Violence scolaire : La médiation est-elle la solution ? 

Quelle est la bonne politique pour changer un climat scolaire ? C'est finalement la question qui s'est imposée lors du débat organisé par le LIEPP de Sciences Po, dans le cadre du séminaire organisé par Denis Fougère et Agnès van Zanten. Eric Debarbieux, Benjamin Moignard, Roberto Galbiati, réagissaient à l'étude réalisée par Nina Guyon, Yann Algan et Elise Huillery, sur un dispositif de médiation. Comme souvent en éducation, poser la question de l'efficacité d'un dispositif conduit à poser la question des finalités de tout un système...

 

Tous trois chercheurs à Sciences Po, N Guyon, Y. Algan et E. Huillery ont conduit une étude d'envergure sur un dispositif de médiation proposé par l'association France Médiation. L'association met en place un médiateur dans l'établissement scolaire qui prévient et régule la violence par des actions de médiations conduites dans l'établissement et ses abords. Il forme et sensibilise à la médiation les élèves et les adultes. Parallèlement à ce dispositif, un autre programme de sensibilisation à la violence scolaire, par une simple information sur la violence dans l'établissement a été mis en place dans un tiers des établissements témoins.

 

Une enquête massive auprès de 13 000 élèves

 

Durant une année, les chercheurs ont suivi la mise en place du dispositif dans 40 collèges et 105 écoles et évalué les résultats par comparaison avec un échantillon équivalent d'écoles et collèges témoins. Au total, 13 000 élèves, 3 000 parents, 650 enseignants, 250 CPE et principaux ont été soumis à un questionnaire pour évaluer les effets du dispositif.

 

Les résultats , déjà signalés dans le Café pédagogique, montrent que la médiation est efficace en collège mais pas en école avec les médiateurs de plus de 25 ans. Le taux de victimation des garçons de 6ème et des filles de 5ème baisse nettement. Le sentiment de bien être dans l'école augmente. L'absentéisme diminue en 6ème et celle des enseignants également. Le nombre de sanctions augmente aussi nettement dans l'établissement (exclusions temporaires). Les effets sont très faibles sur les autres collégiens. Dans les écoles, l'effet n'est pas significatif. Il y a même des effets négatifs : diminution du sentiment de bien être , hausse de la violence perçue. Dans les deux cas, le dispositif n'a aucun effet sur les résultats scolaires et donc les apprentissages.

 

Mais pour N Guyon ces écarts de résultats s'expliquent par des contingences matérielles. Les médiateurs de moins de 25 ans ont été recrutés plus tard que les autres et sont donc moins intervenus. Les médiateurs étaient basés en collège et se sont rendus moins souvent dans les écoles.

 

La médiation fait-elle ses preuves ?

 

Le second dispositif de simple sensibilisation n'a lui aucun effet positif. Il a même tendance à augmenter la perception de la violence et à dégrader le climat de l'établissement.

 

Pour les auteurs, le dispositif de médiation a fait ses preuves. Il ne suffit pas d'informer une communauté scolaire pour diminuer la violence, il faut l'intervention d'une acteur extérieur capable d'imposer une méthode de règlement des conflits. C'est justement parce que le médiateur est extérieur que le dispositif est efficace.

 

A-t-on besoin de médiateurs ou d'enseignants ?

 

Pas si sur, pense Roberto Galbiati, chercheur à l'Observatoire Sociologique du Changement (OSC) et Professeur au département d'économie de Sciences Po. "Faut-il encourager la médiation ou augmenter le nombre d'enseignants", demande-t-il. "Quel effet aurait la diminution du nombre d'élèves par classe ?" Il souligne aussi une particularité française qui est la stricte séparation au collège entre l'éducatif et l'enseignement. "La république ne parle pas aux familles" ironise -t-il. Mais ce trait culturel pourrait expliquer la différence de résultats entre école et collège.

 

L'approche des apprentissages...

 

Benjamin Moignard, directeur de l'Observatoire Universitaire International Education et Prévention (OUIEP), UPEC, soulève une autre question : celle des apprentissages. A coup sur, l'échec scolaire aliment le climat scolaire. Or avec ce dispositif c'est une nouvelle externalisation des difficultés de l'école. "Ne risque-t-on pas avec ce dispositif d'affaiblir l'école qui sans aide extérieur n'arriverait pas à faire face ?", demande-t-il. Finalement les élèves qui ont le plus de difficultés scolaires seraient moins en contact avec les enseignants que les autres. Il invite à sortir du registre criminologique et à poser en premier lieu la question des apprentissages.

 

Une nouvelle enquête à venir

 

Délégué ministériel chargé de la prévention et de la lutte contre les violences en milieu scolaire et professeur à l'Université Paris Est Créteil Val de Marne, Eric Debarbieux a une double casquette pour arbitrer ce débat. "Faut-il qu'un enfant soit malheureux pour qu'il apprenne bien ?" demande-t-il , jugeant ce trait culturel du système français "jurassique". Il souligne  que le climat scolaire tient à bien des facteurs. L'architecture, la composition sociale, sa position dans l'établissement (53% des personnels de direction jugent le climat de leur établissement bon, 14% des enseignants...). D'où l'importance d'avoir une vue globale des choses et de se positionner au plus près des acteurs. C'est justement ce qu'il va faire. Il quitte en septembre sa délégation pour se consacrer à une nouvelle enquête de grande dimension  sur le climat scolaire.

 

François Jarraud

 

Le rapport sur la médiation

 

Par fjarraud , le lundi 29 juin 2015.

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