Premier bilan pour la réforme du lycée 

Alors que l'on attend toujours le rapport d'évaluation sur la réforme du lycée conduite par Luc Chatel, une nouvelle étude réalisée par l'enseignement catholique  dresse un bilan de la réorganisation du lycée. Il est publié 5 ans après le lancement de la réforme. Mais aussi alors que la réforme du collège emprunte des éléments à celle du lycée, comme l'accompagnement personnalisé. Si la réforme du lycée semble ne pas avoir atteint les objectifs qui lui étaient assignés, ce bilan éclaire les difficultés que peut poser une réforme. Même quand elle part avec de bonnes idées...

 

Cinq ans après le lancement de la réforme du lycée, l'étude menée par le département Education de l'enseignement catholique bénéficie d'un recul suffisant pour juger une réforme arrivée à maturité. Les dernières évaluations de la réforme du lycée remontent au rapport Moisan Cuisenier réalisé en 2012 pour Luc Chatel. Depuis, la Dgesco a promis un rapport d'évaluation que l'on attend toujours. Entre temps, des principes entiers de la réforme du lycée sont introduits dans celle du collège. C'est le cas de l'accompagnement personnalisé et de l'autonomie accrue des établissements par exemple. Par contre, l'étude publiée par le Secrétariat général de l'enseignement catholique ne repose que un échantillon restreint d'établissements  : 107 lycées catholiques seulement. L'évaluation est faite par les seuls chefs d'établissement ce qui limite le champ d'analyse.

 

Pas de rééquilibrage des filières

 

La réforme Chatel avait promis de rééquilibrer les filières. Selon cette étude, cet objectif n'est pas atteint. Les enseignements d'exploration n'ont pas ouvert le champ des possibles et l'éducation à l'orientation n'a pas sensiblement évolué. L'étude estime cependant que la réforme a peut-être sauvé la filière L. L'enseignement d'exploration Littérature et société joue aujourd'hui comme une pré orientation vers L. Les passerelles entre filières prévues par la réforme sont très peu utilisées et toujours de façon descendante. L'étude signale un seul cas d'un lycéen passé de série générale à professionnel. Un chef d'établissement voit les passerelles comme un danger : elles risqueraient de vider les secondes pro.

 

L'accompagnement personnalisé, un dispositif approuvé et critiqué

 

L'accompagnement personnalisé est sans doute le dispositif le plus approuvé, critiqué et délaissé. Pour les chefs d'établissement c'est celui qui pose le plus de problèmes. Ils ont du mal à trouver des enseignants pour le faire  car l'accompagnement personnalisé est vécu comme "une perte de repères" par les enseignants qui ne savent pas le faire. Selon l'étude l'AP n'a pas eu d'impact sur le décrochage ou le taux de redoublement. Il aurait amélioré l'orientation. L'étude signale aussi des effets pervers : l'AP est utilisé pour gérer les enseignants "qui décrochent".

 

Des enseignements d'exploration réintégrés dans les disciplines

 

Les enseignements d'exploration, autre fleuron de la réforme, sont en voie de digestion. Ils "ont tendance à devenir une matière" estime le rapport qui souligne aussi qu'ils "peinent à perdurer" et qu'ils ne sont pas utilisés pour l'orientation, à l'exception de Littérature et société. Là aussi les chefs d'établissement évoquent des refus de les faire. L'étude montre aussi un choix très net en faveur de SES plutôt que PFEG pour l'enseignement d'exploration d'économie. En positif, l'étude estime qu'ils encouragent la pédagogie de projet et le travail en équipe.

 

Des critiques récurrentes auxquelles le ministère reste sourd...

 

Globalement, l'étude montre que les dispositifs nouveaux n'ont pas trouvé leur légitimité. Il y a à cela plusieurs raisons. L'étude évoque les résistances chez les enseignants, qui craignent de ne plus pouvoir transmettre les contenus disciplinaires. Mais aussi chez les élèves et les parents. "Le profil des élèves, les CSP des parents, les objectifs des familles dont que les jeunes ne se concentrent que sur les filières et parcours classiques", déclare un proviseur. "Les élèves sont tous d'accord pour dire que l'AP est une matière inutile et une surcharge d'heures. Beaucoup de professeurs l'utilisent pour rattraper le cours", dit un autre.

 

Somme toute cette évaluation partielle n'est pas très éloignée de celle faite dans le rapport Moisan Cuisenier de 2012. Sauf qu'elle intervient avec beaucoup plus de recul. Il est intéressant d'observer que la réforme du collège met en place des dispositifs identiques à ceux de la réforme du lycée sans que le ministère ait pris la peine d'une expérimentation sérieuse de leur efficacité.

 

François Jarraud

 

L'étude

Rapport inspection 2012

Dossier

 

 

Par fjarraud , le mercredi 22 avril 2015.

Commentaires

  • Viviane Micaud, le 22/04/2015 à 16:40
    La réforme Chatel s'est faite sur un diagnostic faux. Elle ne pouvait pas rééquilibrer les filières. Je l'avais écrit dès que les grands principes de cette réforme ont été publiés.  Les bons élèves qui n'ont rien contre la physique vont en S car toutes les orientations sont possibles après un bac S. Cette filière permet d'attendre deux ans pour l'orientation. La filière S a les mêmes exigences que la filière L sur la capacité à manier les outils de l'expression littéraire. Un quart des élèves d'hypokhagne, la plus sélective des filières littéraires viennent de S. La filière S est celle qui a le plus haut niveau d'exigence en maths. Il était évident que les changements de filières seraient, ni plus ni moins possibles qu'avant la réforme. 
    A mon avis, la seule solution est de permettre de choisir de manière déconnecté "un parcours littéraire" (celui des bacs technologiques ou celui des bacs généraux), "un parcours mathématiques" (celui de L, celui de ES ou celui de S) et une "dominante" qui correspondrait aux filières des bacs.
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