Faut-il enseigner l'économie à tous les lycéens ? 

Faut-il étendre à tous les élèves de première et de terminale l'enseignement de l'économie ? La proposition est faite dans un rapport commun des inspections générales de l'éducation nationale, des affaires sociales et des finances que le ministère vient de publier. Constatant l'inefficacité des liens actuels entre économie et éducation nationale, alors que le Parcours Avenir va se mettre en place, les inspecteurs demandent un engagement réel de l'éducation nationale dans el développement de relations avec le monde économique en vue d el'insertion professionnelle des jeunes.

 

On a rarement l'occasion de voir un rapport de l'Inspection générale commencer par un sondage d'opinion. C'est le cas du rapport coordonné par Patrice Borel (IGAS), Miriam Bénac (IGEN), Rémy Gicquel (IGAEN) et Eric Garandeau (IGF) sur "l'évaluation des partenariats entre le monde éducatif et le monde économique en faveur de l'insertion professionnelle des jeunes". Il se révèle beaucoup plus original que les travaux habituels de l'Inspection.

 

Les patrons insatisfaits de l'Education nationale

 

Chargés d'évaluer ce lien entre économie et éducation, et sans doute conscient des résistances chez chacun des partenaires, les inspecteurs se sont d'abord souciés des attentes et des représentations des acteurs aussi bien coté éducation nationale que monde économique.

 

Il en ressort que si l'Ecole est bien identifiée dans le registre de la socialisation et de la transmission de connaissances, "le registre professionnel est le plus ambigu". Passons sur le fait que l'Ecole est jugée "dysfonctionnelle " et " pesante " voire "archaique". " L’étude réalisée par BVA met en évidence une différence de perception quant à la finalité de l’École. Tous les jeunes s’accordent sur le fait que « l’École doit préparer au monde du travail », mais ils sont partagés sur le périmètre de cette mission et ses modalités", note le rapport. " Les chefs d’entreprise sont les plus critiques : ils estiment que les jeunes « manquent de connaissances pratiques », qu’ils « manquent d’autonomie » et ont des lacunes en termes de « savoir-être » (manque d’humilité, d’envie, de motivation). Sévères à l’égard de l’Éducation nationale, ils regrettent que le monde économique soit contraint de « compenser ses lacunes en créant des formations »... Tandis que 12 % des Français et 7 % des enseignants estiment que les jeunes sont « très mal préparés à la vie professionnelle », 32 % des patrons de PME jugent très mal cette mission. Ils sont 78 % à estimer que « l’École prépare plutôt mal à l’insertion professionnelle », contre 54 % pour les enseignants et 55 % des Français". Voilà qui présage mal des relations école entreprises.

 

Des actions émiettées et non coordonnées

 

Et le bilan dressé par les rapporteurs sur les partenariats éducation- entreprises est des plus sévères. Ils divisent ces relations en trois "univers". Le premier concerne les initiatives purement locales prises par les chefs d'établissement. Le rapport les juge " rarement coordonnées au niveau régional."

 

Le second univers concerne "les accords de partenariat signés avec quelques grandes entreprises, certaines branches professionnelles et des associations ayant pour objet social le rapprochement du monde éducatif et de la sphère économique". Le rapport parle de "diplomatie de salon" et "dans la mesure où ils ne poursuivent pas toujours d’objectifs précis ou de plans de développement suivis lors des points d’avancement, la mission s’interroge sur la pertinence de leur poursuite en l’état".

 

Enfin le rapport évoque un troisième univers, celui des " conventions-cadres de coopération conclues depuis des dizaines d’années avec certaines branches professionnelles volontaires pour la promotion des métiers et de l’enseignement professionnel, sous contrat d’apprentissage et sous statut scolaire." Là le rapport souligne le manque d'évaluation.

 

Globalement, le rapport souligne "la juxtaposition d'univers étanches", "des ressources mises à leur service pas clairement identifiées", des " contributions à l’orientation des jeunes comme à l’acquisition de compétences susceptibles de favoriser leur accès à l’emploi  très rarement mesurées". Aussi les rapporteurs recommandent deux scenarii.

 

Stage en entreprise pour les futurs profs

 

Le premier scénario recommande d'élever les partenariats au rang d'une politique nationale "cohérente, lisible et partagée".  Le rapport demande un pilotage national et la formation des enseignants.Il s'agit d'abord que les services centraux se dotent d'une doctrine claire et de clarifier les circuits de financement. " Les équipes éducatives, les personnels d’encadrement et d’inspection devront être formés à la relation avec le monde économique ; l’implication dans ces relations doit être prise en compte dans la gestion des carrières", écrivent les rapporteurs.

 

Là on retrouve l'idée du stage en entreprise. Il s'agit de rendre obligatoire en ESPE des modules "visant, d’une part, à aider les futurs enseignants à intégrer dans leurs pratiques pédagogiques l’objectif de développement de l’esprit d’entreprendre, du sens de l’initiative et de la création des élèves et d’autre part, à leur faire découvrir le monde économique et professionnel, le fonctionnement des organisations qui le composent. En complément, un stage d’immersion en milieu économique (entreprise, association, hôpital, services administratifs de l’État, collectivités territoriales) doit pouvoir être proposé à chaque futur enseignant".

 

Pour les cadres (personnels de direction et inspection) le rapport demande " une formation à la mise en oeuvre et au pilotage des partenariats avec le monde économique".

 

Un enseignement généralisé de l'économie

 

Mais la principale recommandation c'est la création d'un enseignement optionnel de l'économie en première et terminale là où il n'existe pas (hoirs séries Es et STMG). " Cet enseignement aura pour objet de donner les clés pour comprendre le monde économique et professionnel, son fonctionnement, les différentes organisations qui le composent. Il s’agira ainsi de prolonger la diffusion de la culture économique générale amorcée en classe de seconde dans le cadre des enseignements d’exploration... Cet enseignement pourra être indifféremment assuré par les professeurs de sciences économiques et sociales et d’économie et gestion. Pourraient y contribuer également en fonction des notions, les professeurs d’histoire-géographie, de philosophie et de STI."

 

Le rapport recommande encore la création de référent Ecole Entreprise dans chaque établissement doté d'IMP. Il s'appuierait sur un maillage local de comités locaux école entreprises.

 

On retrouve là une préconisation du rapport de Christiane Demonthès remis quelques mois plus tard en octobre 2015. La multiplication de ces rapports montre la montée du souci de l'insertion professionnelle dans l'éducation nationale. Ce rapport des inspections a le mérite de montrer que les deux univers partagent peu de valeurs. Le parcours avenir, la généralisation d'un enseignement de l'économie sont-ils à même de changer les choses ? Tout dépend de ce qu'on met dans cet enseignement...

 

François Jarraud

 

Le rapport

Le rapport Demonthès

 

 

 

Par fjarraud , le vendredi 20 novembre 2015.

Commentaires

  • thais8026, le 20/11/2015 à 08:58
    Mais ils sont fous. On n'arrête pas de dire que le lycée coûte trop cher à cause de ses options et on va en créer une nouvelle.
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