Semaine contre le racisme : De l'amour ou des connaissances ? 

"Notre message est un message d'amour, d'humanisme car dans les périodes de crise on ne s'en sort que par plus d'humanisme". Ouvrant la Semaine de lutte contre le racisme et l'antisémitisme le 21 mars, la ministre de l'éducation nationale a envoyé cet appel au vivre ensemble avant de laisser la place au président de la République. Un invité à la hauteur des enjeux. Mais l'Etat fait -il réellement ce qu'il peut ?

 

L'école fonctionne

 

C'est le Musée de l'immigration que la ministre avait choisi pour ouvrir la semaine contre le racisme et l'antisémitisme. Un bon choix car le musée, sous la houlette de Benjamin Stora, a construit un programme très important que le Café pédagogique a déjà présenté. Ouvrant l'événement? Benjamin Stora rapprochera deux chiffres : 80% des jeunes issus de l'immigration coloniale se sentent français mais 70% ont le sentiment de ne pas être vus comme tels. Pour lui cela veut dire que "l'école fonctionne" mais que les stéréotypes sont toujours là.

 

Un symbole en sens contraire était offert par la présence de Michaëlle Jean. Secrétaire générale de la Francophonie, M Jean a été gouverneure du Canada. Elle est issue de l'immigration haïtienne. Elle présente un clip vidéo "Libres ensemble"  déjà vu par un million d'internautes dans 80 pays.

 

All you need is love

 

C'est le thème de l'universel que va développer N Vallaud Belkacem. "l'Ecole est née de l'universalité" dit-elle "et doit être un atelier d'humanité". La ministre évoque les victimes du racisme au sens large : "Rien de plus insupportable pour la ministre de l'éducation nationale de voir des vies d'élèves se fracasser contre le mur des discriminations", dit-elle , évoquant les quartiers relégués, les familles juives retirant leur enfant de l'école publique, les pressions sur les jeunes filles, les homosexuels cachés, les handicapés victimes de rejet.

 

"Il est urgent d'agir pour rebatir les digues démocratiques emportées par les forces obscurantistes", dit-elle. La seule réponse c'est plus de valeurs, plus de République. La lumière est toujours venue de l'humanisme". Un peu plus tard, la ministre expliquera que quand on a intériorisé les préjugés "on est à la fois victime et auteur du racisme.. Notre message est un message d'amour, d'humanisme car dans les périodes de crise on ne s'en sort que par plus d'humanisme. "

 

F Hollande arrive en  invité surprise pour dire que "c'est un beau message de dire qu'on demande à s'aimer" et affirmer que "la lutte contre le racisme c'est tous les jours".

 

Une campagne télévisée

 

Le président annonce une campagne de spots télévisé jusqu'au 10 avril ciblés sur des propos racistes, antisémites et anti-musulmans. "Le gouvernement veut faire prendre conscience de l'impact es mots que l'on peut entendre sans toujours réagir". De son coté, le ministère de l'éducation nationale va lancer une campagne d'affiches conçue avec la Licra. Un site spécifique est sur Canopé. Il est peu fourni mais peut être complété par celui sur les valeurs de la République, plus général mais plus complet.

 

Pour une école fortement ségrégative et ethniquement ségrégative, c'est peu. Interrogée par le Café pédagogique, la ministre répond "qu'une des meilleures façons de rendre audible les valeurs que l'on tente de transmettre à l'école c'est de veiller à les faire vivre au quotidien.. Cela nécessite une politique publique ambitieuse pas facile à faire mais indispensable. C'est ce sur quoi on travaille".


 

Passer de l'universel au réel

 

Mais laissons à Benjamin Stora, interrogé par le Café pédagogique, le mot de la fin. Pour cet excellent historien des relations judéo musulmanes et de l'histoire de l'Algérie coloniale, "l'Education nationale fait ce qu'elle peut mais il y a beaucoup à faire en particulier l'histoire de l'immigration qui a une part trop petite dans les programmes. Il y a un besoin de sens dans l'Education nationale notamment vis à vis du nouveau public scolaire  et des questions sur l'islam".

 

B Stora analyse les discours de la journée. "On a raison de faire le choix de l'universalisme. Mais à mon ses il faut davantage cibler sur les questions d'aujourd'hui , notamment le monde arabe,  l'islam, les rapports avec le sud pour lesquels il y a une grande méconnaissance. On est en train de le faire pour répondre à un public scolaire abreuvé de récits familiaux. Mais passer de la mémoire à l'histoire c'est compliqué."

 

François Jarraud

 

Le site de la Semaine

Sur Eduscol

Le site Libres ensemble

Le site Canopé de la semaine

Histoire des relations entre juifs et musulmans (B Stora)

 

 

 

Par fjarraud , le mardi 22 mars 2016.

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