La crise à la Fcpe et la réforme du collège 

A l'issue de son congrès national, Paul Raoult n'est pas renouvelé dans son mandat de président. Après le départ de JJ Hazan en 2013, l'éviction de Paul Raoult marque la division de la première association de parents d'élèves. Au centre de la crise, la réforme du collège et l'alignement de l'association sur les positions gouvernementales dans la perspective de 2017.

 

La ministre promet des conseils de classe plus tardifs

 

Najat Vallaud Belkacem a-t-elle de l'influence sur la Fcpe ? Il suffit d'entendre l'ovation que la ministre a recueillie le 23 mai lors du congrès national de la Fcpe pour s'en convaincre. La ministre a longuement défendu sa réforme du collège. Mais elle arrivait aussi avec l'annonce de la généralisation des enquêtes de climat scolaire dans les établissements, la simplification de l'accès aux bourses, un subtil glissement vers le statut de délégué parents d'élèves (une promesse non tenue du candidat Hollande) et surtout la promesse d'appliquer dès l'année prochaine le décret de 2006 qui demande aux établissements de fixer les conseils de classe sur des heures compatibles avec les horaires des parents, en clair après 17 heures. Sur ce point N Vallaud-Belkacem a recueilli un beau succès auprès des parents qui pourrait devenir inversement proportionnel chez les enseignants...

 

L'éviction de Paul Raoult

 

La contestation de Paul Raoult s'est entendue dès son discours d'ouverture du congrès. Le président de la Fcpe a longuement évoqué des thèmes largement partagé dans l'association avant d'arriver à la question du collège. Il a rappelé que l'orientation pro réforme de la Fcpe s'appuyait sur des choix anciens de l'association. "Je suis attentif aux interpellations de toues sortes, même pas agréables", a-t-il dit sous les sifflets. "Mais quand je relis les textes écrits collectivement des années avant la réforme j'ai du mal à lire que la Fcpe aligne ses positions sur le gouvernement". Paul Raoult a tenté de montrer que l'association a fait avancer ses idées au ministère. "Qui peut se satisfaire d'avoir obtenu plus d'avancées que nous", a-t-il fini par déclarer.

 

Malgré tout cela, le congrès a refusé de voter le rapport d'activité de l'association qui a été rejeté par 48% des voix contre 41%. Lors du renouvellement d'un tiers des membres du conseil d'administration, P Raoult n'a pas obtenu le nombre de voix nécessaire pour rester au conseil. Le nouveau conseil devrait élire un nouveau président le 6 juin.

 

La Fcpe divisée

 

Le congrès ne s'est pas prononcé sur la réforme du collège. Il a adopté 6 motions en faveur de l'école inclusive, de la gratuité de l'école, du remplacement des professeurs absents, de la  suppression de la sanction d'exclusion définitive et des tests osseux pratiqués sur les mineurs isolés.

 

Dès l'annonce de l'éviction de Paul Raoult , les adversaires de la réforme du collège se sont manifestés. " On comprend mieux pourquoi il fallait publier le décret collège avant le congrès", twittait le Snes. Une analyse partagée par la sénatrice Catherine Troendlé, secrétaire nationale UMP à l'éducation. " Les parents d'élèves du public membres de la FCPE, ont sévèrement sanctionné les soutiens inconditionnels de Mme Vallaud-Belkacem et le projet de réforme du collège, en rejetant le rapport d'activité de l'association classée à gauche", écrivait-elle. "On comprend mieux la précipitation du Gouvernement à vouloir faire passer en force le décret relatif à cette réforme".

 

A l'intérieur de la Fcpe, le courant "Ambitions Fcpe", qui porte les opposants à la direction, dénonçait "l'alignement systématique de la direction nationale sur les positions gouvernementales (rythmes scolaires réforme du collège". Plusieurs sections départementales, comme la Seine Maritime, ont ouvertement pris position contre la réforme du collège. Mais le nouveau conseil d'administration devait le 25 mai confirmer son orientation en faveur de la réforme. "La Fcpe continuera à défendre la réforme du collège qui devra être abondée en moyens suffisants", écrivait-elle.

 

En fait la fracture à 'intérieur de la Fcpe est ancienne et n'a pas attendu la réforme du collège. Elle oppose un noyau de dirigeants aux positions fortement ancrées et proches du gouvernement à des contestataires plus en phase avec le syndicat majoritaire chez les enseignants et critiques du centralisme dans l'association. C'est à la fois la réforme du collège, le rapport de la centrale avec le monde enseignant et  la direction de l'association qui ont fait tomber Paul Raoult. Le problème maintenant pour la Fcpe va être de combler le fossé entre une direction élue aux deux tiers avant 2015 sur une ligne réformiste et le basculement du congrès.

 

François Jarraud

 

Communiqué et vidéos des discours de P Raoult et N Vallaud Belkacem

 

Par fjarraud , le mardi 26 mai 2015.

Commentaires

  • Viviane Micaud, le 26/05/2015 à 08:46
    Je me rappelle en 2000, un responsable local FCPE conduit à la démission pour avoir mis dans le questionnaire destiné aux parents une question sur le climat de la classe. Autre temps, autres mœurs.
  • Delafontorse, le 26/05/2015 à 20:26
    Maintenant que la FCPE a dégagé son Président, Paul Raoult, auteur de la déclaration suivante : ""Les ensei­gnants sont là au ser­vice des enfants comme la cais­sière est là au ser­vice des clients"les parents d'élèves vont peut-être enfin commencer à y voir clair et s'associer aux professeurs pour défendre l'école publique contre la Nième réforme néolibérale destinée à aggraver les inégalités scolaires et casser le secteur public d'enseignement afin de transformer au bout du compte l'éducation en grand marché de la vente privée de produits éducatifs. La déclaration de ce Raoult est on ne peut plus claire quant à la nature consumériste et mercantile des projets qu'il a voulu promouvoir en soutenant la réforme du collège de madame Belkacem. 

    Les parents d'élèves et leurs enfants ont financièrement et culturellement tout à perdre dans les attaques néolibérales répétées depuis bientôt 35 ans contre l'Ecole et l'Université. 

    Et ici, il faut bien se rendre compte de l'étendue de la corruption néolibérale dans le secteur public, et notamment le secteur public d'enseignement. Corruption est bien le mot, et il n'est plus question de se gaver d'euphémismes. Il y a bien des responsables publics, politiques, syndicaux, médiatiques et associatifs, littéralement achetés par les intérêts privés qui cherchent à se pousser du col dans l'espérance des immenses profits futurs réalisés sur la casse de l'Ecole et au bout du compte sur le dos des familles. A ce titre, la dernière entreprise de corruption est évidemment en lien avec la Refondation de l'Ecole, qui n'est ni plus ni moins que corruption aussi, une corruption morale ici, des principes mêmes de l'Ecole publique puisqu'il s'agit explicitement et tout à fait cyniquement de s'attaquer - et de s'attaquer autoritairement, comme on vient encore de le voir- aux fondements de cette dernière pour les "refonder". Gouvernance au lieu de gouvernement, compétence au lieu de savoir, territorialisation inégalitaire au lieu d'égalité de traitement nationale, etc., etc. Ces gens préparent petit à petit et insidieusement depuis plusieurs années l'arrivée de TAFTA et l'appropriation autoritaire du secteur de l'éducation par les multinationales, les entreprises et les banques pourvoyeuses de juteux prêts étudiants et bientôt tout simplement scolaires. Voilà les véritables donneurs d'ordre des Hollande, Belkacem, Peillon, Hamon, Chatel, Darcos et autres Raoult. 
    Ah ça, on panthéonise des résistants. Mais pendant ce temps-là on massacre le programme du CNR.
    • Viviane Micaud, le 26/05/2015 à 08:50
      Il me semble que vous ne tenez pas compte de deux choses. 
      1) La majorité des parents membres de la FCPE le sont pour être délégués parent de la classe de petit chéri. Les personnes qui sont à la tête localement des associations ont des compétences en animation d'équipes en dehors de toute hiérarchie acquises dans des engagements associatifs, dans des syndicats ou dans leur responsabilité professionnelle. Ils ont souvent (mais pas obligatoirement) un engagement à gauche dans toute la diversité (de l'extrême gauche à la gauche modéré).
      2) La coalition qui n'a pas renouvelé Raoult réunit plusieurs mécontentements, mais pas celui que vous citez. Les "attaques néolibérales" ne sont pas la préoccupation des profs non plus. Les profs se demandent, comment vont-ils faire le programme sans les heures prises pour les EPIs. En quoi la réforme va faire que les enfants maîtriseront mieux les savoirs de base, ceux qui sont indispensables pour ne pas être exclus de la société.

      • Delafontorse, le 26/05/2015 à 20:51
        Chère Madame, sans aperçu synthétique et historique sur les processus longs de transferts d'intérêts, on n'est ni de droite ni de gauche : on est du parti des dupés (d'aucuns diraient des imbéciles). Je crains que ce dernier parti ne soit actuellement en effet celui de la majorité des Français, complètement abrutis par la novlangue néolib et mis hors d'état d'apercevoir l'intérêt général en calculant tout simplement où est, à moyen et long terme, leur intérêt. 

        Pour être certain que c'est le MEDEF qui rédige aujourd'hui les projets de réforme scolaire, lire ces propos de Laurence Parisot, ex-présidente du MEDEF, soutenant la réforme du collège dans le journal La Croix  :

        http://www.la-croix.com/Actualite/France/Laurence-Parisot-ex-presidente-du-Medef-Reperer-les-dons-de-chaque-eleve-2015-05-18-1313341

        « L’école a besoin d’une révolution. Ce qui compte souvent, in fine, dans notre monde, c’est le talent. Le patron de Free, Xavier Niel, l’a bien compris, lui qui accueille dans son École 42 des jeunes doués pour le codage, quels que soient leur parcours scolaire et les diplômes qu’ils ont, ou non, obtenus.

        L’idée pertinente selon laquelle il faut bâtir une culture commune conduit hélas à ne s’occuper que très tardivement des talents, nécessairement différents, des élèves. Ce qui contribue largement à l’échec scolaire.

        « LES PROFESSEURS DU SECONDAIRE DOIVENT ACCEPTER QUE LEUR MISSION DÉPASSE LARGEMENT LEUR SEULE DISCIPLINE »

        Et à défaut de savoir identifier les dons des uns et des autres, on a créé la chose la plus inégalitaire qui soit, les classes préparatoires, pour sélectionner les décideurs de demain… Sans sacrifier l’apprentissage des fondamentaux – français, maths, histoire-géo, au moins une langue étrangère –, l’école doit s’employer à repérer les appétences et dons de chaque élève.

        Et à lui permettre de les exprimer dans le cadre de la classe ou d’activités périscolaires, en mobilisant au besoin des associations ou des entreprises. Les professeurs du secondaire doivent accepter que leur mission dépasse largement leur seule discipline et consiste aussi à mieux connaître chaque élève, à le conseiller, à l’accompagner.

        Cela suppose de passer davantage de temps dans les établissements, en échange d’une meilleure rémunération. »


      • david100, le 26/05/2015 à 13:41
        Entièrement d'accord avec Delafontorse. Ras le bol de ces profiteurs! Me Micaud, revenez sur Terre.
        Au revoir Raoult mais le gouvernement continue de foncer dans le mur de cette Europe libérale sans pitié pour quiconque, sauf pour la minorité qui en profite, comme l'ont fait les Raffarin, Loréal Chatel, Peillon...
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