Avec Viaéduc, l'Education nationale se dote d'un réseau social 

Vous utilisez un réseau social ? Viaéduc, le nouveau réseau lancé par Canopé (ex CNDP) et des éditeurs privés, vous invite à le rejoindre. Lancé le 20 mai lors des rencontres de l'Orme, à Marseille, le projet promet déjà 7 000 professeurs inscrits et la réunion d’un consortium important pour proposer un outil novateur et collaboratif. Sa finalité est d’amener les professeurs de France, quelle que soit leur académie, quel que soit leur niveau d’enseignements et quelle que soit leur discipline de prédilection à construire des réseaux et des communautés d’échanges de pratiques et de partages des ressources.

 

Viaéduc ? Mais qu’est-ce que c’est ?

 

 "Pour comprendre l’initiative Viaéduc, il faut s’imaginer ce qui se passe dans le métro de Paris", explique Jean-Marc Merriaux, directeur général de Canopé. Une personne qui prend le métro pour se rendre à son travail chaque matin et en revenir chaque soir visite inlassablement les mêmes stations et croise les mêmes personnes aux mêmes horaires mais le week-end il va se promener et voir de nouvelles stations de métro. Sur le net, on constate que de nombreuses communautés d’enseignants existent, mais jamais ne se rencontrent. Viaéduc a l’ambition de devenir le lieu numérique de croisement de ces différentes communautés. Pour ce faire, de nombreux outils sont mis à disposition de la plateforme, à la fois des outils de création de ressources collaboratifs et des accès à des contenus réalisés par des pairs ou mis en ligne par différents éditeurs.

 

Un mariage public - privé

 

Le GIP Viaéduc réunit le réseau Canopé (ancien Cndp), actionnaire principal, une agence numérique Les Argonautes,  qui a participé à la conception de la plateforme, les éditions Belin, BeeChannels, le Cned et le laboratoire TECHNE de l’Université de Poitiers.

 

D’un point de vue technique, Viaéduc est-il accessible à tous ?

 

Les concepteurs sont formels : le réseau est d’une utilisation simplissime et regroupe en même temps de nombreuses fonctionnalités novatrices. La convivialité et l’aspect chaleureux du site ont été étudiés pour donner aux enseignants l’envie de venir s’y promener et s’y inscrire. Le service s’adresse à tous les enseignants qui disposent d’une adresse académique, l’objectif étant ensuite de l’élargir si possible et sous certaines conditions à la francophonie. Chaque utilisateur dispose d’un espace personnel, avec un profil qu’il peut choisir de compléter ou non. L’intérêt de le compléter, c’est que le réseau dispose d’un outil de recommandations qui lui permet en fonction du profil de la personne de la diriger vers tel autre collègue, telle ressource, en fonction de sa discipline ou autre centre d’intérêt. Tout ce qui est entré dans Viaéduc reste protégé, aucune exploitation des données ne sera faite par les concepteurs, ni aucune exploitation des ressources de la plateforme par les éditeurs, promet Viaéduc. Il n’y a aucune modération des communautés : on compte sur l’autorégulation des enseignants et sur le cadre même de la loi. Ainsi, chaque membre peut créer un blog et peut publier et créer seul ou collectivement ses ressources.

 

Viaéeduc

 

 

Viaéduc : Une offre globale de services annonce François Catala

 

" La place des cadres et des inspecteurs sur la plateforme a été longtemps réfléchie d’ailleurs : quelle place offrir aux cadres au sein de la plateforme ? On n’en voulait pas au départ..."  Directeur du GIP réseau professionnel des enseignants, François Catala présente les particularités de Viaéduc.

 

Quelles sont les spécificités précises de cette plateforme, par rapport à des communautés déjà existantes de partage sur le net (forum des enseignants, groupes FB) ?

 

 La spécificité par rapport à des plateformes existantes se situe à trois niveaux différents :

- le côté holistique, global, englobant : Viaéduc veut faire du transversal, du « trans-niveau », du  « transacadémique » et du  transdisciplinaire (on cherche à affranchir à la fois le niveau d’enseignement, l’académie d’origine et discipline enseignée) ;

- le côté professionnel ; on ne va pas bloquer les usages (il y a un groupe sur la plongée subaquatique par exemple) mais on reste néanmoins essentiellement sur des problématiques enseignantes (il y a beaucoup de sujet sur le climat scolaire notamment). Les sujets qui sont en creux montrent bien d’ailleurs qu’il y a déjà des communautés qui existent. Si ces communautés qui tournent bien nous rejoignent, c’est tant mieux. Mais notre valeur ajoutée n’est pas là ;

- troisième différence enfin : l’offre globale d’outils et de services proposée ; Viaéduc fonctionne sur trois piliers principaux et ne se restreint pas : des fonctionnalités sociales, des fonctionnalités d’accès à des ressources éditées par des professionnels et des ressources éditées par les professeurs, tout cela convergeant en un point d’accès unique.

 

C’est la même idée que les communautés dont on parle mais c’est plus complet (tout en un). Le troisième pilier est très important par exemple : sur Facebook, il n’y a pas d’outils de création synchrone de documents type etherpad (c’était déjà faisable avant mais en empilant les versions enregistrées après chaque correction ; maintenant on peut le faire en même temps : par exemple, si je suis prof dans l’académie d’Aix-Marseille, je fais une recherche sur le moteur interne de la plateforme ; il y a un groupe qui aborde ce sujet, on peut ensuite identifier le collègue ou lui demander de se mettre en lien avec lui sur le réseau pour créer simultanément le document à quatre mains : on peut écrire la partie 1, l’autre la partie 2, avec un chat associé, tout en même temps). Cette façon de pratiquer résout le problème des versions asynchrones qui s’empilent sur le disque dur.

 

Viaéduc peut-il s’apparenter à M@gistère, formation en ligne très décriée des enseignants ?

 

Il est clair qu’il ne faut pas compter sur Viaéduc pour se valoriser sur M@gistère. Il n’y a aucune redondance ou concurrence entre les deux outils, tout simplement parce que Viaéduc n’a pas d’ambition de formation. Les inscrits peuvent y faire exactement ce qu’ils veulent. S’ils veulent échanger des outils de formation, libres à eux. Mais il n’y a sur la plateforme aucun contenu labellisé ou estampillé sur les ressources. Ce sont les commentaires des pairs qui permettent de valoriser la ressource, les utilisateurs qui se font leur propre avis. Les contributions ne sont absolument pas modérées, chacun est responsable de ce qu’il écrit. Viaéduc n’a pas le même dessein que M@gistère. Aucune obligation d’y adhérer et il n’y aura jamais cette obligation.

 

Comment se passe exactement l’animation des communautés puisqu’il n’y a aucune modération ?

 

L’animation de communauté est un gros enjeu. Ceux qui vont animer sont ceux qui créent les groupes de travail et de discussions. On attend un volontariat de la part des inscrits. Mais il existe une technique pour animer une communauté, on ne s’improvise pas animateur de communauté comme ça ; donc le Canopé a formé 100 ambassadeurs Viaéduc ces derniers mois ; les ambssadeurs n’animent pas à la place des enseignants (il y a d’ailleurs pas mal d’inspecteurs dans les animateurs), mais ils sont là pour aider, conseiller.

 

La place des cadres et des inspecteurs sur la plateforme a été longtemps réfléchie d’ailleurs : quelle place offrir aux cadres au sein de la plateforme ? On n’en voulait pas au départ, car on avait l’exemple de M@gistère où les retours montraient que personne ne s’exprime vraiment. On s’est beaucoup posé la question et voici la réponse qu’on y a apporté : tout le monde peut s’inscrire sur Viaéduc, y compris les inspecteurs. Viaéduc n’est pas fait pour des missions d’encadrement et de management, surtout par d’évaluation. Tout le monde est à égalité.

 

On ne peut exclure les inspecteurs pour deux raisons :

- ce sont de bons animateurs (notamment ceux du premier degré) ; on a observé que des cadres ont une vraie fonction d’animation pédagogique, qui remplit bien le but qu’on attend d’eux ;

- par ailleurs, on avait une difficulté technique : les inspecteurs sont d'anciens enseignants ; or, on ne peut exclure de la plateforme les enseignants inscrits quand ils réussissent leur concours d’inspecteur, une fois reçus !

 

Dans les faits, beaucoup s’effacent derrière leur fonction, ça se passe assez bien, ça valide a posteriori leur acceptation sur Viaéduc mais nous restons cependant vigilants.

 

Comment motiver les enseignants (notamment ceux qui sont en crise en ce moment) à utiliser cette plateforme alors que sur le net, à côté, on trouve facilement à disposition des quantités de blogs et de ressources toutes faites, partagées par des collègues ?

 

On a conçu une plateforme conviviale et sympa, c’est une incitation au moins à venir voir comment c’est. Le réseau se veut très proche de l’utilisateur et de ce qui se fait déjà chez les enseignants, dans leurs pratiques traditionnelles. Les enseignants en crise ont parfois besoin et envie de s’exprimer et de trouver des enseignants dans la même situation (ou pas !) qui sont prêts à les écouter et à échanger avec eux. On peut socialiser sa crise et son « coup de gueule » et ça, ça peut être à destination de tous. C’est une tribune pour partager son désarroi et son enthousiasme. On sort ainsi de sa zone de confort.

 

Quels sont les prochains développements prévus pour Viaéduc ?

 

Un chat doit être mis e place sur l’ensemble sur service, pas que sur l’etherpad. Nous réfléchissons également à l'interconnexion avec les  ENT, d’autres services de Canopé et à créer des interfaces avec de nombreux autres acteurs de l’éducation. Nous souhaitons également développer une application sur mobile. Nous réfléchissons aussi à la possibilité de laisser les enseignants publier des contenus à l’extérieur même de Viaéduc. Pour l’instant, ça ne déborde pas de ce jardin fermé. Mais si les gens souhaitent partager leurs ressources au-delà du réseau, il nous faut travailler dessus.

 

Enfin, une part importante du développement concerne les usages à l’international dans les établissements français à l’étranger puis pourquoi pas des partenariats avec des établissements francophones (il y aura certainement un abonnement).

 

Comment transcender ça pour en faire un outil de réussite des élèves ?

 

L’idée c’est de remettre l’enseignant dans sa place de médiateur éducatif numéro 1. Pour que les profs se sentent totalement investis par ça, il faut les remettre dans ce rôle. Nous n’avons pas prévu d’extension de la plateforme vers les élèves. C’est aux profs de faire des retours d’utilisation des ressources et de se les approprier pour la classe. C’est aux enseignants de se servir des ressources pour les élèves.

 

Comment les choses se passent-elles au niveau des droits d’édition, de lecture et de rédaction des contenues ?

 

Dans la charte d’utilisation, le principe est très clair : celui qui publie des ressources est responsable de ce qu’il publie. Les profs doivent mentionner le copyright, mentionner leurs sources. On incite à publier sous la notion « licence creative commons » (licence cc), en utilisant l’onglet droit d’auteur, sous chaque création de ressource. Cela signifie qu’en tant qu’utilisateur de la plateforme et éditeur de contenu, j’accepte que les autres réutilisent ce que j’ai fait. Par contre pas à des fins commerciales. Il n’y a pas de produit payant de la part des enseignants et on les incite vivement à aller sur ce domaine du droit d’auteur.

 

Pour les éditeurs professionnels, qui proposent des ressources, il n’y a pas de vente non plus : les ressources sont gratuites. Belin propose des ressources par exemple. Le moteur de recherche intégré au réseau donne accès aux ressources de profs gratuites, des ressources de Canopé gratuites ou payantes, des ressources de BeeChannel gratuites ou des ressources Belin gratuites ou payantes. On amène des gens vers les éditeurs partenaires pour certaines ressources. Il y a plus de 7000 ressources Canopé, 7000 ressources BeeChannel etc. Quand la ressource est payante, c’est indiqué très clairement dès le début.

 

Propos recueillis par Alexandra Mazzilli

 

 

Par fjarraud , le jeudi 21 mai 2015.

Commentaires

  • jackd, le 21/05/2015 à 14:53
    Je prédis l'échec.

    Un réseau social n'est pas institutionnel.
    Allez contraindre un chat...
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