EMC : Quelles conditions ?  

Avec la parution au BO du 25 juin 2015 des programmes officiels de l’Éducation morale et civique, les enseignants se voient tenus d'engager dès la rentrée 2015 l'enseignement de notions complexes qui touchent à des domaines sensibles. Elles relèvent pour la plupart du registre de la réflexion philosophique et demandent à ce titre une appropriation et un recul critique qui ne s'improvisent pas. Rien d'insurmontable, mais des contenus difficiles à maîtriser sur l'instant. L'horaire imparti en relativise l'impact (0h30 hebdo en collège et lycée) mais contraste fortement avec l'ampleur des programmes annoncés. Quelles seront les conditions réelles de cet enseignement ?

 

Une demande de report au terme de la consultation

 

Un premier projet, produit par le CSP en juillet puis décembre 2014, a fait l'objet d'une consultation, conduite par les rectorats pendant une période de quatre semaines, en janvier 2015. Dans le contexte sensible des suites de l'attentat contre Charlie Hebdo, les contributions du terrain ont été « substantielles et étayées » selon les termes du rapport de synthèse publié par le ministère. Le même rapport témoigne de « nombreux points de vue divergents, de débats intenses au sein du monde éducatif, à la fois sur des questions de contenus mais aussi sur la posture du professeur, la relation avec les familles, les attentes de la société à l’égard de l’école. » On ne saurait mieux dire la difficulté de la mise en œuvre coordonnée et équilibrée de ce programme. Certaines instances (associations de professeurs, syndicats) préconisaient le report du projet à la rentrée 2016. Le ministère a choisi de s'en tenir à la date prévue initialement.

 

L'APPEP avoue sa « consternation »

 

L'APPEP (association des professeurs de philosophie de l'enseignement public) exprime sa « consternation » à la publication du programme : elle constate que le programme du lycée «est  identique au projet présenté en décembre 2014 » et ne tient pas compte des apports de la consultation. Elle  craint que sa mise en œuvre dès la rentrée 2015 ne mette en difficulté les professeurs amenés à l'enseigner, en ne leur laissant pas le temps d'une préparation concertée. Les professeurs de philosophie, « qui abordent régulièrement en cours les thèmes au programme de l’EMC, prendront au sérieux ce nouvel enseignement », dit encore l'APPEP, mais elle demande aussi « que l'année scolaire  2015-2016 soit officiellement considérée comme une année transitoire », autant pour les pratiques d'enseignement que pour la répartition entre les disciplines.

 

Rendre à l'enseignement de la philosophie...

 

Le site philosophie du SNES avait déjà réagi à la proposition de programme, en février 2015 : il mettait en garde contre la disparition progressive des horaires dédoublés, en particulier pour les séries S et technologiques. Cette restriction compromet la possibilité « d’aborder les questions politiques, éthiques et religieuses de façon philosophique, c'est-à-dire critique et argumentée » en classe de philosophie, où ils figurent déjà au programme. Le site du SNES s'alarmait également de la disparition des thèmes d'ECJS « Argent et société » et « Violence et société » qui permettaient entre autres d'interroger les rapports entre « Finance et éthique » et « Violence et travail » dans le monde contemporain.

 

Morale ou politique ?

 

Pour le SNES, privilégier la dimension morale par rapport à la dimension politique, dans la  formation à la citoyenneté, laisse craindre qu'on se satisfasse « de simples leçons de morale ».

Risque d'autant plus grand qu'en philosophie, le questionnement permanent des valeurs et des idées contre toute prévalence idéologique, peut entrer en collision avec les convictions, les croyances ou les préventions d'ordre privé. « L’opinion parfois hostile que nous avons à interroger en tant qu’enseignant, ne doit pas servir de prétexte administratif à une présomption de culpabilité », rappelle le SNES, qui entend que le cadre légal de la liberté pédagogique ne se restreigne pas comme peau de chagrin au prétexte de ménager les sensibilités particulières.

 

La pression de l'actualité, les échéances politiques, l'injonction de tenir le calendrier des engagements de la refondation, tout concourait à la publication rapide du programme d'EMC prévu pour la rentrée 2015. Ce nouveau dispositif comme d'autres auparavant, trouvera sans doute ses marques dans la mise en œuvre de terrain. Mais les ajustements in vivo risquent cette fois de ne pas aller sans heurts. L'institution, pour gagner ce défi, aura tout intérêt à soutenir et à protéger ses enseignants dans les difficultés qu'ils vont rencontrer. 

 

Jeanne-Claire Fumet

 

Les programmes au BO

Les résultats de la consultation

Le communiqué de l'APEP

Sur le site philosophie du SNES

 

 


Par fjarraud , le lundi 29 juin 2015.

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