Constante macabre : Le combat continue 

"On a des motifs de découragement. Mais on est vacciné". Le Mouvement contre la constante macabre (MCLCM) organise son prochain congrès le 12 juin à Paris en partenariat avec Le Café pédagogique. A cette occasion, André Antibi, qui préside le mouvement, fait le point sur un mouvement qui milite pour une autre évaluation alors qu'on attend les décisions du ministère en ce domaine.

 

C'est en 2003 qu'André Antibi a publié l'ouvrage fondateur du MCLCM "La constante macabre". Celle-ci se traduit par le fait que les enseignants semblent obligés, pour être crédibles, de mettre un certain pourcentage de mauvaises notes, même dans les classes de bon niveau. Le système de notation implique que certains élèves, souvent la moitié, aient "moins que la moyenne". "On pense qu’une répartition des notes est un phénomène naturel, et donc qu’il est normal qu’elle donne lieu à une courbe de Gauss", explique A Antibi. Les résultats sont connus : sentiment d'injustice chez les élèves et aigreur des relations entre professeurs et élèves. Surtout, perte de confiance en soi des élèves, un phénomène qui affecte particulièrement les élèves français selon les enquêtes internationales.

 

Pour y remédier, André Antibi a imaginé l'évaluation par contrat de confiance (EPCC). Celle-ci repose sur un programme de révision explicite. Une semaine avant le contrôle les élèves disposent d'un programme de révision précis et un ou deux jours avant le contrôle un jeu de questions - réponses permet de déceler les difficultés. L'EPCC s'appuie donc sur des usages scolaires installés en travaillant de façon plus rigoureuse la préparation à l'évaluation. Il travaille la confiance et au final incite les élèves à travailler. Mais l'EPCC se heurte à une tradition scolaire bien installée que les efforts du Mouvement d'André Antibi a du mal à faire bouger.

 

Vous organisez le 12 juin votre colloque annuel à Paris. Dans quel but ?

 

On n'a pas changé d'objectif. On veut faire changer l'évaluation. Tant que le problème ne sera pas réglé, le combat continuera. Il y a actuellement beaucoup d'intérêt pour les questions d'évaluation.  Mais il y a aussi des dérives que l'on veut signaler.

 

L'EPCC se reconnait come une évaluation "bienveillante". Mais certainement pas comme une évaluation laxiste. On est pour un élitisme non piégeant. Il est tout à fait soutenable que les élèves qui travaillent aient de bonnes notes. Il faut éviter que la bienveillance tombe dans le laxisme.

 

Une autre dérive serait de penser qu'on peut changer l'évaluation par en haut. Il faut que les enseignants s'emparent de cette question.

 

Justement le ministère a lancé une réflexion puis un colloque sur l'évaluation. La ministre a promis qu'elle prendrait des décisions. Comment vous situez vous par rapport à cette démarche ?

 

L'EPCC bénéficie du soutien fidèle du ministère. Jean-Michel Blanquer, ancien patron de la Dgesco, participera au colloque où il retrouvera Florence Robien, actuelle directrice de l'enseignement scolaire. Elle est u véritable appui pour notre mouvement. Il y a d'ailleurs à la Dgesco un groupe de travail d'une cinquantaine de membres qui travaille à diffuser les idées de l'EPCC. On ne doute donc pas de la bonne volonté du ministère.

 

Le MCLCM a participé à la conférence nationale sur l'évaluation. Le mouvement semble retombé. On attend les décisions ministérielles qui étaient promises pour avril.

 

Quand on regarde la liste des soutiens à votre colloque c'est impressionnant ! De l'enseignement catholique à la FSU, des inspecteurs généraux aux lycéens, toute l'Ecole est derrière vous. Pourtant la diffusion de vos idées semble se faire lentement. Comment expliquez vous cela ?

 

On estime qu'aujourd'hui 50 000 enseignants appliquent l'EPCC. Ce n'est pas rien ! Mais on voudrait qu'il y en ait encore davantage. On serait tenté de dire qu'il faudrait des instructions plus fermes du ministère. Mais on sait que rien ne peut se faire sans les enseignants. Obliger els enseignants à appliquer l'EPCC conduirait à de sérieux dérapages. Il faut donc continuer à convaincre. Ce qui est le but de ce colloque.

 

D'où la présence de plusieurs Jacques Ginestié, président du réseau des Espe, au colloque, comme d'un représentant de l'ISFEC (formation de l'enseignement catholique). Vous comptez sur les Espe pour faire connaitre l'EPCC ?

 

Cette année on a décidé de mettre l'accent sur la sensibilisation des étudiants des Espé. Car pour le moment l'EPCC est trop peu enseignée en formation initiale des enseignants. L'EPCC peut être mise en place dans toutes les disciplines. Sur les 50 000 enseignants que l'évoquais tout à l'heure, il y a un peu plus de professeurs de maths que d'autres disciplines. Mais il y a aussi beaucoup d'enseignants de lettres, de langues vivantes, d'histoire-géo. On peut mettre l'EPCC partout même si c'est plus difficile quand on est seul à le faire.

 

Il faut bien voir que l'EPCC n'est pas incompatible avec d'autres formes d'évaluation. Elle st généralisable facilement. Mais c'est à nous de gagner la confiance des enseignants.

 

Propos recueillis par François Jarraud

 

Le programme du colloque du 12 juin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par fjarraud , le mardi 21 avril 2015.

Commentaires

  • Franck059, le 21/04/2015 à 16:44
    Il y a bien une constante mais elle n'est pas macabre :
    Elaborez un QCM ne reprenant strictement que les compétences et connaissances exigibles au programme puis corrigez, vous obtiendrez bon gré mal gré environ un découpage en 3 du score des élèves.

    Laissez tomber les acronymes tels que MCLCM et EPCC, simplifiez le discours :
    "Travail par objectifs" tout simplement.

    -Fixez les objectifs généraux (4 notions maximum) pour le trimestre, écrivez-les, faites-les écrire, gravez-les dans le marbre, mettez-les en ligne à disposition de tous et tenez-vous y.
    Faites de même au début de chaque chapitre avec 4 objectifs maximum pour chacun.

    - Evaluez chaque chapitre par un petit bilan reprenant les objectifs fixés (privilégiez les QCM pour ces bilans) puis évaluez le trimestre par un devoir complet d'une heure comportant 4 exercices sur les notions fixées pour ce trimestre.

    - Travaillez les objectifs de chaque chapitre en classe, faites réviser les notions fixées pour le trimestre au travers de DM non notés (cela peut décourager et être injuste) ou de séances d'exercices en classe avant le devoir de fin de trimestre si vous disposez de suffisamment d'heures pour cela...

    - Simplifiez l'évaluation trimestrielle en 2 notes : l'une constituée des bilans qui viennent se cumuler pour former une note sur 20 (note sur 5, sur 10, sur 15 puis sur 20), l'autre constituée de la note sur 20 du devoir final.

    - Paramétrez votre logiciel de notes pour qu'il compte pour 2/3 la meilleure des deux notes et l'autre 1/3 au gré de chaque élève.
    Arrondissez la moyenne des élèves au 1/2 point supérieur car l'on se moque d'un détail au centième ou au dixième de la moyenne de chacun
    Demandez à l'administration que la moyenne de la classe n'apparaisse pas au moins pour les familles et l'élève quand ils consultent leurs notes en se connectant au logiciel. Dans l'idéal, demandez à ce qu'elle n'apparaisse plus sur les bulletins. La bienveillance doit être mise en oeuvre aussi par l'administration.

    - Ne faites jamais d'interrogation surprise. Cela casse la confiance établie entre le professeur et les élèves et cela suppose qu'ils soient toujours au taquet en train de travailler et de réviser toutes les matières. C'est illusoire et ils ont d'autres choses à faire en dehors de l'école (activités sportives et/ou culturelles ou artistiques, vie sociale)

    Vous devriez voir une amélioration des résultats mais pas fulgurante. La confiance rétablie permettra une relation surtout plus sereine. Par contre, certains élèves ne travailleront pas les objectifs car ils ne travaillent jamais chez eux, d'où la nécessité de faire beaucoup d'exercices en classe et d'avoir le temps pour cela...
    Ne perdez plus votre temps à faire écrire le cours en classe. Introduisez les notions et synthétisez brièvement. Surtout réinvestissez en exercices pour développer les méthodes. De nombreux cours sont maintenant disponibles en ligne et de petites vidéos aussi (jamais plus de 10 minutes). S'ils ne vous plaisent pas, éditez vos propres cours et mettez à disposition.
    Mais n'oubliez jamais une constante bien réelle dans notre système éducatif, un élève qui ne travaille pas et qui obtient de mauvais résultats partout continuera de progresser de classe en classe jusqu'à la 2de. Le système lui ment en lui faisant croire que tout est acquis sans effort et l'apprend à devenir passif voire même paresseux mais cela est un autre débat tout à fait tabou actuellement.
    • eplantier, le 21/04/2015 à 12:12
        • Qu'est-ce que la paresse, Franck-du-Nord ?
          Que savez-vous du travail dans la vie, je veux dire la vraie, pas cette comédie qu'est le système éducatif ?
          Pourquoi voudriez-vous que les élèves travaillent en dehors des cours ? Est-ce qu'un salarié travaille en rentrant chez lui ?
          Pourquoi soutenez-vous ce système vicié et vicieux, qui conforte toujours plus les inégalités sociales mais qui arrange bien les acteurs du système qui, eux, tirent leur épingle du jeu ? Voilà les bonnes questions.
      • Franck059, le 21/04/2015 à 12:37
        - La vraie vie pour un écolier, un collégien, un lycéen, un étudiant est bien avant tout constituée, et en majeure partie, de ce qu'il fait en classe. Et cette période pourra représenter jusqu'à un quart de sa vie. Je ne considère pas que la vraie vie commence après l'école. D'ailleurs certains y retourne ! Je parle de l'attitude, un élève peut être faible dans une discipline, mais quand c'est partout, c'est révélateur d'une certaine propension à la paresse, à la passivité. Remarquez, on trouve des boulots particulièrement passifs, peut-être de moins en moins.

        Quant au travail en dehors des cours, on peut proposer un monde de bisounours qui supposerait une école où il n'est pas nécessaire de travailler en dehors de la classe. Mais vous n'empêcherez pas un élève volontaire d'accroître ses performances par le travail personnel ni des familles de se sacrifier en cours particuliers pour espérer toujours obtenir plus. Et je dis oui, il existe des métiers ou les salariés travaillent chez eux.

        Je ne soutiens pas le système. Vous n'avez pas compris mon intervention, peut-être n'ai-je pas été assez clair. J'essaie de dédramatiser l'évaluation et d'améliorer les relations que l'on peut avoir avec les élèves en instaurant un climat de confiance. Leur dire ce sur quoi ils seront évalués, ce qu'on attend d'eux avec précision va dans ce sens. Les remontées que j'ai de la part des familles aux réunions me confortent dans cette idée. 
  • fjarraud, le 21/04/2015 à 12:12
    Un commentaire supprimé : publicité pour un humoriste
    • eplantier, le 21/04/2015 à 12:22
      Apprenez ce qu'est la publicité. Et, pendant que vous y êtes, penchez-vous sur le code dépassé de ce site plutôt que d'emmerder quelqu'un qui contribue en illustrant le sujet.
      • Franck059, le 21/04/2015 à 12:35
        J'estime aussi la suppression du lien abusive.

        J'ai regardé la vidéo et je ne me suis même pas demandé qui était l'humoriste (qui d'ailleurs ne fait pas beaucoup rire).

        Je ne suis pas d'accord avec la fin du sketch qui propose de supprimer l'évaluation pour ne la laisser qu'aux entreprises. Cela me semble extrême. L'évaluation est nécessaire pour contrôler les acquisitions de connaissances et de méthodes. 

        Par contre, peut-on être juge et partie, former et évaluer à la fois ? La relation élèves-enseignant serait peut-être meilleure si le rôle de ce dernier était de former.

        Oui cela finit par être agaçant de na pas pouvoir déposer de commentaires sur ce site en utilisant Firefox.
  • thais8026, le 21/04/2015 à 11:41
    6.5% des enseignants appliquent sa méthode. Donc parce que 6.5 % des enseignants trouvent cette méthode bien, il faudrait l'appliquer à tous?
    Quand on ramène aux pourcentages, ses 50 000 enseignants représentent une toute petite minorité or on a l'impression qu'il reste peu de gens à convaincre d'après l'article.
    Il y a du boulot M. Antibi si, comme le dites, vous ne voulez pas que votre méthode soit imposée par le "haut".
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