Quand les lycéens débattent des changements climatiques 

Comment ça se passe, une Conférence mondiale sur le climat ? Dans la perspective de la prochaine conférence COP21 en France, 140 lycéens de Seconde, venus de 14 lycées d’Île de France, ont fait l'étonnante expérience le 6 mai de défendre les enjeux de pays impliqués dans la Conférence internationale, dont ils portaient les couleurs et les intérêts spécifiques, mercredi 6 mai au Lycée du Bourget. Réunis autour des enjeux d'environnement planétaire, les lycéens ont étudié toute l'année la situation des pays dont ils représentaient la délégation, dans un gigantesque jeu de rôles, au plus près du réel. Un exercice grandeur nature qui leur laissera un souvenir durable.

 

Un événement concerté entre acteurs institutionnels

 

Le projet est né d'une coopération entre le ministère de l’Éducation nationale et le ministère en charge de l'écologie, relayé en Île de France par la direction régionale et interdépartementale de  l'environnement et de l’énergie (DRIEE) et les académies de Créteil, Versailles et Paris. L'objectif en était d'impliquer des établissements scolaires dans la préparation active et concrète de la COP 21 de décembre 2015. Avec le soutien de deux associations, CliMates et Frequence School, la COP des lycéens a mobilisé les classes de 14 lycées volontaires, dont 13 ont rejoint le dispositif des lycées écoresponsables de la Région.

 

Réunion plénière sous pression

 

L'ambiance était électrique, pour la conférence plénière de clôture, mercredi après-midi : au terme d'une journée de négociations sévères, menées pied à pied lors de rencontres formelles et informelles, les 10 représentants de chacune des 14 délégations devaient décider l'adoption des accords consensuels établis lors des débats. La présidence de séance était assurée par deux élèves du microlycée du Bourget, très professionnels, assistés par des étudiants de la CliMates. Plus tôt dans la journée, les participants avaient reçu la visite des deux ministres des ministères de tutelle, Najat Vallaud Belkacem et Ségolène Royal. Une forme de reconnaissance qui n'a pas laissé les élèves insensibles, malgré leur détachement affiché. Mais restaient à ratifier les décisions âprement négociées.

 

Adoption d'un statut de « réfugié climatique »

 

Pour adapter le projet aux classes de secondes, les discussions portaient sur 3 chapitres : atténuation, adaptation et forêt, et utilisation des terres, avec la prise en compte transversale des questions financières, notamment relatives au Fonds vert pour le climat. Quelques objections ont encore ponctué cette séance conclusive : les Maldives se sont alarmées sur la question du prix de la tonne de carbone, indispensable pour mesurer les effets de compensation. Aucun consensus n'a cependant  pu être obtenu sur ce point, qui devra être renégocié à la prochaine COP. Nouveauté par rapport aux projets préalables : l'adoption d'un statut de « réfugié climatique », les pays volontaires  s'engageant à assurer l'accueil des personnes concernées. Une diminution de 50% de la déforestation d'ici 2025 et son élimination d'ici 2030, sous réserve d'une aide financière et technologique aux pays en voie de développement, a été décidée. L'Australie a tenu à faire préciser s'il s'agissait de déforestation brute ou nette, c'est-à-dire en arbres coupés ou en arbres coupés et non remplacés. Au premier titre, précise la présidence. Quant à la reforestation, un plan prévoit de recouvrir 40% des terres déboisées de puis 20 ans à l'horizon 2030 . La salle applaudit chaleureusement.

 

Ne pas oublier les actions de proximité

 

Une discussion précise, saluée sans complaisance par Corinne Rufet, vice-présidente à l'environnement du conseil régional : « vous êtes arrivés à un résultat de + 3°, notre objectif dans la réalité est d'atteindre +2°. Et il est regrettable que vous n'ayez pu parvenir à un accord chiffré. Vous voyez, ce n'est pas facile, mais c'est un bon résultat. » Elle a également rappelé aux élèves franciliens l'importance de leur implication écologique, et l'action de proximité qu'ils peuvent avoir, par exemple, en soutenant la demande d'aliments bio pour leurs cantines scolaires. Un enjeu d'importance, pour la Région, où l'agriculture biologique reste encore très minoritaire et doit trouver des débouchés pour se développer. Béatrice Gille, rectrice de l'académie de Créteil, a félicité les élèves de leur solide investissement, leur rappelant l'importance d'apprendre à « adopter les conventions », autant dans la qualité de leur travail que dans le soin qu'ils avaient apporté à leur tenue et à leurs interventions publiques.

 

Une vraie interdisciplinarité

 

Les représentantes de la délégation de la Chine, venues du Lycée Chérioux de Vitry sur Seine, Lise, Maryam, Maeva et Sabrina, ont vécu une expérience « mieux qu'on aurait pu penser, beaucoup plus vivante. Chacun avait son idée et voulait la défendre ! On a obtenu mieux qu'on attendait. Mais il y a des choses qu'on a lâchées, parce que quand même, c'est pour la planète. » Ce qui les a marquées ? « Les techniques de captage du CO2 dans les usines thermiques, c'est vraiment fort. Avant on avait moins conscience des dégâts sur l’environnement, maintenant, on se rend compte. » Le travail en amont a été considérable, comme le confirme Mme Beaulier, professeure de Sciences économiques et sociales, qui a accompagné deux délégations (Australie et ONG) de son lycée d'Orsay. Le cahier des charges prévoyait 3h hebdomadaires. L'équipe enseignante a utilisé les heures d'ECJS et l'enseignement d'exploration Sciences de Laboratoire. Mais en incluant aussi SVT, physique chimie, histoire géographie : une vraie interdisciplinarité qui s'est construite au fil du projet. « On intervenait régulièrement dans les cours les uns des autres ! L'enseignement d'exploration a été complètement transformé, et la formation des citoyens par l'ECJS... s'est faite autrement ! »

 

« Prêts à recommencer ! »

 

Pourquoi avoir choisi de représenter l'Australie ? « Sa position est particulière : de motrice dans la lutte contre le réchauffement, elle est devenue climatosceptique depuis le dernier changement de gouvernement et a changé radicalement sa posture. C'était très difficile de jouer le jeu : il fallait respecter l'esprit du pays. Mais défendre aussi les ONG nous a permis de rééquilibrer et de créer du débat à l'intérieur de notre groupe », commente Mme Beaulier. M. Bernaud, professeur de SVT, précise : « On a créé un débat interne à la société australienne, ce qui a permis d'envisager tous les points de vue, aborigène, industriel, agricole, etc. » L'atout majeur, en termes de pédagogie ? Les enseignants sont d'accord : « une interdisciplinarité telle qu'on ne la pratique jamais ! Les élèves ont apprécié ce décloisonnement et cette forme de travail atypique. Il en est résulté une relation différente avec les élèves. » Même si le public d'Orsay est plutôt privilégié, reconnaît Mme Beaulier, la classe impliquée n'était pas la plus facile, mais a complètement joué le jeu. Plutôt contents de l'expérience, les professeurs ? « On est prêts à recommencer dès demain ! » affirment-ils, expliquant déjà leurs projets à suivre dans cette veine.

 

Une initiative ambitieuse et un défi relevé haut la main, par l'ensemble de ces lycéens et de leurs professeurs venus d'horizons, de milieux, de types d'enseignement différents, de Saint-Cloud aux Mureaux en passant par Clichy-sous-Bois, pour prouver s'il en était besoin, combien une pratique pédagogique alternative et engagée peut galvaniser toutes les énergies scolaires.

 

Jeanne-Claire Fumet

 

Les travaux de la journée en Live-tweet : #lycéensCOP21IDF

 

Le projet sur le site du ministère de l’Éducation nationale

Des jeunes des Mureaux préparent la négociation climatique

 

 

Par fjarraud , le vendredi 08 mai 2015.

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