8ème FEI : Sarah Lemasle : Continuité entre disciplines et école collège 

Imaginons un collège où des plages hebdomadaires sont prévues pour des ateliers interdisciplinaires : le collège 2016 ? Non, le collège REP Henri Matisse à Garges-lès-Gonesse en 2015 ! Une « classe CAPE », raconte Sarah Lemasle, y a été mise en place pour répondre aux besoins urgents de l'éducation prioritaire. L’année est organisée en 5 périodes ; chaque période est l'objet d'un projet convoquant au moins 4 disciplines, travaillé sous forme d'ateliers hebdomadaires de 2h. Chaque projet donne lieu à une production présentée aux parents en fin de période. D’ores et déjà des effets se font ressentir : motivation, autonomie, entraide, meilleur suivi des élèves, implication des parents, intégration des acteurs non-enseignants du collège … La « Classe CAPE » a obtenu le prix de la continuité éducative au Forum des enseignants innovants 2015. Un éclairage concret, et édifiant, sur les EPI à venir …

 

Qu’est-ce que la « Classe Cape » ?

 

 La « Classe Cape » est une Classe A Projet Expérimental. Cette classe repose sur un travail interdisciplinaire, et une approche plus concrète, plus pratique des apprentissages. Le projet tend aussi à travailler sur l’ambiance et la dynamique de classe, encouragées ici par une identité de classe forte, construite par les élèves (devise, blason, hymne…),  par de nombreux repères et rituels (une salle aménagée en ilots, le quart d’heure culturel, des heures de vie de classe supplémentaires…), et par la mise en valeur des centres d’intérêt et de compétence de chacun (le quart d’heure culturel notamment).

 

Pourquoi et comment ce projet est-il né ?

 

Le projet est né des constats menés par les enseignants au cours de leur expérience en REP/APV et s’est parfaitement intégré au projet d’établissement, soucieux d’anticiper la réforme du collège 2016 et d’accompagner au mieux tous nos élèves. Nous souhaitions proposer sinon des solutions, au moins des hypothèses de travail, avec plusieurs objectifs.

 

D’abord redonner du sens aux apprentissages, de la motivation : les travaux réguliers en groupes, les ateliers pratiques, la production concrète de fin d’atelier nous semblent des pistes intéressantes pour mobiliser les élèves, les stimuler en permettant à chacun de trouver sa place dans le groupe, et de progresser à son rythme.

 

Aussi améliorer la coordination des savoirs, et des enseignants : chaque projet rassemble 4 disciplines, et se construit entre enseignants lors des heures de concertation. Cette convergence des apprentissages et la nécessité pour les enseignants de travailler ensemble apporte une meilleure cohérence, tant sur les contenus que sur les pratiques pédagogiques.

 

Ensuite améliorer le suivi des élèves : les heures de concertation régulières sont aussi l’occasion d’évoquer les élèves effacés et/ou en difficulté, et permettent de réagir très rapidement avant que les élèves ne décrochent ou perdent confiance.

 

Enfin impliquer les parents dans les apprentissages : chaque production d’atelier est présentée aux parents en soirée, autour d’un buffet. Les parents ne viennent plus seulement pour les bulletins, la peur au ventre ; ils viennent désormais au collège pour écouter leurs enfants, apprendre d’eux, et partager un moment convivial avec l’ensemble du personnel.

 

Concrètement, comment s’organise-t-il dans la semaine et dans l’année ?

 

L’année se découpe en 5 périodes, de vacances à vacances. Un projet est mené par période, pour une durée de 6 semaines. Sur la semaine, les élèves ont deux heures d’ateliers. Ces ateliers sont coanimés. Ils visent à travailler non seulement des notions des programmes communes à différentes matières, mais aussi des compétences transdisciplinaires. Ils alternent : une semaine, un atelier, 2 enseignants ; la deuxième semaine, un atelier avec les 2 autres matières concernées par le projet. Tous les ateliers mènent à la même production concrète, collective ou individuelle, qui sera présentée aux parents en début de période suivante.

 

Enfin, les élèves proposent des sujets qu’ils souhaitent exposer aux autres élèves : c’est le quart d’heure culturel. Ils s’inscrivent librement sur une liste. Les enseignants choisissent les exposés qui se dérouleront dans leurs cours (sans lien nécessaire avec leur discipline). La CPE est présente lors de ces présentations puisqu’elle supervise ce dispositif.

 

Pouvez-vous nous éclairer sur le contenu des 5 périodes que vous avez définies ?

 

Les grands axes des projets ont été construits dès l’année dernière dans un souci d’efficacité et de cohérence. Cependant, les concertations de préparation nous permettent d’affiner et de préciser le contenu et les dispositifs avant chaque période. C’est la raison pour laquelle les premiers projets sont plus détaillés que les suivants, encore en cours de construction.

 

Le projet 1 est mené de la rentrée aux vacances de la Toussaint sur le thème : « Devenir collégien ». Il s’agit d’aider l’élève à découvrir son environnement et le retranscrire (croquis, schéma, texte descriptif…), à s’approprier son rôle de collégien, de le rendre capable de présenter le collège et la classe CAPE aux parents d’élèves. La réalisation finale attendue est une brochure de présentation, un diaporama et l’organisation logistique d'une rencontre avec les parents. Pour faire vivre la classe, les élèves sont aussi invités à créer un blason de la classe, un hymne, une devise. Plusieurs disciplines sont sollicitées : un petit appui en Mathématiques pour l’organisation pratique de la soirée ; SVT et Histoire-Géographie pour la découverte de l’environnement du collège (infrastructures, transports, éléments naturels) ; Technologie et Français pour la réalisation d’interviews filmées du personnel de l’établissement, la conception et l’organisation de la rencontre avec les parents, de la brochure papier de présentation du collège, et du diaporama d’explication sur la classe CAPE.

 

Le projet 2 se déroule des vacances de la Toussaint aux vacances de Noël sur le thème : « Vive le bord de mer ! ». Le but, c’est de découvrir les spécificités d’une région Française, la Bretagne, et de préparer le voyage du projet 4. La réalisation finale sera une carte géante de la Bretagne comportant les éléments identifiés (historiques, culturels, géographiques, physiques, …). Géographie, Technologie, Français, Anglais et Vie Scolaire participent à cette période.

 

Le projet 3 conduira des vacances de Noël aux vacances d'hiver sur le thème : « Mon corps en questions ». Les objectifs sont de découvrir son corps et de l’appréhender, d’assimiler les principes de santé et d’hygiène. La réalisation finale sera un jeu de société portant sur les questions d’hygiène, d’anatomie, de bobologie, de nutrition… Les disciplines sollicitées sont EPS et Infirmerie (comprendre le fonctionnement du corps, protéger sa santé, …) ainsi que Musique et Vie Scolaire (maîtriser sa voix, soigner les « bobos », être attentif à sa posture...).

 

Le projet 4, envisagé des vacances d'hiver aux vacances de Pâques, s’intitule  « A nous la Bretagne ! » EPS, Musique, Français, CDI seront concernées pour amener à réaliser un livret de souvenirs du voyage (croquis, plans, photos, textes…) et un recueil de contes « bretons »

Le projet 5, depuis les vacances de Pâques jusqu’aux grandes vacances, portera sur « Notre civilisation ». Toutes les disciplines devraient être sollicitées pour amener à cerner les caractéristiques d’une civilisation en créant une civilisation « CAPE » !

 

Le projet repose sur la collaboration d’enseignants de plusieurs disciplines : comment la concertation est-elle organisée ? quels vous semblent les intérêts de cette interdisciplinarité ?

 

Le projet s’est construit au cours du semestre de printemps 2015, avec les différents partenaires concernés. Depuis la rentrée, les enseignants impliqués dans un projet se réunissent une heure toutes les deux semaines, souvent en compagnie de la CPE, de l’infirmière, et du coordinateur RRS. D’autres moments de travail s’organisent informellement entre les acteurs du projet pour construire les documents pédagogiques et affiner les contenus d’apprentissage. A chaque fin de période, une réunion de 2h est organisée pour construire le projet suivant.

 

L’interdisciplinarité et la co-animation permettent une cohérence accrue des enseignements et des pratiques pédagogiques, grâce aux échanges réguliers entre pairs, et un suivi des élèves plus efficace. Ce mode de travail semble porter ses fruits auprès des élèves : les applications pratiques des apprentissages et le croisement des disciplines permettent de redonner du sens à l’école et au savoir, garantissant ainsi une motivation et un investissement significatif des élèves.

 

Le projet est lancé depuis la rentrée 2015 : quels en sont les premiers échos ou résultats perceptibles ?

 

Le projet est encore trop nouveau pour en tirer de réelles conclusions. Cependant, l’équipe pédagogique observe une excellente dynamique de classe, et une autonomie étonnante pour une classe de 6ème. Les élèves sont très investis dans les ateliers, et dans les cours plus traditionnels, ils font preuve d’une grande bienveillance les uns avec les autres, et semblent soucieux de s’entraider.

 

Grâce au projet 1, les acquis sur la maîtrise des TICE sont importants : ils sont quasiment tous en mesure de créer un diaporama de présentation ; ce qu’ils font volontiers lors du quart d’heure culturel.

 

Les parents paraissent eux aussi enthousiastes, et particulièrement fiers de venir écouter leurs enfants lors des réunions de fin de projet, et peuvent ainsi suivre pas à pas leurs progrès. Pour les enseignants, l’expérience est très enrichissante, mais se montre très chronophage. Le travail collectif et individuel est important, et nous avons tous dû modifier nos habitudes de travail.

 

Un tel dispositif préfigure les EPI du collège 2016 : des difficultés sont-elles apparues ? quels conseils donneriez-vous pour que se passe au mieux la future aventure des EPI ?

 

Les difficultés ont été principalement concentrées sur des questions pratiques et organisationnelles : emploi du temps, salles … Le travail interdisciplinaire paraît riche et porteur, mais il est nécessaire d’aménager des temps réguliers de concertation pour construire des contenus et des dispositifs adaptés et pertinents. Sans temps de concertation, il me semble difficile de travailler réellement collectivement.

 

Enfin, il nous a fallu faire preuve de beaucoup de flexibilité : les ajustements sont constants, et les projets évoluent sans cesse. L’équipe enseignante et éducative doit pouvoir s’adapter facilement et rapidement.

 

Propos recueillis Jean-Michel Le Baut

 

Par fjarraud , le lundi 07 décembre 2015.

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