Numérique : Objets connectés, enseignement et apprentissage 

A voir les vagues successives d'information et d'articles de presse sur les objets connectés, on peut s'interroger de l'absence partielle du monde de l'enseignement et de l'apprentissage sur le sujet. Tout au moins peut-on s'étonner qu'hormis dans les domaines techniques (capteurs, techno, etc.) le champ scolaire ou au moins celui de l'enseignement n'aient pas été convoqués, au contraire de celui de la santé, par exemple (1). S'il faut envisager l'hypothèse d'un marché économiquement inexistant ou à peine naissant dans l'éducation, on sent confusément qu'il y a là un potentiel de réflexion à étudier : quelle place peuvent donc prendre les objets connectés dans un contexte éducatif ou scolaire ?

 

Cette réflexion a pour origine l'observation et l'analyse des argumentaires sur les usages des tablettes. En utilisant l'expression "interface tactile", on peut penser qu'il y a là un nouveau sens qui est concerné : après l’ouïe (ie la parole) et la vue, le toucher entre en scène. Lors d'une récente présentation de logiciels pour enfants de classes maternelles et primaire, je me suis questionné sur la dimension tactile permise par ces logiciels, surtout que certains de ces logiciels déclarent s'appuyer sur l'approche de Maria Montessori dont on sait qu'elle insiste beaucoup sur cette question du corps, du tactile, de la perception multisensorielle dans l'apprentissage. On peut lire sur un site qui présente l'approche de Maria Montessori la phrase suivante : "Il faut donc laisser l’enfant toucher son environnement le plus possible, ce en rendant, justement, cet environnement adéquat à une telle exploration." (http://www.montessori-nice.fr/ ). Avec l'écran, cette dimension tactile n'est-elle pas extrêmement limitée en regard d'un tel projet éducatif.

 

En 1991 lors d'un séminaire européen organisé par la société IBM (branche éducation Europe qui existait encore) une des présentations faites par des chercheurs nord-américains portait sur d'étrange cailloux à la texture particulière, aux formes variées, et capables d'actions (déformation, son, captation d'information, réaction au touché) A l'époque ces objets étaient encore autonomes, mais les propos du chercheur montraient qu'il y avait là un gisement d'avenir, probablement dans l'éducation mais plus globalement dans l'approche des relations entre l'humain et les objets numériques. Ces présentations d'hypothèses de recherche n'ont pas trouvé à ce jour d'applications larges dans le monde de l'enseignement, mais faut-il pour autant en abandonner l'idée ?

 

Qu'est-ce que pourrait bien être un objet connecté dans un cadre éducatif ? Distinguons différentes approches : un objet ayant des compétences autonomes et pouvant éventuellement être connecté à un ordinateur (ou smartphone, tablette), un objet connecté en permanence à un ordinateur, un objet connecté à un ordinateur mais ayant aussi des capacités de dialogue direct (ou indirect) avec d'autres objets ayant des caractéristiques proches.

 

1 - Objets autonomes

Ce sont des objets dont l'interface avec l'utilisateur utilise d'autres moyens que l'écran. Vibration, modification de volume, bruits, sons. Parce qu'ils ont leur propre logique, ce type d'objet autorise les usages prévus et impose donc à l'usager ce pour quoi les concepteurs l'ont destiné. De l'automate au robot autonome, qui sont les représentations les plus représentées dans l'imaginaire, la gamme des possibles est importante.

 

2 Objets connectés en permanence

Ce sont des objets dépendants et pilotés à distance. Les drones, et autres appareils télécommandés sont les images les plus connues. Dans plusieurs cas, ces objets peuvent devenir autonomes, et interagir avec leur environnement de manière variée (détection d'obstacles, repérage de zones etc.) Cependant l'intermédiaire de l'ordinateur auquel ils sont connectés est essentiel

 

3 Objets disposant d'une grande capacité d'interaction non seulement avec l'environnement statique, mais pouvant aussi interagir avec d'autres objets de même nature. Les concours d'équipes de robots footballeur sont une des illustrations les plus connues. En s'associant ou en s'opposant, ils engagent des actions plus ou moins autonomes ou dirigées selon les modèles.

 

Dans un cadre éducatif, comment imaginer ces objets ? L'image du robot est celle qui revient le plus souvent dans les illustrations qui circulent et même dans de nombreuses expériences. Mais ne peut-on envisager des objets connectés qui permettraient de développer la motricité fine, la créativité, l'assemblage logique. On pourrait même imaginer, sur la base de projets comme le langage Scratch ou encore des produits à l'image de ceux proposés dans les "Littlebits Kit". On peut imaginer que des enfants manipulant des objets connectés et reliés entre eux construisent des ensembles "vivants" et abordent ainsi la complexité des systèmes reliés. On pourrait plus simplement rêver que manipulant des objets qui changent de forme, de couleur, de température selon la pression exercée et la durée, les enfants perçoivent leur influence sur le monde qui les entoure et construisent des stratégies pour l'apprivoiser.

 

L'imagination et la créativité autour des objets connectés éducatifs mérite d'être travaillée : ainsi on pourrait développer la latéralisation, la coordination aussi bien que l'équilibre, l'échange ou la collaboration. En associant des objets à des situations et des contextes numérisés ou non, on peut aisément retrouver ce que l'on appelé jadis les "micromondes". En tout cas il est temps de sortir de l'écran plat comme interface dominante entre l'humain et le numérique. Certes il y a des tentatives ici-ou là, comme autour du gout ou de l'odorat, mais quand on regarde le marché des objets numériques connectés on ressent qu'il y a un potentiel, inexploité en éducation, qui mériterait toute notre attention et notre intérêt. Avis aux créateurs...

 

Bruno Devauchelle

 

Note :

(1) on peut confirmer cela en allant sur le site http://www.objetconnecte.net/

 

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Par fjarraud , le vendredi 27 mars 2015.

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