Les élèves français ont besoin d'encouragements 

Si les collégiens français se sentent globalement bien dans leur classe, s'ils aiment apprendre, s'ils sont contents de leur professeur, ils tremblent devant les évaluations et même devant les rencontres enseignant - parents. L'enquête sur "le bien être des élèves à  l'école et au collège" souligne les points faibles déjà connus du système éducatif français : le manque de soutien des élèves et une gestion des erreurs qui les transforment en fautes. Agnès Florin analyse cette étude.

 

 Que sait-on de ce que ressentent les élèves en France ? Pas grand chose. Jusque là peu d'études, en dehors de la question du harcèlement, ont été menées et c'est vers des enquêtes internationales, comme Pisa, qu'il fallait se tourner. D'où l'intéret du travail de Philippe Guimard, Fabien Bacro, Séverine Ferrière, Agnès Florin, Tiphaine Gaudonville, du CREN, et Hué Thanh Ngo, Université du Vietnam, sur "le bien être des élèves à l'école et au collège", dévoilée dans le dernier numéro d'Education & formations (n°88-89).

 

85% des élèves contents d'apprendre

 

Portant sur un millier d'élèves du public et du privé de la région nantaise, moitié école, moitié collège, il apporte des informations nouvelles sur une question souvent minorée en France. Or on sait que " le bien-être des élèves à l’école est une variable importante à considérer, non seulement parce qu’elle est liée à d’autres variables caractérisant leur adaptation sociale,  mais également parce qu’elle renvoie à des préoccupations éducatives globales visant le devenir de la personne, son épanouissement, ses relations sociales et sa qualité de vie". Le bien être impacte les résultats scolaires mais aussi l'adaptation scoiale. Jusque là on savait juste, à travers Pisa 2012, que les élèves français sont plus nombreux que les autres à considérer l'école comme une perte de temps (ils étaient 7% en 2003 et 11% en 2012) et qu'ils manquent davantage de confiance en eux.

 

Ce que montre l'étude du Cren, c'est que 85% des collégiens et écoliers sont contents d'apprendre des choses nouvelles à l'école, 78% sont contents de leur professeur, 71% se jugent bien appréciés par leurs camarades, 13% ont peur à l'école ou au collège et 66% ont peur d'avoir de mauvaises notes. 

 

Mais 75% ont peur de la note

 

Ces moyennes générales cachent trois phénomènes. Le premier c'est la peur des camarades qui reste prégnante à l'école et diminue au collège. 59% des écoliers ont peur de se faire voler des affaires à l'école (48% au collège). 15% des écoliers ont peur à l'école (10% au collège). 28% des écoliers ont peur de se faire taper à l'école (17% des collégiens). Globalement les relations entre jeunes ont bonnes, 74% des écoliers disent avoir "beaucoup de copains", 84% des collégiens. Il reste quand même une petite minorité qui souffre.

 

Les données sont bien différentes quand il s'agit de la dimension pédagogique. 69% des élèves estiment que les professeurs les aident assez : c'est 77% des écoliers mais seulement 59% des collégiens. Seulement 50% des élèves déclarent que leur enseignant les félicite (43% des collégiens). 69% des collégiens demandent que les professeurs expliquent davantage (48% des écoliers). Si 77% des écoliers déclarent que le professeur sait les intéresser, c'est  seulement le cas de 55% des collégiens. 60% d'entre eux déclarent que le professeur a du mal à faire respecter les règles de la classe (contre 27% des écoliers). 68% des collégiens ont peur d'avoir un mot du professeur mis dans le cahier de liaison (61% des écoliers), 64% craignent les échanges entre leur professeur et leurs parents (50% des écoliers) et 75% ont peur d'avoir une mauvaise note (60% des écoliers). 57 % des élèves pensent qu’ils travaillent trop à l’école/au collège. Ils sont 59 % à affirmer qu’ils ont trop de devoirs à faire à la maison et près de 62 % à ne pas apprécier les évaluations.

 

La nécessité d'une école bienveillante

 

"Les analyses descriptives montrent que les élèves et les collégiens sont plutôt satisfaits de certains aspects de leur vie scolaire, et notamment des relations paritaires, de leur classe, des relations avec leurs enseignants", notent les auteurs. "Majoritairement, ils se sentent en sécurité, même si ce sentiment est relativement instable, et ils sont contents d’aller à l’école et d’apprendre des choses nouvelles. Mais les évaluations que font les élèves et les collégiens renvoient, pour nombre d’entre elles, aux aspects négatifs du système scolaire français souvent critiqués ou mis en évidence dans les comparaisons internationales : mesures de remédiations aux difficultés scolaires vécues comme stigmatisantes, manque d’encouragements de la part des enseignants, peur des évaluations négatives, sentiment d’insécurité. La fréquence de ces difficultés est suffisamment élevée pour ne pouvoir être imputée aux seules caractéristiques individuelles des enfants : elle interroge la pédagogie, d’autant que le mal-être des élèves a des incidences sur les résultats académiques".

 

C'est donc clairement sur la nécessité d'une école plus bienveillante que conclue cette étude. "Nos résultats montrent que bien du chemin reste à faire pour que les élèves, en France, soient mieux accompagnés en classe lorsqu’ils rencontrent des difficultés, plutôt qu’être placés dans des dispositifs de remédiation, pour qu’ils bénéficient d’évaluations formatives plutôt que d’évaluations sanctions qui les découragent, et pour qu’on valorise leurs compétences plutôt que de se focaliser sur leurs manques ou leurs erreurs, ce qui a pour effet de dégrader leur estime de soi et leur espérance de réussite, avec des conséquences négatives sur la suite de leur trajectoire scolaire".

 

François Jarraud

 

Extrait de Education & formations n°88-89

 

Le rapport complet

 

 

              
Par fjarraud , le lundi 14 décembre 2015.

Commentaires

  • maria1958, le 14/12/2015 à 11:08
    Info inhabituelle, par rapport au bruit de fond selon lequel l'insécurité et la violence entre élèves relèveraient du collège: la peur de se faire voler des affaires ou taper par des camarades est en fait plus élevée à l'école ? ?

    Par ailleurs, que les collégiens craignent davantage le "mot dans le carnet" et même tout échange entre leurs profs et leurs parents est en grande partie un phénomène lié à l'âge, les considérations hors sol sur le caractère bienveillant ou pas de la notation auraient tort d'oublier ce détail...

     Les ados de collège (et même de lycée…) n'aiment pas du tout que les adultes échangent des informations entre eux sur leur travail ou leur comportement scolaire, que ce soient les profs entre eux ou les profs et les parents.
    "Plus il y a moins" d'échanges d'information, plus il y a d'interstices dans le dispositif de tutelle, autant de failles que les ados mettent à profit pour se ménager un espace d'autonomie, entre pairs et loin du regard des adultes. Bien des parents vivent l'entrée en 6e de leur enfant comme une perte du contrôle qu'ils pouvaient exercer à l'époque du primaire, quand leur enfant y voit l'accès à plus de liberté. C'est là une tension à laquelle il est difficile d'échapper !
  • Viviane Micaud, le 14/12/2015 à 09:33
    Les infos les plus intéressantes me semblent celles-ci : "Les données sont bien différentes quand il s'agit de la dimension pédagogique. 69% des élèves estiment que les professeurs les aident assez : c'est 77% des écoliers mais seulement 59% des collégiens. Seulement 50% des élèves déclarent que leur enseignant les félicite (43% des collégiens).
    41% des collégiens n'ont pas l'aide nécessaire quand ils se retrouvent en difficulté. Les élèves pensent n'avoir pas assez d'encouragement des enseignants.

    Pour le premier point, le diagnostic est connu depuis longtemps. Les enseignants n'ont aujourd'hui, ni le temps, ni la formation adéquate pour faire les programmes et aider les élèves qui sont en difficulté dans les apprentissages. Cela s'explique principalement par la forme des contrôles, basée sur des décisions dogmatiques, qui met en échec tous les enfants qui ont des difficultés d'expression, y compris dans les matières scientifiques, y compris quand les enfants qui ont acquis les concepts de la matière.
    Par ailleurs, je n'ai jamais compris pourquoi on a supprimé les "bons points" en primaire. Autrement fois, la note permettait de se situer sur un niveau d'acquis, le bon point récompensait l'effort et le comportement en société. Le bon point donnait une reconnaissance immédiate. 

    Je rappelle que l'élève qui fait des efforts scolaires est traité d'intellos et de bouffons. Ce qui pourrait expliquer le comportement des enseignants. Une trop grande mise en avant d'un élève peut entraîner une mise à l'écart du groupe.

    Je n'ai pas compris l'argumentaire qui permet d'arriver à la conclusion. Les recherches internationales montrent que la remédiation en petit groupe pour une partie de l'horaire peut être une méthode plus efficace pour ceux qui sont totalement coulés. L'inclusion "vision intégriste" est contre-productive et conduit à la cristallisation de la grande difficulté.

    La fixette sur la "bienveillance" a été contreproductive. Le problème de fond est que des élèves se trouvent à partir de la 4ème devant des devoirs infaisables quels que soient les efforts et les profs n'ont pas les moyens de les aider à réussir et ils ont interdiction de l'exprimer. Cela crée un climat d'hypocrisie dont tout le monde souffre et rend impossible de réfléchir ensemble pour trouver une solution. 
    Les nouveaux programmes et le nouveau système d'évaluation de #collège2016 devrait aider à faire progresser les élèves, surtout si on garde une attention pour faire progresser les élèves qui ont le plus de facilités en gardant la note. (Je rappelle qu'aucun pays ne l'a supprimé au niveau collège. Il y a bien une raison intrinsèque qui faudrait arrêter de nier).
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