Serge Lacassie : Quand les professeurs rencontrent la science aux Journées de l'APBG 

Comment former 350 enseignants de SVT sur des informations scientifiques récentes ? Les journées nationales de l’APBG, l'association des professeurs de SVT, ont lieu du 18 au 20 novembre 2016 à Paris. Avec entre autres Catherine Freydier et David Pollack de Météo-France, Guillaume Lecointre du Muséum national d’histoire naturelle, ce sont plus de dix scientifiques de renoms attendus à la faculté Paris Descartes. Serge Lacassie, président de l’APBG, répond aux questions du Café Pédagogique, sur l’organisation de ces journées de formation mais aussi sur l’enseignement des sciences en France. Il déplore une omniprésence de l’économie et une faible orientation post-bac vers des études scientifiques.

                                                 

Les journées nationales ont pour thème « génétique et évolution » d’une part et « ressources et énergie » d’autre part. Pourquoi ces choix ? Comment s’élabore un tel programme ?

 

Ces choix reposent sur l’actualité scientifique et également sur l’introduction de nouveautés dans les programmes du collège comme la climatologie. L’objectif des Journées Nationales de formation de l’APBG est tout d’abord de proposer une formation continue de haut niveau, en proposant des conférences sur des domaines de recherche récents, et par ailleurs de fournir les informations nécessaires pour la mise en œuvre des nouveaux programmes.

 

On peut noter plusieurs sujets d’actualité abordés tels que les micro-algues, l’hydrogène natif mais aussi l’endonucléase « crispr cas 9 ». En quoi est-ce important pour un enseignant de SVT de suivre ces conférences portées vers l’avenir ?

 

A côté de l’enseignement strict des notions inscrites dans les programmes, l’enseignant de SVT est très sollicité : questions d’actualité, sujets de TPE… Notre rôle est aussi de faire passer des informations récentes autour de l’environnement et des problèmes d’effet de serre, d’où les conférences sur la climatologie, l’hydrogène ou les micro-algues. Même chose, pour la génétique, nos élèves posent souvent des questions sur des techniques de biotechnologie pour soigner ou éviter des maladies. Pour pouvoir apporter une réponse argumentée, il faut que l’enseignant de SVT puisse avoir accès à ces informations.

 

De grands noms de la science viennent rencontrer les enseignants de SVT à Paris. Est-il facile de convaincre ces scientifiques d’intervenir ?

 

Globalement oui. Ces grands scientifiques sont en général honorés et fiers de pouvoir transmettre leurs travaux à des professeurs du secondaire. C’est important pour eux de présenter le résultat de leurs recherches. Le facteur de refus est essentiellement des problèmes de calendrier, ces chercheurs étant très sollicités par des colloques de recherche.

 

Quelles sont les autres propositions de l’APBG mises en place tout au long de l’année pour former les enseignants de SVT ?

 

Les activités de formation de l’APBG se déclinent à 2 niveaux : au niveau national et au niveau académique.

 

Au niveau national, en plus des Journées Nationales de formation de novembre, il y a le congrès annuel qui est plus une activité naturaliste de terrain. Cette année, le congrès a eu lieu en Guadeloupe et en Martinique durant les vacances de la Toussaint. Au programme, beaucoup de géologie mais aussi de la botanique et de l’ornithologie. Sans oublier les problématiques agricoles, comme la culture de la banane ou de la canne.

 

Au niveau académique, les diverses régionales de l’APBG proposent des conférences ou des sorties sur le terrain.

 

Finalement, combien d’enseignants sont attendus à ces journées nationales ? Plus globalement, que représente l’APBG en 2016 en terme d’adhérents et de représentativité ? Pour quelles activités ?

 

A ce jour, environ 350 collègues sont inscrits à ces Journées. Nous avons aussi proposé une gratuité d’entrée à nos jeunes futurs collègues en préparation concours.

 

Même avec une baisse d’adhérents, commune à toutes les associations de spécialistes malheureusement, l’APBG, avec près de 4000 adhérents, reste représentative en particulier au niveau du Ministère de l’Education nationale. Nous rencontrons régulièrement les instances ministérielles pour leur faire part de nos propositions et des remontées des collègues.

 

En avril 2013, vous déclariez au Café Pédagogique que « la défiance envers la science s'insinue dans la société et que les scientifiques ne sont plus écoutés ». Trois ans plus tard et après la mise en place d’une réforme de l’éducation nationale, qu’en est-il ?

 

Je pense que malheureusement cette affirmation est toujours d’actualité. Notre civilisation actuelle est centrée autour de l’économie. Les économistes sont partout, y compris à des postes clés au Ministère de l’Education nationale. La science est souvent pour eux un monde inconnu.

 

La réforme du lycée n’a pas réglé le problème de la série scientifique. Avec moins d’heures de sciences, elle reste une série d’excellence, mais pas forcément pour une orientation post-bac vers des études scientifiques.

 

Si les politiques ont rapidement revu les programmes d’histoire-géographie et de sciences économiques et sociales, il y a un refus de prise en compte de nos demandes sur les programmes de SVT. Pourquoi ?

 

Et le traitement des sciences et de la technologie en 6ème ? L’interdisciplinarité c’est bien, mais pourquoi l’imposer aux domaines des sciences et de la technologie, alors que les autres disciplines ne sont pas touchées ? Pour moi, c’est du dogmatisme de décideurs qui n’écoutent pas les enseignants qui travaillent quotidiennement auprès des jeunes.

 

Les SVT font souvent la une des médias sur les dissections animales ou autour du genre. Ces emballements médiatiques peuvent engendrer des questions plus ou moins incommodantes aux enseignants de SVT de la part des parents, des élèves ou d’associations. Comment faire face à ces situations ?

 

Ce sont des questions qui enflamment les médias. Pourtant, si on regarde les programmes, ces points sont à la marge (dissection) voire totalement absents (genre). La solution face aux questions : expliquer. A condition, évidemment, que l’interlocuteur ne soit pas borné et de mauvaise foi, ce qui est souvent le cas.

 

Le recours sont bien sûr les IA-IPR et l’Inspection Générale. Mais reste à savoir si leurs paroles sont plus écoutées que celles des enseignants de base…

 

Entretien par Julien Cabioch

 

Programme des Journées Nationales de l’APBG

Les SVT en première ligne de la lutte contre les discriminations

 

 

Par fjarraud , le mardi 15 novembre 2016.

Commentaires

Vous devez être authentifié pour publier un commentaire.

Partenaires

Nos annonces