De la classe inversée à la classe augmentée en EPS 

En quoi la classe inversée peut-elle être utile pour l´EPS ? Julien Andriot, professeur d´EPS en collège dans l´académie de Toulouse, s´est posé la question. Et il a partagé ses réflexions avec les participants du 1er congrès de la classe inversée organisé par l'association Inversons la classe.

 

Premier constat

 

Pas forcément convaincu au départ par la classe inversée pour l´ enseignement de sa discipline, Julien Andriot reconnaît maintenant que les expériences qu´il a menées pour la découvrir, lui ont permis d´aboutir à la démarche qu´il adopte aujourd´hui avec ses élèves. En effet, le fait que le principe de base de la classe inversée repose sur le visionnement de capsules à la maison accompagné d´un quizz à réaliser, ne le séduit aucunement vus les enjeux essentiellement moteurs de l´enseignement de l´EPS. Quelques recherches sur internet ne seront pas très convaincantes non plus mais il découvrira ce qu´Emmanuel  Tranchant, un collègue de lycée professionnel, propose.

 

Comment adapter la classe inversée à la spécificité de l´EPS ? Pour anticiper le cours?

 

Sa première idée l´a amené à créer des capsules pour anticiper  le cours et donner aux élèves des pistes sur le prochain cours. Il a tout d´abord commencé à créer ses propres vidéos pour faire cette expérience avec une classe de 6e, incluant des élèves dyslexiques et à besoins particuliers qui ont notamment des problèmes de gestion de l´espace. Cette première expérimentation comportait trois étapes : après le visionnement de la première vidéo à la maison ou pour les élèves qui ne le pouvaient pas, pendant que les autres élèves étaient encore en train de se changer au vestiaire avant le début du cours, venait la première étape. Lors de celle-ci, le cours commençait et les élèves étaient en ateliers, et ces derniers devaient exploiter la vidéo. Le premier atelier, le plus important, devait lancer l´activité. Celui-ci devait être sans consigne, la tâche devait parler d´elle-même. Au regard de la vidéo, l´élève devait être en mesure de le réaliser. Lors de la deuxième étape, un rassemblement des élèves s´opérait pour dégager ce qu´ils avaient observé (oralement, à l´aide d´une fiche, par brainstorming, …). Très souvent, la mutualisation se faisait au tableau pour développer les notions. Il fallait donc, dans ce scénario-là, privilégier une situation pour apprendre. Enfin, pour conclure, une nouvelle situation globale de jeu était mise en place, ce qui remettait dans une situation réelle toutes les variables didactiques possibles. Les équipes dans ce cas-là étaient plutôt hétérogènes pour qu´il y ait un véritable intérêt à ce qu´ils apprennent et remettent tout en situation ensemble. Cette première adaptation l´a-t-il convaincu ?

 

La question de la pertinence de la vidéo

 

Dans ce concept d´anticipation, la pertinence de la vidéo était importante à double titre : pour que le visionnement à la maison ait bien lieu et pour que l´atelier proposé au cours suivant lui donne du sens. En acrosport, par exemple, des vidéos abordaient les notions de force et donc d´équilibre. L´atelier qui a suivi le visionnement de la vidéo était sans consigne, les élèves devaient mettre en pratique les notions de force pour pouvoir reproduire les figures affichées. Pour la mise en commun, ils devaient dessiner les forces sur une fiche comportant différentes figures, les faire valider et les reproduire ensuite.

 

La vidéo était pertinente car les élèves ont tout de suite intégré la notion d´alignement. Les quelques élèves en très grande difficulté ont pu être mieux accompagnés par le professeur car le reste du groupe n´avait pas besoin d´aide.

 

Même si ce type de capsules peut porter ses fruits, utiliser le concept de l´anticipation a ses limites. Julien Andriot considère qu´un tiers seulement des vidéos testés dans cette optique-là ont apporté de vrais bénéfices, parce qu´il s´agit d´un enseignement moteur.

 

Alors, oui, des capsules, mais pour quoi faire ?

 

Des capsules pour mettre en avant les principes de la pédagogie active sera une nouvelle piste de travail pour lui. Fervent adepte de ce type de pratique, le fait de pouvoir réorganiser l´espace, de faire en sorte que les élèves travaillent ensemble, en collaboration, par petits groupes, avec plusieurs ateliers, et de pouvoir développer l´autonomie et les compétences des élèves, seront mis à l´honneur. La classe de 6e qui a participé à ses expérimentations était  une classe par compétences sans notes. Comment arriver à ce que les élèves puissent être en mesure de s´autoévaluer ? De se déclarer compétent ou de reconnaître qu´ils ont besoin d´entraînements ? Pour amener l´élève à s´évaluer pour se construire lui-même, pour comprendre lui-même les contenus dont il a besoin.

 

Faire des choix et être responsable de ses choix

 

L´élève doit avoir le choix pédagogique et avoir la conscience et la responsabilité de ses choix : « J´ai choisi ça, c´est judicieux parce que… ». On peut ensuite évaluer la démarche employée pour en arriver là et voir si son choix était pertinent au regard de ses besoins.

Ce sont toutes ces considérations qui, finalement seront au centre du travail mené par Julien Andriot avec ses élèves et ses capsules. L´auto-évaluation, notamment via des grilles, déterminent des niveaux de compétences, et donnent ensuite lieu au cours suivant à des activités à choisir selon ses compétences. Dans le cas d´une double évaluation, par exemple en attaque et en défense, l´élève aura le choix et devra prendre la décision de retravailler son niveau d´attaque ou de défense : s´améliorer là où il est déjà fort ? Ou s´entraîner sur son point faible ? Une fois, la décision prise, une vidéo, une situation lui sera proposée, mais comment ?

 

La classe inversée en mode « nomade »

 

Le professeur d´EPS et ses élèves occupent des espaces bien différents (gymnase et extérieurs) qui ne sont pas équipés pour travailler avec le numérique et internet. Alors, comment visionner des vidéos, flasher des QR code, lire des documents ? Julien Andriot utilise une  Bibliobox. Sa priorité est de donner à l´élève l´accès à des situations sous formes de vidéos. Ce support permet à l´élève de stopper, relancer la vidéo et l´amener à ce dont il a besoin, quand il en a besoin mais surtout lui laisser le choix dans son parcours d´apprentissage, permettre une auto-évaluation. Responsabiliser l´enfant sur ses choix est primordial. Une fois, le choix de l´atelier effectué, l´élève se munit d´une tablette et va flasher le QR code qui correspond à sa situation.

 

Projet : Une minute pour une situation.

 

De là est né le projet « Une minute pour une situation », qui est une série de vidéos qui n´a pas d´explication orale car les conditions d´écoute au gymnase ne sont pas adaptées. Il correspond à un enchaînement de diapositives de 5 à 7  secondes pour permettre aux élèves d´utiliser la fonction pause si besoin. Une petite musique de fond est là pour donner un côté abouti à la vidéo. Ce type de capsule comprend un bandeau «  objectif de l´apprentissage : apprendre à… », indique comment on place le matériel, indique ce qui va se passer en explications, puis propose une animation du déroulé.

 

Stéphanie Fizailne

 

Site de Julien Andriot pour ses collègues

Site de Julien Andriot pour ses élèves

 (capsules pour des 6e)

Sur Twitter : @jujucharly

Exemple d´Emmanuel Tranchant en Ultimate

 

 

Par fjarraud , le mardi 07 juillet 2015.

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