Réforme du collège ou de la gouvernance de l'Ecole ? 

La réforme du collège arrivera-t-elle à terme ? Voilà le doute qui s'installe alors que le débat politique enfle et que la profession enseignante gronde. Dotée de moyens, arrivant alors que le système éducatif accumule les contre performances, la réforme devrait passer comme une lettre à la poste. Il n'en est rien. Est-ce encore une fois à cause du conservatisme enseignant ?

 

Difficile de ne pas voir la nécessité d'une réforme. Les résultats de l'évaluation en maths viennent confirmer ce qu'on sait de la perte de performance de l'école pour les enfants des familles populaires. Le pays ne peut plus décemment continuer à produire autant d'échec chez les jeunes des milieux populaires et des minorités sans en payer un jour le prix fort. Il a vraiment besoin d'une réforme qui lutte contre les inégalités sociales à l'Ecole.

 

 

Alors fallait-il réformer tous les collèges ou seulement ceux de l'éducation prioritaire ? Avec une certaine incohérence le gouvernement fait les deux. Il veut à la fois le collège de la réussite pour tous et mettre à part l'éducation prioritaire. Le risque c'est qu'il n'arrive pas à avoir suffisamment de moyens pour les deux politiques. L'effort doit être mis sur les quartiers populaires. Or on sait que s'il y a des moyens en plus, à beaucoup d'endroits, particulièrement dans le 93, ils restent nettement insuffisants. Cela décrédibilise aux yeux de certains enseignants l'objectif social de cette réforme.

 

Il y a des doutes aussi sur certains choix pédagogiques. Le 11 mars on rappelait les travaux de P Rayoux sur les déviations d'activités pédagogiques mal menées. La pédagogie de projet, l'interdisciplinarité peuvent permettre d'améliorer le niveau des élèves des quartiers. Mais ils nécessitent des enseignants formés. Rappelons que le référentiel de l'éducation prioritaire recommande une pédagogie explicite. Mais plus difficile est l'accompagnement personnalisé. Sa mise en place au lycée a été très inégale car aider les élèves n'est pas chose facile. Souvent les élèves n'en voient pas l'utilité et ces heures détériorent le climat scolaire au lieu de l'améliorer. Les enseignants du collège sont plus habitués à l'accompagnement. Malgré tout, sur tous ces points il faudrait des efforts réguliers de formation si le système éducatif en est capable. Or beaucoup en doutent. Personne ne semble d'ailleurs capable de dire exactement ce qu'elle sera.

 

Mais ce qui est mis en évidence au bout de 2 mois de débats sur la réforme c'est la grande difficulté à gouverner le système éducatif. Les enseignants sont habitués à s'adapter à des situations nouvelles. Chaque année ils font face à des classes différentes et s'adaptent. Les réticences ne relèvent donc pas d'un gout prononcé pour l'immobilisme. Il n'y a là aussi rien qui tienne à la personnalité de la ministre. Mais bien le résultat d'une méfiance profonde qui s'est installée envers l'institution. Il y a le souvenir de ces réformes impulsées puis abandonnées malgré les efforts des enseignants. Il y a une méfiance envers ce qui vient "d'en haut" et une incapacité de la hiérarchie à se faire entendre auprès des enseignants. 

 

Les enseignants ne perçoivent pas la cohérence sociale annoncée par la ministre car ils n'en voient pas les effets dans les quartiers. La perspective d'être formés par leurs principaux ou leur IPR n'est pas reçue positivement tant le fossé est grand avec eux comme le montre, entre autres, l'enquête Talis de l'OCDE. Ils ne pensent pas qu'ils seront accompagnés dans la mise en place de la réforme. Ils ne croient pas dans les dédoublements quand ils voient leur DHG rétrécir.

 

Finalement la première réforme de la Refondation aurait peut être du être celle de la gouvernance. Dans quelques semaines, Jean Zay entrera au Panthéon. Il avait la chance de régner sur 15 000 professeurs du second degré seulement. J Zay avait aussi inventé une méthode particulière de faire ses réformes : expérimenter d'abord , faire la loi ensuite. Une recette pour la gouvernance durable ?

 

François Jarraud

 

Note Depp

 

 

 

Par fjarraud , le lundi 18 mai 2015.

Commentaires

  • BEBEL2012, le 18/05/2015 à 10:01
    Cet article pose une vraie question sur une des problématiques du système scolaire, celui de sa gouvernance. Au lieu d'accuser les syndicats de tous les maux comme je viens de le lire dans un commentaires (argument spécieux s'il en est et largement repris par les ultralibéraux qui fustigent l'influence des syndicats pour mieux s'affranchir d'une représentation démocratique des personnels), il faudrait peut-être mettre en question la logique de la réforme perpétuelle qui use les personnels sans rien changer sur le fond. Une tendance lourde su système. La réponse à la question est la même depuis quelques années : l'autonomie, la gestion par le local. Avec comme résultat : l'autoritarisme des chefs d'établissements autoproclamés pédagogues et son corollaire : la division des équipes. L'une des seules nouveautés en matière de gouvernance depuis quelques années, ce sont les hiérarchies intermédiaires (préfets des études, coordinateurs de tous poils), le conseil pédagogique aux ordres et les groupes de pilotages divers et variés... bref le management à la sauce éducation nationale. Le projet de réforme ne fait que proposer les mêmes recettes qui ont échoué et ont été rejetées par la profession dans son ensemble. Dans ce vide, les personnels ne sont pas entendus. Le débat reste binaire entre les réformistes et les conservateurs, entre une certaine droite et une certaine gauche, entre votre concierge qui sait tout sur l'école et les spécialistes en sciences de l'éducation, entre Brighelli et Dubet etc. Et les personnels, quand sont-ils consultés ? Et l'on s'étonne que pour certains la grève soit la seule façon de se faire entendre... Il faut changer les choses, c'est certain mais pas de cette façon. La première étape c'est de remettre cette réforme sur l'établi, prendre le temps de consulter les collègues à la base et non dans des concertations tronquées par une système de lissage pyramidal et ensuite proposer un projet. Le mettre n discussion et en l'absence de conscience faire voter. Cela prend du temps mais c'est nécessaire. A vouloir tout faire d'un coup, à vouloir viser 2016 en urgence pour être dans les clous du temps politique, on ne réforme pas, on fait de la politique politicienne. Encore une occasion ratée !
    • Michel MATEAU, le 18/05/2015 à 16:47
      Joli florilège………« des concertations tronquées par une système de lissage pyramidal » . Ca, ça doit faire son petit effet dans une réunion syndicale. Même si on ne voit pas bien en quoi consiste un « lissage pyramidal »…
  • splajus, le 18/05/2015 à 09:29
    Si le problème est celui de l'inégalité, c'est à cette aune qu'il faut juger le projet de réforme.
    Merci pour cette analyse.
  • pluriel, le 18/05/2015 à 07:30
    depuis 40 a les syndicats ne font qu'assassiner l'imagination, allons nous endurer ce stalinisme encore longtemps, ils ont étouffé le collège Villeunve de Grenoble dans les années 70 alors que toutes les pratiques de l'époque ont été reprises, jusqu'à quand supporteront nous cet archaïsme qui ne pense qu'à son confort immédiat et pas du tout aux élèves...arrêtons l'école pendant un mois et mettons tous les enseignants dans les quartiers pour changer les choses, au bout de trois semaines leur incompétence sera tellement flagrante qu'il faudra rouvrir l'école pour les mettre à l' abri !
    • maria1958, le 18/05/2015 à 09:40
      Les haines recuites et vieux comptes à régler depuis les années 70 (!) qui tiennent lieu d'"imagination" et même d'analyse du réel, ça va bien....

      Les profs "ne pensent qu'à leur confort immédiat" (à 1,1 SMIC, salaire de début, ces nantis !). Ils ne pensent "pas du tout aux élèves" (avec qui ils travaillent tous les jours, eux !). 
      Quant à "mettre les enseignants dans les quartiers", figurez-vous qu'ils y sont déjà... et qu'ils s'y battent tous les jours - y compris contre les fermetures de classes, les dotations en baisse et les non-remplacements. Sur ce point d'ailleurs, la proposition d'"arrêter l'école pendant un mois" ne prête pas à rire: il arrive déjà trop souvent que les élèves n'aient pas de prof pendant des mois...
       
      On peut bien avoir des fantasmes de virer "tous les enseignants" pour leur soit -disant "incompétence": comme disait déjà le Père Ubu, "Mon peuple ne me plait pas, changeons le peuple"... 
      Mais Ubu comme modèle de gouvernance d'un service public ayant 12 millions d'élèves à bord, c'est pas top...

      A supposer donc qu'on vire "tous les enseignants", on s'y prend comment pour trouver un million de professionnels "compétents" pour les remplacer ? 
      Attention il va falloir sacrément augmenter les salaires !   ;-)

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