Philippe Tournier : Les chefs d'établissement face au "débrouillez-vous"... 

Bac, réforme territoriale, réforme du collège... Que fait un responsable syndical en plein conseil syndical ? Il tweete. Les tweets péremptoires de Philippe Tournier, secrétaire général du Snpden, le principal syndicat des personnels de direction, ont attiré notre attention. Ils ont aussi éveillé le désir d'en savoir plus sur les revendications du Snpden.

 

Vous avez manifesté votre "inquiétude" face au chantier de la réforme territoriale. Vous craignez quoi ?

 

 Avec le choix qui a été fait de maintenir les rectorats on arrive à une organisation byzantine avec des recteurs têtes de groupe et des recteurs simples. Autrement dit on a créé une situation de conflits de territoire. On doute fort de l'efficacité de cette organisation.

 

Vous craignez que les nouveaux rectorats ne tiennent pas face à la puissance des nouveaux présidents de conseil régional ?

 

L'Education nationale risque de ne pas être renforcée face à ces régions agrandies. Mais cela a-t-il du sens de changer l'organisation de l'éducation nationale à chaque fois que l'on change le découpage régional en construisant un contre pouvoir face au pouvoir régional ? Veut-on en venir à un état fédéral et donner les compétences éducatives aux régions ? Finalement on dépense beaucoup d'énergie à ce que ces autorités se neutralisent.

 

Vous dites que les personnels de direction sont trop souvent mis en accusation avec la réforme du collège. Que voulez vous dire ?

 

On soutient la réforme du collège. Mais on s'interroge sur la démarche du changement choisie par le ministère. Le ministère  a publié une circulaire très prescriptive pour finalement passer au "débrouillez vous" avec de fortes différences d'une région à l'autre. Certains Dasen menacent de vérifier tous les emplois du temps pour être certains que les élèves n'auront pas plus de 26 heures de cours par semaine. On leur souhaite bon courage... D'autres invitent à faire au mieux. Et on se retrouve pris entre le marteau et l'enclume...

 

L'enclume c'est qui ?

 

C'est la réaction des enseignants qui refusent la réforme surtout pour des raisons de malaise identitaire professionnel.

 

A plusieurs reprises vous avez attaqué le bac appelant à distinguer le certificat de fin d'études secondaires de l'examen d'entrée  en université. Vous souhaitez la suppression du bac ?

 

De fait si on supprimait le bac on ne changerait rien au fonctionnement du système éducatif. On se demande donc à quoi il  sert.  On note qu'à part les TPE aucune épreuve ne prépare à l'entrée en université ce qui n'est pas sans rapport avec l'échec de nombreux bacheliers dans le supérieur. Quel sens a aujourd'hui cet examen ?

 

Quel effet a-t-il sur le lycée aujourd'hui ?

 

Les élèves calquent leur comportement sur le bac en bachotant tout le troisième trimestre.  Le bac incite plus au bachotage qu'à l'élévation des esprits. Mais au final on peut réussir le bac L sans avoir jamais fait de dissertation ou le bac S en étant nul en sciences...

 

Vous attaquez aussi la différenciation des parcours dans le secondaire...

 

On est dans une école inclusive selon le discours officiel mais il y a bien un moment où les parcours doivent se différencier. Si l'école ne l'assume pas c'est la société au final qui fait la différenciation. Aujourd'hui l'école est inclusive jusqu'en 3ème et nous posons la question des bases de la différenciation. Pour nous la différenciation doit être explicite alors que les choix d'orientation sont de plus en plus polarisés socialement. La différenciation devrait obéir à des critères objectifs ce qui n'est pas le cas puisqu'on voit que le principal critère réel aujourd'hui c'est l'origine sociale de l'élève.  C'est pourquoi on demande que l'école inclusive s'arrête en fin de 4ème et qu'il y ait un cycle de différenciation regroupant la 3ème et la seconde.

 

Le conseil syndical a des revendications de carrière ?

 

Il y a une forte mauvaise humeur par rapport aux réponse du ministère sur des points de carrière. IL y a la question de l'accès au grade B3 (un nouveau grade situé après la hors classe qui permet d'étendre la carrière NDLR). Il y a la demande de fusion des 1ère et 2de classe. Il y a aussi la demande d'une indemnité d'accueil pour les chefs d'établissement qui accueillent un adjoint débutant. Sur tous ces points on se heurte à l'immobilisme.

 

Propos recueillis par François Jarraud

 

 

 

Par fjarraud , le jeudi 17 mars 2016.

Commentaires

  • kiddy, le 17/03/2016 à 09:35
    "C'est la réaction des enseignants qui refusent la réforme surtout pour des raisons de malaise identitaire professionnel."

    mauvaise foi?ignorance?stupidité?

    manifestement cette personne ferait bien de parler un peu plus aux professeur, "les contres" le sont pour tout un tas de raisons qui n'ont rien à voir avec un malaise identitaire, d'ailleurs le Québec vient de se rendre compte que leur réforme (très proche de la notre) est inefficace mais non, nos crétins de dirigeants s'enfoncent...On en reparle dans 4/5 ans Phil, je vois déjà tes excuses pour justifier le désastre de la réforme "c'est de la faute des profs qui n'ont pas compris"
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