Programmes : La Formation aux Médias et à l’Information en question 

Une lecture, une relecture, une mise en relief, un soulagement puis les doutes, les questions... Bien sûr, nous réagissons tous de façon épidermique aux changements. Néanmoins, la mise en place d'un curriculum relatif à l'éducation à l'information et aux médias dans les propositions de nouveaux programmes pour le cycle 4 est un pas notoire dans la reconnaissance des savoirs transdisciplinaires liés aux compétences info documentaires.

 

Chacun dans son coin, à coups de petits projets, innovations pédagogiques, expérimentations, inventivité, les enseignants documentalistes se sont toujours inscrits en creux par rapport aux programmes et en avance par rapport aux chantiers pédagogiques (La documentation n'a jamais évalué autrement que par compétences, le travail en projet et  en partenariat est notre travail au quotidien)

 

Je pense donc que ma réaction à la lecture des nouveaux programmes en cycle 4 pour l'Education aux Medias et à l'Information est un sentiment de petite victoire. Oui, les compétences info-documentaires transdisciplinaires et transposables sont importantes dans la formation de nos élèves. Vont-elles l’être à leur juste valeur et reconnues au sein des curriculums ?

 

La définition des trois axes fondamentaux autour desquels orienter nos formations est un bon résumé des pratiques mises en place dans les centres de documentation. Depuis la formation à la recherche documentaire mise en place en sixieme jusqu’au Parcours de Formation à la Culture de l’Information (Pacifi (1)), les objectifs pédagogiques de la diffusion des compétences info-documentaires se sont définis, centralisés et regroupés autour de ces grands axes

 1. une connaissance critique de l’environnement informationnel et documentaire du XXIe

 siècle

2. une maîtrise progressive de sa démarche d’information, de documentation

3. un accès à un usage sûr, légal et éthique des possibilités de publication et de diffusion

On se rapproche d’un curriculum technique qui correspond au besoin de l’école du XXI eme siècle.

 

Le rôle du professeur documentaliste

 

Nuance subtile, il est très peu mentionné le rôle du professeur documentaliste dans ces nouvelles directives. Va-t-il se poser en chef des outils documentaires et disséminer son savoir aux collègues des autres disciplines? Où va-t-il avoir des heures obligatoires  attribuées sur les EPI ? Le risque de faire de l'Education aux Medias une "matière " à part entière sous la responsabilité des professeurs documentalistes se profile à l'horizon.

 

 Autre cas de figure: une lutte documentaliste/ enseignants de science/ de langues/ de latin et de grec pour les heures d'EPI si chacun est convaincu de l'importance prédominante de sa matière dans la formation des élèves, ce qui est une bonne chose, mais risque de mettre les nerfs des équipes enseignantes à rude épreuve. Les EPI (Enseignements Pluridisciplinaires) courent le risque de n’être que des heures déguisées de pédagogie par projet Le mot n’est jamais écrit dans les programmes, mais sous-entend l’ensemble du dispositif et s’expose au risque comme les IDD, TPE et autres projets du passe de  ne reposer que sur la motivation des enseignants ou de n’être utilise que pour pallier aux écueils des enseignements disciplinaires (dédoublement en langues, enseignement des langues anciennes…)

 

Les compétences info-documentaires qui étaient disséminées dans le socle commun de 2009 entre les 7 piliers et qui pouvaient quasiment se rapporter à chacun des projets mis en place dans les CDI sont directement explicitées dans ces nouvelles propositions. Cette esquive de la mention du rôle du documentaliste est-elle une protection? Nous ne serions pas seuls responsables de cette Education à l'Information ou cela nous cantonnera-t-il à un rôle de joker quand les autres disciplines auront remplies leurs exigences, on nous sollicitera pour combler les vides ?

 

EMI : Compétences et culture

 

L’officialisation de l’Education aux Medias et à l’Information fait osciller sa définition entre la réduction à un savoir disciplinaire sur le même plan que les matières officielles et les possibilités démultipliées de laboratoire pédagogique Allons-nous coincer l’EMI entre le Français et la SVT dans l’emploi du temps des élèves ? C’est une possibilité qui apparait dans certains établissements ou la documentaliste a des heures réservées sur l’ensemble des niveaux, ce qui permet une formation équitable de l’ensemble des élèves, un suivi et la possibilité de réactivation des compétences déjà abordées dans les classes précédentes. La FADBEN  (Fédération des Enseignants Documentalistes de l’éducation nationale) a d’ailleurs mené un travail remarquable sur la mise en place d’un curriculum info-documentaires ainsi qu’une enquête sur la place des heures d’enseignement dans le service d’un enseignant-documentaliste (2).

 

Néanmoins la possibilité de  continuer à travailler en relation avec les autres enseignants (en partenariat interdisciplinaire) et en s’appuyant sur les contenus disciplinaires pour mettre en place une pédagogie de projet voire des expériences pédagogiques innovantes  me parait de façon équivalente une superbe opportunité de transmettre les valeurs, l’ensemble des savoirs faire et savoir être, des habiletés documentaires qui me semblent fondamentales  pour la formation des élèves, étudiants et futurs citoyens de ce monde. La possibilité d’envisager l’EMI dans les programmes comme des compétences permettant de relier les approches disciplinaires entre elles parait donner encore plus de profondeur et de valeur à l’ensemble des différents savoirs.

 

Quelle place donc pour la formation à l’EMI ? Plutôt que de s’inscrire dans l’interdisciplinaire, il me semble que l’EMI revendique son statut de transdiscipline, une convergence de compétences nécessaires a la formation des élèves et qui pourraient être réinvesties dans les autres matières. Il me semble également que c’est le ‘titre’ que les enseignants- documentalistes revendiquent au sein des CDI. Nous formons par compétences, nous travaillons sur les aspects culturels et bien entendu, les connaissances qui découlent de ses savoirs en action s’inscrivent dans la formation générale de l’élève.

 

Se pose alors en filigrane la question de l’évaluation de l’EMI : notes intégrées aux disciplines, compétences du socle validées par l’enseignant documentaliste ou par une équipe d’enseignants…Je me situe actuellement au croisement de l’ensemble de ses possibilités et travaille sur la validation des compétences info-documentaires en relation avec les travaux de Jean-Michel Zakhartchouk (3)

 

Un cadre à mettre en place

 

La mutualisation et le travail en équipe aura un grand rôle à jouer dans la mise en place de l'Education à l'Information et aux Médias. Je suis prête à relever le défi en espérant que mon profil de documentaliste résiste à ses nouvelles demandes: oui je veux enseigner les compétences info-documentaires, mais je souhaite aussi faire vivre mon CDI, organiser des activités de lecture et culturelles, animer le CDI pour les élèves et participer à la formation citoyenne de mes étudiants. J'ai choisi le métier de professeur documentaliste pour cette fameuse liberté pédagogique dont j'adore faire usage: je peux cumuler des projets de science, d'histoire et une étude de la bande dessinée sur une même semaine. Je souhaite continuer à faire ce travail dans des conditions optimales. (4)

 

Il va en effet nous falloir bien réfléchir à des cadres de mise en  place pour tirer le maximum de ces opportunités qui se profilent à l'horizon. Un nouveau défi à relever, sans doute…Une reconnaissance se profile, en espérant que le prix à payer ne sera pas au détriment de nos autres missions.

 

Marjorie Decriem

Documentaliste au Lycée International de Los Angeles

 

Notes

1 Ministère de l’Education Nationale. Repères pour la mise en œuvre du Parcours de formation à la culture de l’information. Eduscol. Octobre 2010 http://cache.media.eduscol.education.fr/file/Pacifi/85/4/Reperes_Pacifi_157854.pdf

2 Fadben . Quel service d’enseignement pour les professeurs documentalistes ? Enquête FADBEN : résultats et analyse. 12 octobre 2014 http://fadben.asso.fr/Quel-service-d-enseignement-pour.html

3 Zarkatchouk, Jean-Michel. De l'information au savoir : l'affaire de tous ! Compte rendu  journée professionnelle de l'ADBEN Picardie CRDP d'Amiens 29 mai 2013. http://blogs.ac-amiens.fr/docu_blogfadbenpicardie/public/Fichiers/CR_JP2013.pdf

4 Decriem, Marjorie. Le classeur de la doc. Blog professionnel 2013  http://csidoc.e-monsite.com/

 

 

Par fjarraud , le mercredi 13 mai 2015.

Commentaires

  • Florian Reynaud, le 13/05/2015 à 22:25
    Bonjour,

    Deux-trois précisions sur quelques éléments de votre propos. On peut parler en effet d'une petite victoire, mais finalement sans qu'on aille au bout, avec des obstacles statutaires difficilement compréhensibles pour les professeurs documentalistes (qui sont une fois sur deux documentalistes dans cet article, signé par une "documentaliste" - la reconnaissance du métier tient à ce genre de signaux...).

    Je ne vois pas trop ce que viennent faire l'IRD et le Pacifi dans la construction des trois champs, qui viennent bien du travail de réflexion mené par les chercheurs en SIC (sciences de l'information et de la communication), en particulier du GRCDI, mais pas de l'institution jusque-là.

    Précisons par ailleurs que les EPI ne sont pas des "enseignements pluridisciplinaires" (travail collaboratif sur une même heure), mais des "enseignements pratiques interdisciplinaires" (chaque discipline son heure sur un projet transversal), ce qui n'empêche pas l'intervention du professeur documentaliste a priori. Ce ne sont pas des apprentissages systématiques pour tous les élèves (donc si l'on s'en tient aux EPI, pas d'égalités des élèves devant le développement d'une culture de l'information et des médias).

    Pour le reste, je me permets d'indiquer l'analyse proposée par la FADBEN, association des professeurs documentalistes, sur : http://www.fadben.asso.fr/Projets-de-programmes.html

    Florian Reynaud
    professeur documentaliste en collège
    président de la FADBEN
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