Plus de maitres que de classes : L'OZP enquête sur la réforme cachée de l'Education nationale... 

"C'est une réforme qui ne dit pas son nom". Invité le 17 juin par l'Observatoire des zones prioritaires (OZP), avec des représentants du Se-Unsa et du Sgen Cfdt, S. Sihr, secrétaire général du Snuipp Fsu, souligne l'originalité du dispositif "Plus de maitres que de classes (PDM)". Cet enfant de la refondation de l'Ecole réussit-il à changer les pratiques pédagogiques des enseignants ? Cette réforme cachée marche-t-elle mieux que les grandes machines médiatiques annoncées par le ministère ? Le 17 juin, l'OZP fait le point sur le déploiement des maitres surnuméraires et les problèmes qu'ils rencontrent deux ans après l'adoption de la loi d'orientation. L'Education nationale a-t-elle enfin réussi une réforme, celle qu'elle affiche le moins ?

 

L'enfant (pas si) chéri de la refondation

 

Pilier d’une refondation qui pointe l’urgence d’un effort pédagogique dans l’enseignement primaire, le dispositif Plus de maîtres que de classes (PDM)  veut, selon la circulaire de 2012 qui l’a créé, « mieux répondre aux difficultés rencontrées par les élèves et de les aider à effectuer leurs apprentissages fondamentaux, indispensables à une scolarité réussie… Il s'agit de prévenir la difficulté scolaire, tout au long de la scolarité primaire, et d'y remédier si elle n'a pu être évitée. L'action sera prioritairement centrée sur l'acquisition des instruments fondamentaux de la connaissance (expression orale et écrite, mathématiques) et de la méthodologie du travail scolaire ». La circulaire cadrait d’ailleurs le déploiement des 7000 postes prévus par la loi d’orientation en évoquant un « projet rédigé par l'équipe pédagogique sous l'autorité du directeur d'école est validé par l'inspecteur de l'éducation nationale (IEN) chargé de la circonscription ». Pour le ministère, le dispositif « doit permettre la mise en place de nouvelles organisations pédagogiques, en priorité au sein même de la classe ».

 

En juillet 2014, l'Inspection générale publiait un rapport assez sévère sur le PDM. Les inspecteurs notaient que " la co-intervention ne va pas de soi et, quand elle est efficace, elle est le produit d’une réflexion partagée en amont (vision claire des objectifs à atteindre, connaissance des besoins des élèves), d’un ajustement réciproque des conduites au cours de la séance, de la recherche d’une optimisation du temps d’enseignement pour chacun des élèves". Et ils préconisaient un encadrement beaucoup plus strict du dispositif.

 

La réforme cachée de la rue de Grenelle ?

 

Le 17 juin, l'OZP invite Sébastien Sihr, secrétaire général du Snuipp, Laetitia Barel, déléguée nationale premier degré du Se-Unsa et Annie Catelas, secrétaire fédérale du Sgen Cfdt, à faire le point sur le déploiement des PDM avec Marc Douaire, président de l'OZP, une asociation qui regroupe des acteurs de l'éducation prioritaire.

 

Peut-on dire du PDM qu'il est une réforme cachée ? se demande Marc Douaire en ouvrant la séance. C'est que le PDM vise à "faire bouger les lignes" dans l'éducation nationale et qu'il réussit à changer le métier "sans provoquer de raidissement", note-il. Finalement avec le PDM, l'Education nationale réussirait ce qu'elle échoue généralement à faire : impliquer les enseignants dans un changement institutionnel. Alors le PDM est -il  la réforme réussie de l'Education nationale ? Le débat va s'engager sur 5 thématiques : le déploiement du dispositif, son fonctionnement, le pilotage, la formation des PDM et la nécessaire évaluation de la réforme.

 

Quel déploiement ?

 

"Avec 446 nouveaux PDM à la rentrée, on arrivera à environ 2200 personnes. On est loin des 7 000 prévus par la loi", explique S Sihr en ouvrant le débat.Et il rappelle que l'Education nationale a déjà supprimé des dispositifs après leur avoir rogné les ailes. Pour lui, la mise en place du PDM suppose un temps de concertation qui n'est pas suffisamment donné par l'administration. Annie Catelas signale elle aussi des problèmes de mise en oeuvre, certains postes étant attribués sur des critères purement administratifs, occuper des stagiaires par exemple. "Il faut être vigilant contre ces dérapages", dit-elle. Laetitia Barel juge aussi que "tout n'est pas rose" sur le terrain. "Au sein du ministère il y a des saboteurs", explique Gérard Chauveau, chercheur honoraire à l'INRP. Il a suivi la tentative des maitres surnuméraires en 2002 et a constaté que dès le début une partie de la haute administration a décidé l'échec de l'expérimentation. Il s'interroge donc sur les bonnes fées qui se penchent sur ce nouveau bébé. A. Catelas rappelle le rapport de  l'Inspection jugé très critique...

 

Justement qu'en est-il du pilotage ? S Sihr souligne le besoin de calage des PDM mais aussi des inspecteurs IEN, des conseillers pédagogiques et des coordinateurs ZEP. Là aussi G Chauveau partage son expérience. "On sait noyer les acteurs sous des fiches. Mais sait-on piloter ?" interroge-t-il. Laetitia Barel attend des cadres qu'ils fassent confiance aux enseignants. Il faut que le maitre PDM ait une mission particulière clairement identifiée dans l'intitulé de son poste. Elle souligne le role du directeur et de comités départementaux qui restent à créer. Pour l'OZP "il faut éviter et la caporalisation et le laisser faire". Globalement le pilotage est perçu comme insuffisant et la coordination des acteurs (IEN, conseillers, coordinateurs, directeurs, PDM) très difficile.

 

Comment ça fonctionne ?

 

"Il faut faire attention au saupoudrage de smoyens" estime L Barel. Elle estime que donner un PDM pour une école de 10 classes c'est prendre le risque de l'inefficacité. Pour elle il faut un projet d'école avec un cadre humain compatible avec la fonction. La limite devrait etre de 5 classes. G Chauveau évoque lui aussi le saupoudrage. "Il faut réfléchir à la qualité des maitres PDM", dit il. "Il faut qu'ils connaissent bien le milieu", ce qui est le cas quand ce sont des maitres de l'école. "Il faut aussi une certaine qualité de l'école", poursuit-il. Il pose la question des moments en rappelant qu'il faut des moments de co pilotage de classe bien préparés en amont. "Mais la principale question c'est celle des contenus : sur quoi intervient-on. Là il faut se centrer sur ce que le maitre PDM connait bien".

 

Quel avenir ?

 

La grosse question pour les participants c'est celle de l'évaluation du dispositif. Tous la jugent cruciale pour son maintien. L Barel veut "une évaluation sérieuse des pratiques des enseignants" avec un volet sur l'efficacité du dispositif . "On n'arrivera pas à évaluer les effets du dispositif", juge JC Emin, ancien sous directeur de la Depp. "Il faut évaluer ce qui a été fait du PDM". S Sihr juge aussi difficile l'évaluation de l'impact du dispositif. Mais globalement les participants jugent déjà positivement le dispositif. "On croit au PDM car il fait bouger le métier", juge S Sihr. L'opinion est largement partagée.

 

Impulsé avec le soutien des syndicats, le dispositif PDM est effectivement e train de changer le métier des enseignants en amenant par la bande un fonctionnement en équipe que l'administration souhaite mais qu'elle ne veut pas financer. C'est d'ailleurs ce que montre le témoignage de J Meunier publié par le Café pédagogique. La réforme cachée porte de grands espoirs : celui de la réussite des enfants des milieux populaires. Mais pour l'atteindre l'éducation nationale ne mobilise pas les moyens nécessaires et laisse le terrain se débrouiller quitte à lui reprocher les difficultés. Sabotage ou pas, l'institution veut elle assumer sa réforme cachée ?

 

François Jarraud

 

PDM : Portrait

PDM : Le rapport de l'Inspection

Pourquoi le PDM ?

Loi d'orientation

 

 

Par fjarraud , le jeudi 18 juin 2015.

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