elles le prennent dans la lecture. Les filles aiment beaucoup plus que les garçons se perdre dans els fictions littéraires. Les garçons préfèrent une bonne BD... Comme le dit l'OCDE, " les filles tendent à obtenir de moins bons résultats que les garçons pour les tâches leur demandant de formuler des situations de façon mathématique. En moyenne, dans les pays de l’OCDE, les garçons devancent les filles d’environ 16 points de score PISA pour ce type de compétence – soit l’équivalent de près de 5 mois de scolarité. Les garçons devancent également les filles – de 15 points de score – pour les tâches demandant d’appliquer ses connaissances en sciences dans une situation donnée, de décrire ou d’expliquer des phénomènes de manière scientifique, et de prévoir des changements. Cette différence entre les sexes de capacité à penser scientifiquement pourrait être liée au niveau de confiance en soi des élèves. En effet, lorsque les élèves ont davantage confiance en eux, ils s’autorisent à échouer, à procéder par tâtonnement, à coup d’essais et d’erreurs, autant de processus essentiels à l’acquisition des connaissances en mathématiques et en sciences".

 

 

 

Le numérique joue un rôle éclairant dans cette situation. Ainsi les garçons sont de grands joueurs de jeux vidéo. Seulement un quart des garçons n'y jouent pas quand c'est 56% des filles. 51% des garçons jouent à une jeu en réseau tous les jours. Et cela les pousse à moins bien faire leurs devoirs. En moyenne dans l'OCDE les garçons passent une heure de moins par semaine sur leurs devoirs. En France c'est même deux heures. Et cela explique pour une bonne part le fait qu'ils aient des résultats inférieurs à ceux des filles. Mais cette familiarité avec le numérique , qui commence très tôt (dès 6 ans beaucoup plus de garçons que de filles ont une tablette), les aide aussi à mieux réussir quand les épreuves de compréhension ont lieu sur ordinateur. Dans ce cas ils font jeu égal avec les filles. Les jeux vidéos pourraient aussi renforcer d'autres traits masculins : la prise de risque, la capacité à résoudre des problèmes nouveaux. L'idéal pour l'OCDE serait que les garçons jouent moins et les filles un peu plus...



 

Au final, " les garçons semblent mieux préparés que les filles pour l’entrée dans la vie active ou la recherche d’un emploi. Selon les résultats de l’enquête PISA, le pourcentage de filles de 15 ans indiquant ne pas avoir appris à préparer un entretien d’embauche est ainsi supérieur de plus de 10 points de pourcentage à celui des garçons dans ce cas. En outre, les garçons sont plus nombreux que les filles à déclarer avoir pris part à des activités pratiques telles que des stages ou des visites d’entreprises".

 

Que peut faire l'Ecole ?

 

Face à cette situation, l'Ecole peut agir, estime l'OCDE. " Les enseignants peuvent adopter des stratégies pédagogiques faisant appel à une participation plus active des élèves, puisque ces derniers, et notamment les filles, tendent à obtenir de meilleurs résultats en mathématiques lorsque leurs enseignants les invitent à résoudre des problèmes de mathématiques en autonomie". De même ils peuvent utiliser davantage les goûts des garçons pour els encourager à lire, le fait de lire par plaisir étant fortement associé à un bon niveau de compréhension de l'écrit. Pour cela il faut déjà qu'ils prennent conscience de leurs propres préjugés de genre.  L'OCDE cite aussi les programmes qui amènent dans les écoles des femmes ingénieures ou scientifiques.

 

Mais l'Ecole ne peut pas tout. Les parents jouent un rôle essentiel dans la construction de ce théâtre des genres. Ainsi les parents attendent beaucoup plus d'un garçon une carrière scientifique. Les filles sont doucement poussées vers des métiers "féminins" comme la santé. Dans les pays où les filles  performent aussi bien que les garçons en maths (Taïwan, Hong Kong) finalement elles sont discriminées sur le marché de l'emploi.

 

Alors à quoi sert cette enquête ? A nous dire que les écarts de performance scolaire ne sont pas déterminés par des différences innées. Quand les enseignants pensent que tous leurs élèves peuvent réussir, de fait garçons et filles réussissent. Les filles peuvent être excellentes en science. Les garçons  finissent par rattraper leur retard en compréhension de l'écrit. Mais pour que chacune et chacun puisse vraiment développer ses compétences, il faut que l'Ecole et la société tirent dans le même sens. En attendant, les jeux vidéos et le numérique jouent en sourdine pour l'égalité.

 

François Jarraud

 

L'étude OCDE

 

 

 

 

Par fjarraud , le vendredi 06 mars 2015.

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