André Antibi : Le bac et la constante macabre 

Il est fréquent d’entendre dire : « le bac, ça ne veut plus rien dire », ou  « le bac, tout le monde l’a », ou encore « on fait cadeau le bac ». Une première réponse à ce type de réflexions, basée sur des faits indiscutables : ce n’est pas vrai, il y a de nombreux élèves qui ne sont pas reçus à cet examen, de l’ordre de 10 à 20% selon les séries ; il y a donc une certaine forme de mépris pour ces malheureux élèves lorsque l’on déclare qu’ils ne sont même pas capables d’obtenir un tel diplôme.

 

La constante macabre pour mieux comprendre la situation

 

 Rappelons d’abord en quoi consiste le phénomène (inconscient) de constante macabre, dont l’existence est reconnue par la plupart des partenaires du système éducatif français. Une évaluation n’est crédible que lorsqu’il y a un certain pourcentage d’élèves en situation d’échec, une constante macabre en quelque sorte. Ainsi par exemple, beaucoup d’enseignants pensent qu’une moyenne de classe de 10 sur 20 correspond à une situation normale. Or, avec une répartition de notes à peu près régulière, une telle situation signifie que la moitié des élèves environ ont plus de 10, et que l’autre moitié a moins de 10 et se trouve donc dans une situation d’échec.

 

Personnellement, il m’a fallu une vingtaine d’années d’enseignement pour me rendre compte que c’était absurde : je trouvais normal que ma mission d’enseignant était remplie correctement lorsqu’un élève sur deux environ était en échec, quel que soit son travail, les qualités pédagogiques de l’enseignant, le niveau de difficulté du programme de révision, le climat…Avec recul, une telle situation peut vraiment sembler aberrante, grotesque, et surtout injuste car de nombreux élèves se trouvent ainsi dans une situation d’échec artificiel, non mérité.

 

Pas de constante macabre au bac

 

Dans un tel contexte, le taux de réussite au bac peut sembler « anormal », « hors norme ». Il n’en est rien. En effet, le baccalauréat est un des rares exemples en France où la constante macabre n’existe pratiquement pas. Pour savoir dans quel état d’esprit sont élaborés les sujets de bac, le témoignage de Jacques Moisan, ancien doyen de l’inspection générale de mathématiques, est édifiant : « Il est normal qu’un élève qui a travaillé réussisse », « une évaluation n’est pas faite pour piéger ».

 

Ainsi, les questions à résoudre sont classiques, c'est-à-dire analogues à des questions traitées en classe ; cela permet à des élèves travailleurs d’obtenir des résultats convenables.

 

Il y a donc effectivement un décalage entre les évaluations réalisées en cours d’année scolaire et la conception du baccalauréat. Mais ce qui est anormal, ce n’est pas le bac, mais l’évaluation usuelle empreinte d’un « esprit constante macabre ».

 

En conclusion, je suis convaincu que le bac est un examen sérieux.

 

Pour les élitistes, amateurs d’un esprit de compétition, souvent sournois et inconscient, qu’ils soient rassurés. Les élèves, après le bac, devront le plus souvent être confrontés à des concours pour acquérir une qualification professionnelle, et pour entrer dans la vie active.

 

André Antibi

 

 

Par fjarraud , le mercredi 06 juillet 2016.

Commentaires

  • Guillaume35, le 06/07/2016 à 15:22
    Les interventions de Mr ANTIBI me font penser à cette phrase : l'enfer est pavé de bonnes intentions !

    Comment osez-vous dire qu'il y a une forme de mépris à l'égard des élèves qui n'ont pas ce diplôme ?

    Si je peux rejoindre Mr ANTIBI sur le fait qu'il est anormal d'avoir un décalage entre l'enseignement et l'évaluation, que le diplôme n'est pas la seule voie royale pour s'insérer professionnellement, il faut arrêter de croire que l'évaluation devrait permettre 100% de réussite mais plutôt de se poser ces questions : quel niveau d'exigences pose-t-on pour l'obtention du diplôme ? comment fait-on dans nos établissements pour emmener le maximum d'élèves vers le niveau attendu ?

    Oui, Mr Antibi, la sélection par l'évaluation est normale. Mais, combien de jeunes met-on sur le carreau parce qu'ils ont végété trois ans sur les bancs de la fac pour rien parce que pendant trois ans on leur donne le sentiment qu'ils ont le niveau puis à la fin de leur troisième de licence on leur dit qu'ils n'ont pas le niveau requis pour poursuivre en master ? Ca c'est la constante macabre que vous devriez dénoncer dans de nombreuses universités françaises !
  • pizzaratatouille, le 06/07/2016 à 14:39
    Merci pour ce précieux commentaire, vision hélas peu partagée au sein du personnel éducatif et même dans la société. 
    Il faudra encore du temps et une évolution des mentalités en France pour mettre fin à cette "constante macabre" à l'opposé de ce que devrait être une éducation qui permet d'avoir des individus épanouis, bien dans leur peau et qui ne vivent pas l'école et le savoir comme facteurs d'angoisse et d'échec.
  • cdivoux1, le 06/07/2016 à 09:33
    J'ai compris la constante macabre comme le besoin inconscient d'arriver un résultat moyen "normal" (normé).
    À une certaine époque, il semble qu'il fallait être assez sévère pour obtenir une moyenne de 10.
    Aujourd'hui j'observe dans les conseils de classes de collège que c'est plutôt 12.
    Au lycée j'ai pu voir des arrangements pour faire monter la moyenne de 1 à 2 points pour s'approcher des 12.
    Pour le bac, la constante macabre ne serait-elle sur le taux de passage plutôt que sur la moyenne ? Ces fameux 80% de réussite au bac : une constante macabre collective nationale ? Quel est le taux de réussite cette année ? : 79,6%.
    Tant mieux pour les élèves.

    Et M. Antibi clôt son article en muselant toute tentative de débat : si vous n'êtes pas d'accord, c'est que vous êtes élitistes, sournois, inconscients et même amateurs (entendez non professionnel). Dans une seule petite phrase.

    Etonnant !
  • mmoatti, le 06/07/2016 à 08:38
    Merci à M. Antibi de rappeler cet aspect un peu négligé de l'évaluation en fin de formation. 
    Que dire alors de la tentation de passer au "tout CCF" qui redonnera  vie à la constante macabre ? Si on économise quelques millions d'Euros en supprimant les épreuves finales du Bac, on risque alors de voir les résultats baisser d'une manière inquiétante.
    Dans l'enseignement professionnel, de nombreuses épreuves sont passées en CCF. Qu'en est-il de la constante macabre dans ces disciplines ?

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