L'année des 12 réformes 

Emportée depuis 2012 dans un vaste mouvement de réformes, l'Education nationale a vécu depuis la nomination rue de Grenelle de N Vallaud-Belkacem une année unique par la multiplication des réformes. Pas moins de 12 en une année scolaire, soit plus d'une par mois. Présentée comme la suite logique de la loi d'orientation et de la refondation, cette avalanche de réformes a peut-être plus à voir avec 2017 qu'avec 2012. Ce rythme est-il compatible avec celui de l'Ecole ?

 

Réforme de l'évaluation des enseignants, réforme de l'évaluation des élèves, réforme du collège, réforme des rythmes scolaires, réforme du redoublement, réforme de la formation des enseignants, réforme de l'allocation des moyens, réforme des programmes, réforme de la maternelle, réforme de l'éducation civique, réforme de l'éducation prioritaire, réforme du plan numérique : pas moins de 12 grands dossiers ont été menés par la ministre cette année, faisant de 2015 une année "inédite". L'adjectif a été largement usé rue de Grenelle à diverses occasions. Cette sur activité tranche bien sur avec les habitudes de la rue de Grenelle. Mais est-elle réellement susceptible d'entrainer le changement ? Et quel changement ?

 

La première question c'est bien sur celle de la cohérence de ces réformes. La récente note de l'OCDE montre qu'il y en a bien une. Sous la pression de ses mauvais résultats et de la montée des inégalités, l'Ecole est mise en demeure de devenir plus égalitaire et plus efficace. Il s'agit bien de maintenir une économie performante et d'insérer la France dans une mondialisation qui est aussi culturelle. Angel Gurria a raison de faire le lien entre les EPI et des compétences sociales trop délaissées dans le système français. N Vallaud Belkacem a raison de rappeler la réforme du prioritaire pour diminuer la fuite par le bas du système éducatif français.

 

Mais l'actualité nous rappelle aussi tout ce qui n'est pas fait. On voit qu'à Saint-Denis (93) les efforts sont réels mais très insuffisants pour assurer l'égalité devant le droit à l'éducation. La première des réformes de l'éducation prioritaire aurait du être d'amener déjà des enseignants devant les élèves dans les quartiers. L'écart de moyens entre les filière d'élite et celles où se retrouvent les enfants qui ont vraiment besoin de l'école reste pourtant choquante.

 

Du coup, les orientations réelles des réformes sont interrogées. Leur multiplication montre une activité brouillonne avec des projets qui se mangent les uns les autres.  A vouloir réformer sous la pression politique l'éducation civique, la ministre est en train de manger les moyens de formation de la réforme du collège. Si l'objectif numéro 1 est de lutter contre les inégalités très graves qui existent dans le système éducatif français, alors les 4 000 postes de la réforme du collège n'auraient ils pas davantage leur place dans les seuls Rep qui manquent de moyens  ? L'acharnement mis à appliquer tous les programmes et toute la réforme du collège d'un coup en 2016 se fait au prix de n'être capable ni de l'accompagnement ni même de fournir les manuels nécessaires. Cela semble se retourner contre les orientations pédagogiques de la réforme. L'accent mis sur la place de la formation des enseignants semble démentie non seulement par la réalité de la formation continue mais aussi par des réformes qui confient toujours davantage les élève à des intervenants extérieurs et qui pousse à supprimer la classe comme lieu d'éducation. A l'appel au savoir scientifique pour justifier les choix des réformes, répond le refus d'évaluer les effets de la réforme du lycée. C'est que là chacun a pu constater qu'il ne suffit pas d'avancer des idées sympathiques pour améliorer les choses...

 

Vu du terrain, l'avalanche de réformes qui tombe du sommet ne rencontre pas d'adhésion. Le baromètre Unsa Education montre qu'une très large majorité des enseignants est hostile à la politique menée. L'annonce de la réforme de l'évaluation des enseignants, présentée comme une solution au problème, bien réel, de gouvernance du système éducatif, pourrait pousser les enseignants encore plus loin dans une opposition active ou passive et contrarier d'autant les autres réformes. A moins que l'objectif soit justement d'en finir avec les oppositions.

 

Le constat que l'on peut faire de cette année, c'est l'écart entre la politique et l'école. L'éducation est capable de changements, même rapides. On a vu dans les années qui ont suivi 1968 des changements profonds se mettre en place parce que la société exigeait une mise à jour du système éducatif. Il devrait être possible de faire passer le besoin de réduction des inégalités dans le système éducatif avec une politique perçue comme plus crédible en faveur des quartiers.

 

Toutes les études montrent que changer l'Ecole c'est trouver l'arrangement entre les savoirs professionnels et les objectifs des politiques. Quand les enseignants s'approprient une réforme ils la transforment. C'est ce travail d'appropriation qui devrait être le souci de 2015-2016.  Ecouter un peu moins les projets des cartons ministériels, un peu plus les savoirs des praticiens.  Ca ce serait une vraie réforme de la gouvernance..

 

François Jarraud

Comment changer l'Ecole ? (DOSSIER)

 

Par fjarraud , le lundi 13 juillet 2015.

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