Frédéric Sève (Sgen Cfdt) : Gardons confiance dans le service public d'éducation 

Quatrième organisation syndicale de l'Education nationale, le Sgen Cfdt tient son congrès national du 23 au 25 mai à Aix-les-Bains. Frédéric Sève, secrétaire général depuis mai 2012, fait le point sur le programme de son syndicat pour les quatre années à venir. Il évoque aussi la refondation et le quinquennat Hollande. Pour lui, si " un virage salutaire a été pris", beaucoup reste à faire...

                              

Le Sgen est un des rares syndicats à être clairement pour des établissements du 1er degré. Pourquoi ?

 

 Parce que c'est la seule façon de faire redescendre vers l'école des compétences qui sont exercées loin d'elle. On l'a vu par exemple dans les discussions sur les rythmes scolaires ou les PEDT. L'école n'est jamais en capacité d'avoir la parole. C'est toujours la mairie et l'inspection académique qui discutent et contractualisent. Avoir un établissement c'est une façon de donner une personnalité juridique à l'école et de la rendre acteur.

 

Est ce possible ?  De nombreuses écoles sont très petites...

 

Il peut y avoir plusieurs modèles d'établissement. Les choses sont évidemment très différentes entre les petites écoles rurales dispersées et les grosses écoles d'agglomération. Mais il faut se dire qu'il doit y avoir une capacité de décision de l'école à un niveau à déterminer. Elle doit pouvoir décider elle-même. Cela permettra aux enseignants de faire valoir leur point de vue.

 

La résolution programme présentée au congrès n'aborde pas le collège. Pourquoi ?

 

On a des questions sur les personnels du 2d degré. Mais la résolution veut fixer les priorités pour les 4 ans à venir. Or on ne va pas demander une nouvelle réforme du collège dans les 4 années à venir. Il nous parait plus urgent de demander une réforme du lycée qui est encore bloqué dans la réforme Chatel ou la réforme Darcos pour le lycée professionnel.

 

Pour le collège, on peut obtenir des aménagements dans le cadre de la réforme actuelle.  On peut demander des IMP distribuées plus généreusement ou une réforme de l'accompagnement personnalisé en en changeant l'organisation. On peut avancer dans le cadre existant.

 

Les militants du Sgen sont en accord avec la réforme du collège ?

 

C'est difficile à dire quand on voit les pesanteurs hiérarchiques qu'il peut y avoir. On peut faire mieux dans le cadre de la réforme. Mais ça ne sert à rien de demander une nouvelle réforme. Commençons par épuiser celle-ci.

 

Vous mettez l'accent sur le lycée et demandez un lycée "modulaire". C'est à dire ?

 

Pour nous modulaire veut dire casser les filières. C'est une revendication ancienne. On se dit que plutôt que de donner la priorité à une réforme architecturale du lycée, essayons de modulariser le bac en donnant des marges de manoeuvre au lycée. L'idée c'est de passer un bac qui ne soit pas déterminé par une filière mais qui soit le point de passage d'un parcours d'orientation. L'élève a un projet vers le supérieur et on construit un bac en fonction de cela pour qu'il acquiére les compétences et la culture liées à ce projet. Le bac ne doit plus être une barrière mais un passage.

 

C'est le bac à l'anglo saxonne, choisi par le jeune ?

 

Il y aura beaucoup de choses à déterminer sur le parcours ou la forme de l'examen. Mais la stratégie c'est de transformer le bac pour changer le lycée.

 

Dans le système actuel on a des filières qui sont plus hiérarchisées que différenciées. Il y a presque toutes les disciplines dans tous les bacs. C'est quelque chose que vous voulez remettre en question ?

 

Pas nécessairement. On est favorable à un tronc commun. Mais plusieurs disciplines peuvent contribuer à un bloc de compétences. Ce qu'il faut travailler c'est l'articulation entre disciplines, compétences et cursus. Ce qui nous gêne dans les filières c'est qu'elles pré supposent un profil d'élèves. Or les élèves ne correspondant jamais aux profils imaginés. C'est aussi une façon de dire que la frontière lycée supérieur n'a plus grand sens. La diversification des parcours a lieu en fin de collège. Il faut que le bac redevienne un objet partagé entre le lycée et le supérieur.

 

A propos des personnels, un point important de la résolution ?

 

Il y en aurait plusieurs. Mais en voici un. Il faut préparer les fins de carrière dix ans avant la fin de carrière. On doit pouvoir moduler le temps devant élèves selon l'âge de l'enseignant et se donner la possibilité de gérer ces fins de carrière. On peut être fatigué du face à face devant élèves. Or aujourd'hui rien n'est possible dans ce cas de figure. On attend que les gens soient épuisés avant d'agir. Or dans le même temps on vient de définir le service des enseignants en disant qu'il ne se limite pas au face à face avec les élèves . Alors tirons en réellement les conséquences.

 

Vous avez été désigné secrétaire général au début de la refondation et vous l'avez accompagnée. Quel regard jetez vous sur elle ?

 

On a réussi à poser quelques masses de granit. Par exemple sur l'éducation prioritaire, les rythmes ou le collège. On a posé des bases mais on est loin d'avoir construit la maison. Il faudra 10 à 15 ans. Il ne faut pas croire que des textes réglementaires font une politique éducative. Il y a des acquis, notamment pour les personnels. Mais la fiche n'est pas complète et la politique doit entrer dans les faits.

 

Un virage salutaire a été pris sous ce quinquennat en matière de politique éducative. La réforme de l'éducation prioritaire est une bonne chose. Celle du collège contient des points qui nous semblent justes. La semaine de 5 matinées au primaire est plus ambivalente. Tant qu'on n'aura pas un service d'accueil coordonné à l'école on sera au milieu du gué. La lutte contre le décrochage, la réforme de la formation des enseignants sont aussi des points positifs. Mais là encore on est au milieu du gué avec un concours divisé en deux moments sans continuum.

 

Globalement, la course reste à terminer. Il y a encore beaucoup de travail devant nous. Et il faut piloter dans le même esprit ce qui n'a pas toujours été le cas sous Hollande.  

 

Par exemple on l'a vu pour le brevet. Les dispositions prises ne sont que partiellement inspirées par le même esprit que la réforme du socle commun ou du collège. Ce qui est positif dans le brevet c'est que la majeure partie des points est donnée  avec la validation du socle. Mais les épreuves vont peser sur les élèves qui en auront besoin c'est à dire les élèves les plus en difficulté. Ils devront affronter une sorte de mini bac. C'est une sottise. On a fait le socle et la réforme du collège mais on n'est pas allé au bout de leur logique.

 

J'ai l'impression que les militants du Sgen ont confiance dans l'institution ?

 

On a confiance dans le fait qu'on peut faire un collège unique, On pense qu'on peut atteindre les objectifs de l'école, d'un service public d'éducation soucieux d'égalité. En ce sens on a confiance dans le service public.

 

Par contre on a moins confiance dans le pilotage de l'institution, dans la façon dont on conçoit la hiérarchie et la gouvernance de l'école. Par exemple, on propose la création d'un conseil des parents dans les établissements du second degré. De même que les enseignants ont besoin de préparer entre professionnels les décisions de l'établissements avec le conseil pédagogique, de même que les élèves discutent entre eux avec le CVL, de même on pense qu'il serait intéressant de considérer les parents comme un collectif pour discuter des questions de la vie de l'établissement. Voilà un exemple de réforme de gouvernance avec l'établissement du 1er degré.

 

On pense aussi qu'il faut arrêter d'utiliser les cadres comme un échelon de caporalisation. Un cadre doit avoir trois loyautés : envers sa hiérarchie mais aussi envers le service public et envers son équipe. Cette notion de triple loyauté on y tient beaucoup. L'éducation ne doit pas se piloter comme la préfectorale. Or on est encore dans une logique régalienne. Le service public ce n'est pas  que le service de l'Etat.

 

On voit se profiler une alternance politique en 2017. Etes-vous inquiet ?

 

On est toujours inquiet. Je crains que l'on fasse de l'éducation un symbole politique et un sujet de clivage sans se soucier de la cohérence. Or on a des éléments de consensus sur l'Ecole. Malheureusement on préfère le clivage au risque de déstructurer les politiques éducatives.

 

Propos recueillis par François Jarraud

 

 

 

 

 

Par fjarraud , le lundi 23 mai 2016.

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