ESPE : Une mise en place toujours difficile 

Comment réorganiser la formation des enseignants en l'inscrivant en université tout en lui donnant une dimension professionnelle, dans des structures nouvelles ayant une identité inscrite dans des universités elles-mêmes en pleine mutation institutionnelle et en pleine crise budgétaire ? Au terme de deux années d'existence, malgré des progrès, les écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE) affrontent toujours les mêmes difficultés estime le rapport publié le 11 novembre 2015 par l'Education nationale. Il recommande de régler les questions budgétaires , de renouveler les formateurs et d'améliorer l'alternance en établissement.

 

Une question de culture

 

Coordonné par Pierre Desbiolles et Monique Ronzeau, le nouveau rapport de suivi de la mise en place des Espe conclue en demandant leur maintien. Ca en dit long sur les difficultés rencontrées et les manoeuvres pour mettre un terme à l'expérience lancée par la Refondation d'une formation professionnalisante des enseignants confiée aux universités. Au coeur des difficultés des Espe il y a bien ce choc des cultures. Il est particulièrement visible quand il s'agit de la formation des enseignants du premier degré et surtout des professeurs de lycée professionnel. Le rapport lui-même signale le problème mais ne lui accorde pas une place très grande...

 

" C’est bien davantage la faiblesse et/ou la complexité du portage politique du projet ESPE qui est le plus souvent à l’origine des tensions qui perdurent dans certaines académies", soulignent les rapporteurs. "Plusieurs facteurs cristallisent ces tensions : la question des moyens, qui sera abordée plus en détail, la logique de territoire pédagogique qui prévaut dans le premier degré et la philosophie générale du projet qui correspond plus à une logique d’établissement que de formation".

 

Quel budget ?

 

La reconnaissance universitaire des Espe reste à construire. Le rapport souligne que la question du partage des droits d'inscription des étudiants n'est pas réglée dans toutes les universités, ce qui en dit long sur la perception de l'Espe dans l'université. Du coup le budget des Espe est tout sauf clair. Il relève du "compromis" dit le rapport , c'est à dire des rapports de force.

 

Là dessus le rapprot préconise d'harmoniser les règles d'inscription  et les contrats d'objectifs (COM) ainsi que de clarifier "les modalités d'élaboration et de suivi du budget d eprojet" pour consolider les moyens alloués par tous les partenaires (universités mais aussi académies).

 

Quelles ressources humaines ?

 

La question des ressources humaines des Espe est aussi pendante avec comme problème numéro 1 la place des formateurs académiques. " Aujourd’hui, le nombre de formateurs académiques intervenant en ESPE peut varier considérablement d’une académie à l’autre : la participation des professionnels de terrain peut atteindre 25 % de la formation, mais peut aussi se situer très en deçà. Leur rôle doit être reconnu et renforcé au titre de la formation initiale comme de la formation continue, sur la base d’objectifs quantifiés et progressifs".

 

Le rapport demande le renouvellement des personnesl "en cohérence avec les objectifs de formation et de recherche " avec "une présence accrue de formateurs de terrain à temps partagé". Il demande aussi que tous les enseignants des Espe deviennent tuteurs.

 

Quelles formations ?

 

La question des formations se pose aussi d'abord pour son volume en 2eme année. Le rapport souligne la demande d'allègement venue du terrain. " Réduire le nombre de thématiques abordées lors du master MEEF ou diminuer le nombre d'heures de formation en ESPE ne signifie pas renoncer à une formation de qualité à condition que la formation se poursuive audelà de la titularisation, en particulier lors des deux premières années d'exercice, comme cela est déjà le cas dans quelques académies. Les stagiaires rencontrés par la mission ne sont d'ailleurs pas les derniers à le demander".

 

L'alternance Espe - établissements doit devenir "effective" selon le rapport. " L'alternance intégrative en seconde année de formation ne s'est cependant pas mise en place sans difficultés, en particulier dans le premier degré du fait de spécificités structurelles ou conjoncturelles (mitemps devant élèves impliquant des emplois du temps particulièrement chargés, sans possibilités d'échanges d'informations avec le professeur titulaire en charge de la classe, tuteur de terrain en général dans un autre établissement, mise en place concomitante de la réforme des rythmes scolaires...). La plupart de ces difficultés pourront sans doute être surmontées", écrit le rapport.

 

Quelle professionnalisation ?

 

Il s'interroge sur la cohérence entre la formation donnée en Espe et 'expérience vécue dans les établissements. " Rares sont les « points de contacts pédagogiques » identifiés par les stagiaires rencontrés entre ces deux temps et ces deux lieux de formation". Les rencontres entre les personnels académique set les universitaires relèvent "de l'exploit" quand eles ont lieu, écrivent le srapporteurs. Ces difficultés sont aggravées par l'hétérogénéité des étudiants qui ont des statuts et des obligations très différents. Le rapport préconise une réforme du mémoire pour lui donner une dimension professionnelle.

 

La question de la professionnalisation du concours pose problème. " Les concours de recrutement de professeurs ayant une longue tradition d'évaluation des connaissances disciplinaires, c'est bien la place réservée et le poids attribué à l'évaluation des compétences professionnelles qui attesteront, in fine, de la professionnalisation des concours et, en conséquence, induiront la formation dispensée en première année de master MEEF. Si réussir aux concours devait rester possible, voire plus facile, sans aucune expérience professionnelle et sans aucune formation hors formation disciplinaire, nul doute que d'une part les formateurs de master réduiront la part dévolue à l'acquisition de compétences professionnelles lors de la première année de master MEEF et que d'autre part les étudiants choisiront une voie certes un peu plus longue mais garante de succès, celle du master disciplinaire".

 

Le rapport signale aussi "les angles morts de la réforme" que sont le tronc commun de formation et la formation de sprofesseurs de l'enseignement professionnel et technologique. Le tronc commun semble ne pas avoir avancé depuis les précédents rapports. Le rapport souligne l'absence d'un module sur les valeurs de la république à certains endroits.  Quant aux préparations des CAPLP elles semblent trop éloignée sde la culture universitaire.

 

Reste la place de la recherche. Elle aussi est à améliorer et la rapport recommande de créer des "commissions recherche" en espe et d'expliciter le lien recherche et pratiques enseignantes.

 

Deux ans après l'ouverture des Espe le rapport souligne les progrès réalisés. Mais, on le constate, des difficultés perdurent qu'une réforme du pilotage, demandée par le rappprt notamment pour le comité national, aura du mal à régler.

 

François Jarraud

 

Le rapport

 

Par fjarraud , le jeudi 12 novembre 2015.

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