Le ministère construit un réseau cohérent de formation dans le 1er et le 2d degré 

Aboutissement de plusieurs années d'échange, les nouveaux statuts des formateurs publiés au Journal officiel du 22 juillet vont doter l'éducation nationale d'un réseau cohérent de formateurs. La principale nouveauté c'est la constitution d'un vivier de formateurs dans le second degré en cohésion avec les formateurs du 1er degré. L'Education nationale se dote d'un véritable outil de formation continue qu'elle confie totalement à l'inspection. Les inspecteurs deviennent du coup des experts en pédagogie.

 

Plusieurs décrets et arrêtés publiés le 22 juillet, leurs circulaires d'application immédiatement inscrites au Bulletin officiel du 23 juillet, l'Education nationale publie un ensemble cohérent de textes sur la formation confiant la formation continue et une partie de la formation initiale à des enseignants dotés du CAFIPEMF pour le premier degré et d'un CAFFA pour le second degré.

 

 

Consolidation au premier degré

 

Dans le premier degré, les textes clarifient et organisent mais ne révolutionnent pas l'existant. Un décret définit les fonctions des maitres formateurs et des conseillers pédagogiques. Les maîtres formateurs titulaires du CAFIPEMF "participent à la formation initiale des enseignants stagiaires et des étudiants des ESPE" et à la formation continue en bénéficiant d'une décharge d'un quart à un tiers (à partir de 2016-17) de leur temps d'exercice.

 

Titulaires du même CAFIPEMF, les conseillers pédagogiques sont eux totalement déchargés pour travailler à l'animation pédagogique d'une circonscription sous les ordres d'un inspecteur (IEN) ou à l'application de la politique pédagogique d'un DASEN. Une circulaire fixe leur mission de façon précise. " Le conseiller pédagogique assure l'accompagnement professionnel des maîtres et des équipes pédagogiques dans la mise en œuvre des programmes d'enseignement et des projets de classe, de cycle ou d'école. Formateur polyvalent, il fait bénéficier les enseignants des écoles maternelles et élémentaires de son expertise pédagogique. Par un regard objectif, son aide et ses conseils, il amène les enseignants à analyser leurs pratiques professionnelles... Il favorise la mutualisation et le travail en équipe des enseignants qu'il accompagne dans l'appropriation des innovations et des résultats des recherches didactiques et pédagogiques". Il peut participer à des formations en Espe et il évalue les stagiaires.

 

Le texte définit les missions confiées dans une circonscription ou auprès du Dasen. " Le conseiller pédagogique qui exerce une mission départementale inscrit son action dans le cadre de la polyvalence de l'enseignement du premier degré mais ses actions se concentrent sur un domaine d'enseignement pour lequel il possède une qualification reconnue par une option du CAFIPEMF", précise la circulaire dans ce dernier cas. "Dans son champ d'expertise, le conseiller pédagogique en mission départementale est un élément moteur pour l'élaboration de projets pédagogiques innovants". Il reçoit une lettre de mission du Dasen.

 

Révolution dans le second degré

 

Dans le second degré, les textes révolutionnent la formation en créant des formateurs académiques sur le modèle des formateurs du 1er degré, titulaires d'un certificat d'aptitude aux fonctions de formateur académique (CAFFA). Les enseignants du 2d degré, les professeurs documentalistes et les CPE peuvent se présenter au CAFFA s'ils ont au moins 5 ans d'ancienneté. "Sous l'autorité du recteur de l'académie, les formateurs académiques participent à la formation initiale des enseignants stagiaires et des conseillers principaux d'éducation stagiaires et des étudiants se destinant aux métiers de l'enseignement et de l'éducation dans les établissements d'enseignement supérieur en charge de leur formation. Ils participent à l'animation du réseau des personnels enseignants du second degré désignés, par l'autorité académique, pour prendre en charge le tutorat des enseignants stagiaires et des étudiants se destinant au métier de l'enseignement. Ils contribuent également à la formation continue des personnels enseignants du second degré".

 

Ces formateurs académiques sont déchargés  de 3 à 6 heures de leur service, 2 à 3 demi journées pour les professeurs documentalistes. Pour les CPE, le décret évoque "un aménagement du temps de travail". Les anciens formateurs du second degré sont dispensés pendant 3 ans de l'épreuve d'admissibilité au CAFFA.

 

Une formation professionnelle quasi identique

 

Les deux certificats CAFIPEMF et le nouveau CAFFA sont organisés de la même façon et mettent en avant des compétences professionnelles. Ils se composent d'une épreuve d'admissibilité comprenant un entretien avec un jury s'appuyant sur un dossier et les rapports d'évaluation du candidat. Après l'admissibilité, les candidats suivent un cursus de formation d'un an. L'admission se fait sur une épreuve de pratique professionnelle et un mémoire professionnel. Le jury du 1er degré comprend un IEN, un conseiller pédagogique, un maitre formateur et un IPR. Celui du 2d degré comprend, un IPR, un chef d'établissement, un formateur académique et un IEN. C'est dire qu'on a recherché la cohérence entre ces deux certificats. Les circulaires d'application donnent le détail des certificats.

 

Une rupture culturelle à piloter

 

L'Education nationale se dote donc pour la première fois d'un corps cohérent de formateurs apprécié selon leurs compétences professionnelles. L'enjeu est clairement davantage celui de la formation continue.  Mais bien des questions demeurent.

 

Les textes, qui  entrent en application à la rentrée 2015, n'apprécient pas les contingents de formateurs. Dans le premier degré, le réseau des maitres formateurs et CP existe déjà. Le texte ne fait que stabiliser l'existant. Dans le second degré, les textes invitent à créer de véritables réseaux de formateurs qui vont nécessiter une montée en puissance du dispositif. Quels moyens l'éducation nationale sera -t-elle capable de mobiliser pour cela dans un contexte où déjà le manque d'enseignants est criant ?

 

Les textes interrogent aussi la culture du système éducatif. L'enquête Talis de l'OCDE a mis en évidence les forts besoins de formation des enseignants français du second degré et leur peu de confiance dans le système de formation. Selon elle, le professeur français est celui qui s'estime le moins bien formé sur le plan pédagogique. Seulement 6 enseignants sur 10 se jugent suffisamment préparés sur ce terrain-là, alors qu'ils sont 9 sur 10 dans les autres pays. Il a de fortes attentes de formation particulièrement sur l'utilisation des TIC en classe, les conseils et l'orientation des élèves, les pédagogies personnalisées. Sur ces points les demandes françaises sont deux fois plus importantes que la moyenne Ocde. Et restent lettre morte : les enseignants français participent moins à des formations que leurs collègues et jugent leurs formations peu utiles.

 

La réforme mise en place demande un passage d'une formation strictement disciplinaire à une formation professionnelle. Les textes définissent le CAFFA en ce sens. Mais les IPR sont les gardiens traditionnels des disciplines... Talis montre aussi que les compétences pédagogiques des corps d'inspection et des chefs d'établissement, qui délivreront le certificat, est modestement reconnue en France. Aujourd'hui, en cas de difficulté pédagogique, les enseignants français ne se tournent pas vers eux.

 

L'Education nationale affronte pour la première fois en vrai les enjeux de la formation professionnelle continue de ses enseignants. Il restera à voir avec quels moyens et quel pilotage.

 

François Jarraud

 

Primaire

Décret

Arrêté

Circulaire

Circulaire

 

Second degré

Décret

Décret

Arrêté

Circulaire

 

Talis

 

 

Par fjarraud , le vendredi 24 juillet 2015.

Commentaires

  • david100, le 25/07/2015 à 20:58
    Du flanby politique pour le 1er degré.
    Un texte sur les missions des conseillers pédagogiques dans le 1er degré bien éloigné de la réalité qui ne reconnaît pas toutes les fonctions administratives (recrutement, réglementation, assistant de prévention...) de ce type de poste. Seule nouveauté : un IA-IPR, spécialiste d'une discipline, incompétent pour le premier  degré et  présent au cafipemf. (des avantages pécuniaires bien sûr pour ces personnels)
    De la formation  avec des moyens en moins : suppression des postes d'enseignants et quasiment toutes les formations annulées.
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