L'échec programmé des quotas de bacheliers dans le supérieur 

Que faire des bacs professionnels ? Trente ans après leur naissance, le ministère n'a pas vraiment trouvé la réponse. A en croire un nouveau rapport de l'Inspection générale sur l'affectation des bacheliers professionnels et technologiques, publié le 18 novembre, l'institution scolaire la cherche mollement. Coordonné par Michel Lugnier et Alain Plaud, le rapport signe l'échec des quotas en STS et IUT institués par la loi de 2013. Appliqués avec beaucoup trop de prudence par les académies ils n'ont pas permis d'offrir des débouchés fiables aux bacheliers professionnels et technologiques.

 

Le bébé était mal parti..

 

" En tenant compte de la spécialité du diplôme préparé..., le recteur d'académie prévoit, pour l'accès aux sections de techniciens supérieurs et aux instituts universitaires de technologie, respectivement un pourcentage minimal de bacheliers professionnels et un pourcentage minimal de bacheliers technologiques.. Les pourcentages sont fixés en concertation avec les présidents d'université, les directeurs des instituts universitaires de technologie, les directeurs des centres de formation d'apprentis et les proviseurs des lycées ayant des sections de techniciens supérieurs". C'est ce point de la loi de 2013 sur l'enseignement supérieur que le rapport de M Lugnier et A Plaud vérifie un peu plus d'un an plus tard. Le rapport rédigé en février 2015 n'est finalement dévoilé qu'en novembre. On va voir pourquoi.

 

Pourquoi mettre l'accent sur les bacheliers professionnels ? Parce que ce sont eux qui révolutionnent la vieille maison. Depuis 2007 on est passé de 86 000 à 232 000 lycéens de terminale pro. Un changement radical de volume et de nature de cette filière qui porte en fait le poids de la démocratisation du bac.

 

Disons le, avant même le publication du rapport, on savait que cette mesure était mal partie. La ministre de l'enseignement supérieur, G Fioraso, était contre. Pour les bacs pros elle avait une autre solution qu'on retrouve dans le rapport Stranes et qu'on verra peut-être revenir, une filière supérieure bien à part qui permette de ne pas mélanger torchons et serviettes.  On savait aussi que ses services savonnaient l'application de la loi. En novembre 2014, la députée S Doucet n'avait même pas pu avoir communication des fameux quotas prévus par la loi. Ce nouveau rapport apporte des éclairages sur ce point.

 

Echec complet

 

Ce que révèle le rapport c'est qu'en IUT, l'application de la loi s'est traduite par un changement homéopathique. " Les parts respectives des bacheliers professionnels en STS et des bacheliers technologiques en IUT ont augmenté mais de manière très modérée (respectivement +0.6 et +1.6%). la loi ne semble pas avoir constitué une rupture de nature à créer une dynamique nouvelle".

 

En fait, " l’augmentation des taux de bacheliers professionnels parmi les entrants en STS et de bacheliers technologiques parmi les entrants en IUT s’avère plus faible à la rentrée 2014 qu’à la rentrée 2013", alors que " la part des bacheliers professionnels et technologiques parmi les nouveaux entrants en licence augmente. Ils représentent aujourd’hui un quart des effectifs de L1." L'effectif des bacheliers technologiques et professionnels en licence augmente de 1638 et de 2470 personnes. Enfin, " le poids des projets « contrariés » et le nombre des bacheliers professionnels contraints de recourir à la procédure complémentaire" est particulièrement lourde.

 

Pour avoir une idée plus précise du phénomène voyons les flux. En 2014, sur 173 671 élèves de terminale pro, seulement 69 295 ont demandé une STS. Et seulement 35 534 l'ont obtenu : un élève sur cinq. Et pour achever de brosser le portrait soulignons que sur la période on compte 21% de places vides en STS et 7% en IUT...

 

A l'évidence, comme le dit le rapport, " la mise en place des seuils minimaux se révèle à elle seule insuffisante pour modifier substantiellement l’origine des flux en STS et en IUT et ainsi réduire l’échec des bacheliers professionnels et technologiques dans les licences de l’Université".

 

Comment l'institution ment aux bacheliers

 

Comment en est on arrivé là ? En termes clairs, le rapport souligne le sabotage rectoral. " les académies se sont approprié de façon très différente le nouveau cadre institutionnel créé par la loi. La mission a noté en particulier le caractère souvent prescriptif de la commande rectorale visàvis des STS publiques, attitude qui tranche singulièrement avec la prudence généralement de mise quant à la fixation des seuils pour les IUT".

 

Deuxième facteur, que le rapport Doucet avait bien montré, les résistances chez les responsables de BTS et IUT. " Les instructions relatives aux enjeux, aux objectifs et aux modalités de mise en oeuvre de la priorité d’affectation des bacheliers professionnels et technologiques en STS et en IUT n’ont sans doute pas toujours été transmises aux équipes enseignantes avec la force de conviction et le niveau d’explication nécessaires. Cependant, le caractère récurrent des craintes exprimées à la mission par de nombreux enseignants, inquiets d’une baisse du niveau d’exigence en STS qui résulterait d’un afflux massif de bacheliers professionnels, mérite d’être souligné. D’autant que ces mêmes inquiétudes ont été relevées auprès des enseignants en IUT, lesquels estiment pour beaucoup que le « nouveau profil » des élèves notamment issus de la série STI2D leur apparaît inadapté pour ce type de poursuite d’études".

 

Le résultat c'est le mensonge que l'institution entretient envers les bacheliers professionnels. Le rapport parle de " décalage entre les discours tenus aux élèves de seconde professionnelle, auxquels on explique souvent, notamment dans le secteur des services, qu’ils sont engagés dans un parcours a minima de cinq années (baccalauréat professionnel puis BTS), et la réalité". Pour tout dire on trompe les élèves. Le bac professionnel est devenu pour eux un tremplin vers le supérieur qui se transforme en saut dans le vide au dernier moment. Une des préconisations du rapport c'est justement " un discours sans ambiguïté quant aux finalités des deux voies de formation".

 

Le problème reste entier

 

Au final les préconisations du rapport semblent bien fades. Le rapport demande que l'ouverture d'uns STS ou IUT soit liée à un contrat d'objectifs. Il recommande un meilleur suivi statistique des cohortes et de "généraliser et institutionnaliser les liaisons disciplinaires bacpros/STS et bactechnos/IUT réunissant des enseignants de pré et post baccalauréat d’une même filière et/ou discipline". C'est par l'accompagnement pédagogique que le rapport entend mettre fin à un problème institutionnel.

 

Ce rapport ne fait que souligner la nécessité d'avoir une vraie politique ministérielle d'orientation des bacheliers professionnels. La montée en puissance des bacs pros fait que cet enjeu social et institutionnel est devenu prioritaire pour l'éducation nationale.

 

François Jarraud

 

Le rapport

Loi sur l'enseignement supérieur

Le rapport Doucet

Le rapport Stranes

Le bac pro caillou dans la chaussure d el'éducation nationale

Bac pro 30 ans sans réponse

 

 

 

Par fjarraud , le jeudi 19 novembre 2015.

Commentaires

  • Viviane Micaud, le 19/11/2015 à 11:42
    Par ailleurs, comme les bacs pro ne sont pas assez centrés sur la validation des compétences professionnelles, souvent ces bacheliers n'ont pas de débouchés vers l'emploi et font un CAP après.
    La raison est évidemment que le bac pro est un sujet qui n'intéresse personne et pour lequel il n'existe pas de contre-pouvoir d'utilisateurs. Les parents impliqués, quand malgré les multiples délits d'initiés dont ils ont bénéficié, ont  un enfant qui n'a pas les acquis pour envisagé sereinement une 2nde général, choisissent généralement les bac pros privés ou l'apprentissage. 
    Aussi, le bac pro a fait l'objet de choix dogmatique dont on voit aujourd'hui les conséquences. C'est dommage car rajouter un an d'étude au CAP pour qu'ils atteignent un bac était intrinsèquement une bonne idée. 
    Cependant, le but de ceux qui concevait les programmes a été "arriver au bon chiffres de bacheliers et de bacheliers qui continuent des études supérieures", non pas de donner des compétences utiles aux jeunes pour s'intégrer dans le monde du travail ou pour continuer les études.
    La solution je l'ai donné, il y a plusieurs années. Il faut reconnaître qu'il y a trois niveaux en "expression littéraire et capacité d'apprendre par soi pour faire un devoir de type littéraire", celui qu'on attend en fin d'un bac pro, celui qu'on attend en fin des filière technologique, celui qu'on attend en fin de filière général. C'est sur ce critère que se fait le principal tri du lycée français. Reconnaissons le et faisons un bac pro qui vérifie les compétences professionnelles pour en faire un diplôme utile à l'industrie, et qui valide un niveau de "expression littéraire et capacité d'apprendre par soi même pour faire un devoir de type littéraire" parmi les 3. 
    Mais, il faudrait une direction de l'éducation nationale qui arrête de s'appuyer sur des dogmes, et qui s'intéresse à l'utilité du diplôme qu'elle fournit.
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