Nouveaux programmes d'EPS : Rencontre avec Léo Cantié, membre du Groupe cycle 4 du Conseil Supérieur des Programmes 

Léo Cantié a bien voulu répondre à nos questions pour expliquer le travail, les discussions, les divergences aussi entre certains membres, qui ont abouti à la rédaction de la version du projet de programmes EPS des cycles 2 à 4.

 

Léo Cantié vous êtes professeur au Collège Alain de Carcassonne. Vous faites partie du groupe chargé de l’élaboration du projet de programme du cycle 4.  Comment ce groupe a-t-il été constitué ?

Le Groupe chargé de l’élaboration du projet de programme (GEPP) du cycle 4 c’est d’abord un groupe comprenant 2 Universitaires, 2 Inspecteurs Généraux, 3 IPR, 4 professeurs enseignants en Collège et une CPE. Les travaux du groupe étaient dirigés par Patrick Rayou, Universitaire directeur de recherche en sciences de l’éducation à Paris VIII. Chaque discipline était ainsi représentée par une personne et la constitution plurielle du groupe (Universitaires, corps d’Inspection, Personnels de terrain) a permis une pluralité de points de vue et d’analyses. Je ne sais pas sur quel critère j’ai été choisi et contacté par la chargée de mission début juillet 2014 : j’aurai pu refuser à ce moment-là. Je suppose que mon expérience en Collège (25 ans dans deux ZEP différentes dans le Gard et aujourd’hui à Carcassonne) a dû compter tout comme les articles ou publications que j’ai écrit sur la notion de compétence, les programmes 2008, le socle 2006, l’articulation entre les savoirs à enseigner  et la construction de compétences par exemple. Ce groupe ainsi constitué a travaillé sur l’écriture du Volet 1 du cycle 4 (il présente la spécificité du cycle et concerne l’ensemble des disciplines) et l’écriture du volet 2 du cycle 4 (contributions essentielles de l’EPS dans chaque domaine du socle).

 

Quel a été le cahier des charges ? Dans quelles conditions avez-vous travaillé ?

 

Le fil conducteur a consisté à ne jamais oublier le contenu de la Loi Peillon, qui nous dit que « la scolarité obligatoire doit garantir à chaque élève les moyens nécessaires à l’acquisition d’un « socle commun de connaissances, de compétences et de culture » ; ainsi la réussite de tous est un enjeu essentiel et il faut penser en particulier à ceux qui n’ont que l’école pour apprendre. Par ailleurs dans un soucis de démocratie et de compréhension par tous le cahier des charges nous indiquait que les 3 volets devaient être écrit dans une forme lisible par le plus grand nombre (parents, professeurs des autres disciplines etc.), dans un volume contraint et dans un délai de 4 mois et demi  (aucun des membres du groupe n’a pu alléger ses obligations professionnelles).

 

L’écriture du volet 1 a été une écriture collective, difficile et contrainte en volume. Il fallait dire à travers tous les enseignements quelle serait la singularité du cycle 4, dans la continuité des orientations du socle commun pour répondre aux enjeux de rénovation de l’école.

 

L’écriture d’une partie du programme indiquant les finalités, les objectifs généraux est bien connue en EPS mais faire la même chose pour toutes les disciplines ensemble, c’était nouveau.

 

Pour le volet 2 je dirais que ce n’est pas l’écriture en EPS qui a été la plus complexe mais lecteur des autres et soumis à la lecture des autres a constitué un exercice extrêmement enrichissant : avoir le point de vue des autres disciplines, éclairer la vision et les enjeux de l’EPS, fut un moment de découverte pour certains. Mes premières productions organisées autour des domaines et des sous domaines comportaient plus de 5000 signes et quand l’exigence de réduire à 1500 signes apparut vous pouvez imaginer les efforts de synthèse et de choix que cela a impliqué. Je dirais que  ce volet 2 constitue la nouvelle matrice « soclée » de chaque discipline. Le volet 3 en sera la version spécifique proprement dite.

 

La participation au GEPP s’est concrétisée par de nombreux voyages à Paris, et de grosses séquences de travail à la maison, alimentée par une très grande quantité d’échanges par mail. Nous avons travaillé de début septembre 2014 à fin janvier 2015.

 

Quelles relations avez-vous eu avec les collègues des autres disciplines ?

 

Les échanges et les lectures de ce que chacun pouvait écrire m’a toujours semblé intéressant : le regard porté sur des compétences ancrées dans la culture sportive et artistique a suscité de l’intérêt chez mes collègues représentants des autres disciplines dans la mesure où une approche mettant en relation les objets de savoir, la culture, et les sujets apprenants par le travail de transposition didactique constituait pour eux une représentation renouvelée de l’EPS.

 

Sur un autre travail à réaliser la question de l’interdisciplinarité bien souvent portée comme vecteur de la construction de compétences complexes a constitué pour moi un point d’interrogations : Quelle interdisciplinarité ? Subordination ou coopération équitable ? Ne peut-on mettre aussi en jeu des compétences complexes dans le disciplinaire ? La publication par la DEGESCO des futurs « enseignements pratiques interdisciplinaires »  a un peu surpris le groupe qui avait travaillé et fait des propositions  pour des « enseignements complémentaires » et des thématiques plus problématisantes.

 

Y-a-t-il eu des échanges avec les différents groupes de travail (cycle 2 et 3…) ?

 

Les échanges avec les autres GEPP ont été disciplinaires. En EPS nous avons travaillé avec les représentants des GEPP 2 et 3 représentés par 3 collègues CPD et 1 collègue enseignant en Lycée. Nous avons constitué un collectif d’expert EPS constitué de 2 IPR, 1 enseignant-chercheur en STAPS, 1 enseignante formatrice en STAPS  et d’un autre professeur d’EPS de Collège. Nous nous sommes réunis à Paris et avons beaucoup échangé et travaillé par mail.

 

En effet après l’écriture des volets 1 et 2 le groupe EPS avec ses experts s’est attelé à l’écriture du volet 3 avec des propositions de compétences (le cahier des charges du CSP), et du programme EPS proprement dit. Chaque groupe de cycle écrivant son programme, nous nous sommes retrouvés face à une double difficulté ; d’abord  mettre de la cohérence dans le cursus complet du CP à la 3eme, ensuite surmonter des écarts très importants de conception entre ceux qui défendaient la « matrice » de 2008 et souhaitaient aller plus loin en se distanciant des APSA  et de la culture (les Inspecteurs), et ceux (les 2 Universitaires et les 2 professeurs de Collège) qui au contraire prenaient position plus en cohérence avec le nouveau socle de culture, pour une meilleure articulation entre les objets d’enseignement (les APSA) et les compétences que les élèves doivent  s’approprier. Il nous a semblé que notre position était en conformité avec le sens du texte de projet du socle commun publié par le Conseil Supérieur des Programmes  qui  indique que la notion de culture commune avait pour rôle « d’éclairer le sens des enseignements ».

 

Dans les discussions avec l’Inspection et au fil des échanges nous avons pensé que les points de vue s’étaient rapprochés sur le contenu du volet 2 et le cadre du volet 3 ; pourtant on a senti un refroidissement au moment de la date butoir de remise des propositions que nous ne nous expliquons pas.

 

Avez-vous également consulté l’Inspection Générale, des collègues, les représentations syndicales pour faire vos choix ? Y avait-il consensus au moment d’écrire la version finale du projet de programme ?

 

Tout d’abord je tiens à rappeler que le CSP est un organisme qui a été voulu indépendant par le Ministre et cette mesure avait été saluée par tout le monde. Fin  novembre 2014 s’est posée la question de faire un groupe disciplinaire et il nous a semblé que la diversité devait présider à sa constitution : professeurs de terrain, Inspection, Universitaires. La première réunion n’a pu être mise en place que le 18 décembre. Côté IPR, nous savions qu’ils étaient porteurs d’une réflexion suite au séminaire National (PNF journée de formation et de réflexion organisé le 9 décembre 2014 à l’initiative de l’Inspection générale) dont le café pédagogique s’est fait l’écho. Par ailleurs Madame la Doyenne de l’Inspection Générale a apporté sa réflexion dans un document mis à disposition du GEPP 4 le 6 octobre 2014 (« Contribution du groupe IG EPS aux travaux du GEPP Cycle 3 »).

 

Pour les organisations syndicales, le SNEP a été reçu par le CSP plusieurs fois je crois et a envoyé des contributions aux différents responsables de cycle, je n’ai pas eu connaissance de contributions d’autres organisations syndicales. En novembre 2014 le SNEP m’a demandé d’intervenir dans le cadre de leur dernier colloque sur les programmes en tant qu’expert  « badminton ».

 

Intervenant certes mais aussi auditeur j’ai particulièrement apprécié la richesse professionnelle de ce genre d’évènements dans une perspective d’analyse professionnelle au service de la réussite de tous les élèves.

 

En fin de compte il n’y a pas eu de consensus dans la version finale du projet de programme  (volets 2 et 3) puisque les IPR se sont désolidarisés de l’opération à la fin, en envoyant leur propre contribution au CSP. Une forte majorité des membres du groupe EPS s’était prononcée en faveur de l’abandon des compétences propres mais le reste était plus ouvert (le nombre de compétence, leur écriture, etc.) et l’écriture en groupement d’APSA ne constituait qu’une voie de compromis.

 

Les programmes tels qu’ils sont rédigés sont-ils définitifs ?

 

Les projets de programmes sont soumis à la consultation et de ce point de vue ils peuvent évoluer. La logique de conception des nouveaux programmes est qu’ils sont susceptibles d’évoluer, qu’ils ne sont pas gravés dans le marbre, même au-delà de la consultation ; c’est une nouvelle forme annoncée d’un processus moins prescriptif (voir la Charte des Programmes).

 

Comment allez-vous prendre en compte ces consultations ?

 

A ce jour, je ne sais pas si ma mission sera prolongée ni comment sera organisée l’opération de régulation après la consultation.

 

Pour terminer, votre mission s’achèvera-t-elle au moment de la sortie définitive des nouveaux programmes collèges ?

 

Le Conseil Supérieur des Programmes ne va pas interrompre son travail après la sortie définitive des nouveaux programmes si on envisage des régulations régulières dans le temps ; par contre je n’ai aucun élément pour parler d’une future mission. Dès le mois de septembre 2014 je savais que mon travail dans le GEPP4 était programmé jusqu’en janvier 2015.

 

Par Antoine Maurice et Benoît Montégut

 

 

 

 

Par fjarraud , le jeudi 07 mai 2015.

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