Histoire : Après le Forum, une réécriture des programmes 

"Je souhaite que le débat retrouve toute sa sérénité". Brutalement attaquée par l'opposition sur les nouveaux programmes d'histoire, N. Vallaut-Belkacem attendait du Forum histoire organisé le 3 juin par le Conseil supérieur des programmes (CSP) un apaisement. Les débats ont pourtant été dominé par la question identitaire, un véritable cancer pour l'enseignement de l'histoire. Et la matinée, avec ses invités officiels, a laissé libre cours aux thèses traditionnalistes les plus extrêmes. Au final, Michel Lussault, président du CSP, a laisé entendre que les programmes seraient réécrits. La liberté de choix inscrite dans les projets de programme est clairement menacée.

 

Retour vers la sérénité ?

 

" Je souhaite que le débat retrouve toute sa sérénité. C’est parce que l’histoire n’est pas la mémoire, quoiqu’en un sens elle y prépare également, que nous avons le devoir, collectivement, de redonner au débat son sens scientifique." En ouvrant le Forum Histoire le 3 juin, N Vallaud-Belkacem fixait son objectif : mettre un terme à un débat politicien qui bloque le projet de réforme du collège et la mise en place des nouveaux programmes.

 

La ministre a souligné la vacuité de certains débats. Par exemple elle rappelle que l'enseignement de l'Islam est introduit dans les programmes d'histoire depuis 1902. Elle revient aussi sur l'accusation d'un enseignement victimaire. " Qu’est-ce que l’abolition de l’esclavage sans l’esclavage ? La fin de la Résistance sans cette collaboration qu’un certain 16 juillet 1995, le Président Chirac dénonçait lui-même en termes clairs ? La grandeur est inséparable de la bassesse.. Pourquoi, là encore, prendrions-nous plaisir à rabaisser un pays que nous servons parce que nous l’aimons ?"

 

Mais N Vallaud-Belkacem a également fixé le cadre des nouveaux programmes. " C’est bien sur l’Histoire de France qu’il faut faire porter l’essentiel de notre effort... La compréhension de notre histoire nationale, centrale dans le primaire, est le fil conducteur des programmes au collège, l’Europe et le reste du monde étant abordés à partir des influences réciproques entre eux et notre pays."  Mais elle refuse pour autant l'idée de l'histoire enseignée comme un roman national. " Nous ne voulons pas d’un roman écrit par le pouvoir en place, substituant à l’examen des sources, à leur critique minutieuse, la plume débridée de l’imagination politique. Une fois le pas franchi, chaque alternance voudrait son histoire à elle, élever et abaisser qui elle voudrait. Qui souhaite cela ?.. Ce que nous voulons au contraire, c’est que l’histoire soit libre, et qu’en étant libre, elle rende libre les élèves auxquels ces programmes sont destinés". Enfin la ministre a affiché son choix pour des programmes qui laissent de la liberté de choix aux enseignants. "C’est pour saisir et exploiter au mieux cette histoire au plus près de soi que nous laissons plus de souplesse et de liberté pédagogique aux professeurs dans les choix qu’ils feront pour traiter telle ou telle période inscrite au programme."

 

Haro sur les victimes et les génocides

 

Malheureusement la sérénité va s'arrêter là. La première table ronde réunit des historiens passionnés et les thèses extrêmes se font entendre. Patrice Gueniffey dénonce une histoire moralisante mais fixe à cet enseignement l'objectif de "favoriser le vivre ensemble". "Allons nous réussir à maintenir la cohésion de la France ?", demande-t-il. Il voit dans les nouveaux programmes de la concurrence victimaire. "Ces programmes contribuent à la désintégration de la nation".

 

Ces propos semblent libérer la parole. Colette Beaune n'hésite pas à dire que l'enseignement du génocide arménien la gêne. "Je ne veux pas pleurer sur les fautes des autres" dit-elle. Dans la salle, Dominique Borne, longtemps doyen de l'inspection générale d'histoire géographie voit dans l'enseignement du génocide arménien "une intention morale" liée au fait que "le modèle de la Shoah a largement débordé... C'est un modèle communautaire et pas tout à fait historique", poursuit-il. "Il faut aller voir dans les classes. Le moment où on enseigne la Shoah c'est la parenthèse morale", dit-il.

 

Dans la salle, M. Chabane, professeur d'histoire géographie dans un collège parisien rappelle qu'il faut faire face aux mémoires blessées des élèves. "ON peut traiter le passé colonial sans repentance", explique-t-il. "Ces élèves se demandent quelle est leur place dans ce passé". Pour lui on peut "construire un récit commun". Laurence de Cock explique que l'on peut rebondir sur les représentations des élèves, reconnaitre les victimes et travailler à un projet commun.

 

Mais la synthèse c'est Pierre Nora qui la fait. "Il faut chercher le lien unificateur entre une conception d'une histoire qui tend à dépasser les mémoires groupales pour faire une mémoire commune et de l'autre coté l'idée qu'il faut rendre justice à des mémoires brisées avec en particulier celle des immigrants". Pour lui, "Il faut faire comprendre à ces mémoires brisées qu'elles ne doivent  pas vivre dans les réclamations". Toute la matinée aura été dominée par le débat impulsé par la droite extrême et les programmes d'histoire risquent fort d'y sombrer.

 

Les programmes seront bien réécrits

 

C'est aussi ce que semble indiquer Michel Lussault. Il donne quelques indications sur le travail du CSP à l'issue du Forum. "Il y a une nécessité de faire de la place aux autres récits historiques", dit-il. "Mais il faut éviter de verser dans une histoire moralisatrice". Il semble tenté d'évacuer certaines questions vers le programme de géographie. "On va sensiblement modifier l'écriture des programmes", annonce-t-il. Le découpage chronologique des programmes pourrait aussi être modifié. Le CSP envisage de mettre l'Islam en 6àme ce qui permettrait de libérer du temps en 3ème pour aller jusqu'à la constitution du monde actuel. La 1ère guerre mondiale glisserait de la fin au milieu du programme de 4ème.

 

La grosse question qui reste en suspens c'est celle de la liberté de choix des enseignants fortement critiquée par les traditionnalistes mais aussi par P Nora. "Il est trop tôt pour répondre à cette question", nous a dit M Lussault. "Mais si nous maintenons les choix ils seront formulés autrement. On fera en sorte qu'on ne puisse pas croire qu'il y a un choix entre les Lumières et un autre sujet. Le choix sera historiographique entre les Lumières en Europe et aux Etats-Unis".

 

Si les enseignants veulent sauver les libertés que leur donne les nouveaux programmes et éviter le retour au carcan des anciens programmes, il est clair qu'ils ont intérêt à le dire massivement avant le 12 juin, fin de la consultation.

 

François Jarraud

 

 

Par fjarraud , le jeudi 04 juin 2015.

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