Un EPI en live, des collégiens sur scène  

Les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires rendront-ils le collège 2016 plus harmonieux ? A Gerzat dans le Puy-de-Dôme, Catherine Briat, professeure de Lettres, et Lorette Champagnat, professeure d’éducation musicale, en ont fait l’expérience : une classe de 6ème et une classe de 4ème sont amenées à écrire des chansons, ensuite mises en musique par le chanteur Jules et interprétées sur scène avec lui. Des compétences d’expression écrite et de mise en voix sont conjointement travaillées. Le projet, motivant, crée des liens entre les élèves, mais aussi entre les deux classes, avec les professeures, les parents et les structures culturelles locales. « Chacun sentait bien que le projet était ambitieux, qu’il y avait une certaine forme de mise en danger, et que nous comptions tous les uns sur les autres. Le résultat a dépassé nos espérances. »

                                 

Comment le projet est-il né ?

 

Le projet Jules est né du partenariat entre la salle de spectacle le Sémaphore située à Cébazat dans le Puy-de-Dôme et le collège de Gerzat. Ce partenariat dure depuis plusieurs années déjà et permet au collège de recevoir une fois par an un artiste qui, pour un après-midi, donne un concert pour quelques classes privilégiées. Au mois de mai, l’idée qui nous a été proposée était de faire venir un artiste (Jules) dans le cadre d’un atelier d’écriture. Le projet était que deux classes écrivent avec l’artiste des chansons qui seraient ensuite mises en musique par le chanteur lui-même. Et nous devions nous en tenir là.

 

Mais ça n’a pas été le cas ?

 

Nous avons émis l’idée de que les élèves puissent aller chanter leurs textes sur la scène du Sémaphore, idée qui a tout de suite été acceptée par l’équipe de la salle de spectacle. Il restait à savoir si l’artiste lui-même accepterait que les élèves participent à son spectacle et ce fut le cas. Le concert devait avoir lieu le lundi 9 novembre 2015 à 20h30 ; il s’agissait du concert d’ouverture du festival « Sémaphore en chansons ». Il fallait donc qu’à cette date, les chansons soient écrites, travaillées, répétées et parfaitement maîtrisées. Il ne restait plus, à la rentrée, qu’à choisir les deux classes qui allaient participer au projet : une classe de 6ème et une classe de 4ème, car notre souhait était de mélanger à la fois des petits et des plus grands pour créer une dynamique au sein même du collège.

 

Comment avez-vous réalisé ce projet, concrètement ?

 

Le premier travail a été mené de mon côté, en français : il a consisté à définir les thèmes que les élèves souhaitaient aborder dans leurs chansons : les idées ont fusé et très vite un premier thème a émergé pour les sixièmes : celui des soi-disantes différences entre les filles et les garçons. Le sujet semblait devoir être traité de façon humoristique et promettait une chanson légère. Le second thème retenu était beaucoup plus sérieux : les sixièmes ont évoqué le fait que souvent les parents les prenaient pour des bébés et leur cachaient de nombreuses choses qu’en réalité ils étaient parfaitement capables de comprendre et d’accepter. Les deux thèmes étaient donc choisis pour les sixièmes. Pour les quatrièmes, les idées étaient à la fois proches et différentes : le premier thème retenu a été celui d’un duel opposant les préjugés des jeunes sur leurs aînés et inversement. Le second thème retenu a été celui des premières fois qui sont souvent des échecs mais par là-même des sources d’apprentissage aussi. Il ne restait donc plus qu’à attendre Jules pour commencer l’écriture des chansons.

 

Comment le chanteur Jules est-il précisément intervenu dans le projet ?

 

Dès le 22 septembre, la première classe a découvert Jules et sa guitare. Ma collègue de musique et moi n’avions eu jusque-là que quelques échanges de courriel avec l’artiste et c’était une vraie rencontre pour tout le monde. Le chanteur, habitué aux ateliers d’écriture et aux rencontres avec des scolaires a su immédiatement créer une ambiance agréable mais sérieuse à la fois. En effet, ce travail que nous allions mener en à peine deux mois, Jules le mène habituellement sur une année entière. Le défi était donc de taille. Le chanteur a pris connaissance des thèmes que les élèves avaient choisis : il leur a ensuite demandé de noter tous les mots qui leur venaient à l’esprit, toutes les idées qu’ils souhaitaient exprimer, de ne se donner aucune contrainte, de ne pas forcément chercher à faire des rimes puis il a écouté ce que chacun avait noté. En une heure et demie, les premiers couplets et le refrain ont vu le jour. C’est à partir de là que les premières contraintes sont apparues : comment construire la chanson, quelles informations donner dans le premier couplet, comment créer un refrain efficace. Au bout d’une heure et demie, la chanson était dégrossie mais il restait encore beaucoup à faire. Le même travail a été mené dans la deuxième partie de la séance pour la deuxième chanson. Lors d’une seconde demi-journée, le même travail a été mené avec l’autre classe.

 

Quels objectifs avez-vous visés à travers cette activité d’écriture de chanson ?

 

Le but de cet exercice était de rendre les élèves actifs dans leurs apprentissages, de leur montrer que l’on peut écrire différents types de textes, qu’écrire une chanson est un exercice difficile et contraignant. Comme toujours dans ce genre d’exercice atypique, les élèves peuvent parfois se révéler différents de ce qu’ils sont dans les exercices dits plus scolaires : certains très bons élèves, doués dans les sujets d’imagination, ont rencontré des difficultés dans ce travail aux contraintes fortes. D’autres, moins doués pour l’écriture, ont participé avec un plaisir non dissimulé et un enthousiasme communicatif peut-être parce qu’ils avaient l’impression que le texte à écrire était court et n’allait pas leur demander un effort trop important. Leur vision de ce travail n’était peut-être pas forcément juste mais ils s’y sont lancés avec gourmandise peut-être aussi parce que le thème d’écriture, c’est eux qui l’avaient choisi et qu’ils avaient beaucoup de choses à dire. Nous avons donc travaillé de nombreuses compétences du programme de français liés à l’écriture. Les élèves ont découvert combien il était important de donner le mot juste dans un texte qui allait être interprété en trois minutes. Ils ont aussi travaillé et retravaillé leur brouillon, accepté de revenir sans relâche sur une phrase bancale ou pas assez percutante.

 

Et le travail s’est poursuivi…

 

Dès le premier atelier d’écriture, Jules a utilisé sa guitare pour mettre en musique immédiatement le refrain tout d’abord puis le premier couplet. Cette réactivité et ce résultat immédiat ont énormément séduit les élèves qui, au fil de leur travail, entendaient déjà ce qui allait s’approcher du résultat final.

 

Un deuxième atelier d’écriture de trois heures a eu lieu pour chaque classe une semaine plus tard. Jules est revenu et a poursuivi le travail avec les élèves, les faisant cette fois finaliser leurs textes, travailler sur les rimes. Il a également demandé aux élèves de commencer à chanter les chansons et leur a proposé plusieurs exercices pour échauffer leur voix. Evidemment, la timidité était là et la première répétition laissait penser que beaucoup de travail nous attendait encore. Mais à l’issue de ce deuxième atelier d’écriture, les textes étaient prêts : en six heures pour chaque classe, deux chansons avaient été écrites.

 

Il restait maintenant aux élèves de sixième à apprendre leurs propres chansons mais également celles écrites par les élèves de quatrième et inversement. Il leur restait environ un mois pour devenir de vrais artistes et se produire sur scène devant 600 personnes.

 

Jules, de retour chez lui, a travaillé les musiques de chaque chanson puis il nous a envoyé les fichiers audio, l’un sur lequel il chantait, l’autre comportant la musique uniquement. Nous avons donc passé quelques heures avec chaque classe, ma collègue d’éducation musicale et moi, à faire travailler les élèves, à les faire répéter. Nous avons regroupé les deux classes et avons donc fait chanter 56 élèves. Ils avaient aussi à travailler les chansons chez eux et il n’était pas rare d’entendre dans les couloirs les élèves de ces deux classes fredonner le refrain de leurs chansons.

 

Le 6 novembre, les deux dernières demi-journées, durant lesquels Jules est revenu, ont été consacrées à la répétition des chansons avec l’artiste. Pendant 6 heures, les élèves ont répété leurs chansons, choisi parfois d’être solistes, imaginé quelques effets chorégraphiques. Nous étions à trois jours du concert et le stress commençait à monter un petit peu.

 

Comment les parents ont-ils vécu ce travail différent des autres ? Comment s’est passé le concert lui-même ?

 

Lorsque, en début d’année, nous avons présenté le projet aux parents d’élèves, nous avons eu le plaisir de comprendre que leur engagement à nos côtés serait total. Aucun n’a eu de doute sur le fait que nous allions traiter le programme ou pas : nous leur avons expliqué que les compétences que les élèves allaient mettre en œuvre faisaient bel et bien partie des apprentissages attendus. Et lorsque nous leur avons proposé d’assister au concert, ce sont 200 parents d’élèves qui ont répondu présents.

 

Le concert devait donc avoir lieu le lundi 9 novembre à 20h30. Dès 17h00, les élèves étaient attendus dans la salle de spectacle pour assister aux répétitions du chanteur, aux balances, et pour faire leurs propres répétitions. Ils ont donc pu visiter la salle de concert, les coulisses, et comprendre le rôle de chacun dans la préparation d’un concert (musiciens, ingénieur du son, régisseur, etc.). C’est à la fin du spectacle de Jules que les élèves sont montés sur scène et ont interprété leurs quatre chansons. Tout s’est déroulé parfaitement et même au-delà de nos espérances. Il n’est pas exagéré de dire que la salle a considéré l’intervention des élèves comme un véritable bouquet final. Les 600 personnes étaient debout, certaines très émues par les textes des élèves.

 

Le projet d’ailleurs ne s’est pas arrêté là. Jules est revenu au mois de mai, comme il l’avait promis, enregistrer les élèves pour qu’ils aient un souvenir gravé sur CD de leurs chansons. Et assez rapidement après, de nouveau, nous avons organisé des répétitions en vue d’un nouveau spectacle en mai. Et de nouveau, les élèves sont montés sur scène, dans une autre salle, de 300 personnes cette fois. Un gros succès encore !

 

Le projet est maintenant terminé, quelles conclusions en tirez-vous ?

 

Ce projet a dépassé nos espérances tout au long de sa réalisation. Ma collègue d’Education musicale et moi avons pris beaucoup de plaisir à travailler ensemble dans l’écriture de ces chansons et leur mise en voix. Nous avons eu le plaisir de constater que l’un des objectifs, qui visait à créer des relations entre de jeunes élèves et de plus âgés du collège, avait fonctionné parfaitement et qu’une vraie solidarité s’était créée entre eux créée. Ma collègue a fait travailler les élèves sur un projet extrêmement concret et le travail de mise en voix commencé dès la sixième lui a paru extrêmement profitable.

 

Ce projet a également créé un lien très fort entre les élèves eux-mêmes au sein des classes puis entre les deux classes mais surtout avec les professeures. Chacun sentait bien que le projet était ambitieux, qu’il y avait une certaine forme de mise en danger, et que nous comptions tous les uns sur les autres. Le résultat a dépassé nos espérances.

 

Propos recueillis par Jean-Michel Le Baut

 

Un extrait du concert

 

 

 

Par fjarraud , le lundi 11 juillet 2016.

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