Georges Felouzis : Face aux inégalités il faut une autre politique 

Coordinateur du numéro de la Revue française de pédagogie consacré aux descendants d'immigrés à l'école, Georges Félouzis élargit la réflexion. Pour lui, il faut en finir avec l'omerta en ce qui concerne les statistiques ethniques. Il appelle aussi à une autre politique que celle de l'éducation prioritaire.

 

Peut on dire que ce numéro de la Revue française de pédagogie, qui vous donne une aussi large place, est historique ?

 

 Oui et non. Il n'est pas étonnant car la question des descendants d'immigrés travaille dans la société française et son école. On sait que les inégalités sont très fortes en ce qui les concerne et que la Revue s'intéresse aux questions actuelles. Il est donc normal qu'elle s'empare de cette question.

 

Mais il est vrai que quand on a proposé ce numéro on a hésité entre deux questions, celle des descendants d'immigrés et celle des inégalités ethniques. On a plutôt choisi de traiter les descendants d'immigrés car la question ethnique n'est pas vraiment dans la ligne éditoriale de la RFP. On a traité cette question de façon à ne pas susciter de polémique. On s'est centré sur l'objectif de faire le point de la question.

 

La France est vraiment mal située ne terme d'inégalités envers les descendants d'immigrés ?

 

On propose dans la revue des articles sur des comparaisons internationales. Mais notre objectif n'est pas de classer mais de comparer. Par exemple, l'article de Mathieu Ichou montre la nature de l'immigration en France et en Grande Bretagne est différente. Et cela explique bien des choses. La comparaison avec l'Allemagne, faite par Ingrid Tucci, montre que l'Allemagne avec une orientation plus précoce, est finalement moins discriminante.

 

Faut -il en finir avec la querelle des statistiques ethniques ?

 

C'est bien une querelle et non un débat, où on voit les mêmes acteurs échanger les mêmes arguments depuis au moins 15 ans...  La vraie question n'est pas de savoir s'il faut ou pas des statistiques ethniques mais comment procéder pour répondre aux questions sociales. Il faut privilégier ce que produisent les chercheurs et leur méthodologie.

 

L'école française est marquée par de fortes inégalités aux dépens des descendants d'immigrés. Que devrait faire le ministère ?

 

La position du chercheur est plus facile que celle du ministre... On essaye dans la revue de donner des pistes pour expliquer pourquoi ces inégalités se sont autant accentuées. Et on arrive à une idée qui n'est pas neuve. Sous couvert d'égalité, en fait on ne donne pas le même enseignement à tous. La qualité de l'éducation données aux jeunes issus de l'immigration et aux enfants défavorisés en général n'est pas la même que celle donnée aux autres enfants. On donne moins à ceux qui ont moins. La réponse c'est la mixité sociale comme l'a bien montré la conférence de consensus du Cnesco. Et là on ne se situe pas seulement au niveau des valeurs mais aussi au niveau des parcours de vie de ces jeunes.

 

Le ministère expérimente  des secteurs multi collège, a une politique prioritaire. Est-ce suffisant ?

 

C'est difficile à dire car c'est très compliqué de faire cela.  Mais si l'objectif de dire que la ségrégation nuit à toute la société et qu'il faut plus de mixité sociale alors il faut aller au delà des politiques exploratoires. Notamment les politiques de discrimination positive, comme les REP, ont tendance à entériner l'idée de la ségrégation.  Et on voit qu'elles ne fonctionnent pas. Il faut donc réfléchir à une autre politique à mettre en place.

 

Propos recueillis par François Jarraud

 

Revue française de pédagogie : le sommaire

Félouzis sur les inégalités scolaires

 

 

 

Par fjarraud , le mercredi 13 avril 2016.

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