2017 : L'année de la revanche ? 

Pour l'Ecole, 2017 est l'année des nouveaux programmes et de la mise en route des réformes. Pour les enseignants, l'année 2017 s'ouvre sur la première application des accords de revalorisation PPCR qui promettent une meilleure carrière, voire de nouveaux rapports, plus collaboratifs, avec leur hiérarchie. Pourtant c'est tout le contraire qui se prépare et qui pourrait avenir. 2017 pourrait bien être l'année du tournant, celui de la grande revanche sur les profs.  

 

L'année de la revalorisation

 

C'est au 1er janvier 2017 que s'applique la première révision des grilles indiciaires des enseignants. Les nouvelles gilles sont passées au Journal Officiel en décembre. Près de 500 millions d'euros ont été crédités au budget 2017 pour relever les salaires des enseignants. Ce premier pas en janvier sera suivi en février de l'augmentation du point indice fonction publique qui aura aussi un impact sur les salaires enseignants. Les accords PPCR ont prévu d'augmenter graduellement les salaires jusqu'en 2020 où le gain devrait atteindre un milliard. En même temps, le ministère met en place une nouvelle évaluation des enseignants avec un avancement automatique, sauf à l'occasion de 4 rendez vous inscrits à l'avance dans la carrière. C'est donc aussi un autre rapport avec l'inspecteur et le chef d'établissement qui est attendu. Une évolution qui pourrait prendre une certain temps...

 

L'année des réformes

 

2017 est aussi l'année des réformes. Les nouveaux programmes sont officiellement entrés en application à la rentrée tous en même temps du CP à la 3ème en septembre 2016. Depuis les enseignants rament pour les mettre en action. Evidemment leur application nécessiterait nettement plus de temps. Surtout qu'au collège les enseignants essuient aussi les plâtres de la réforme du collège. Elle aussi est officiellement appliquée avec beaucoup d'adaptations et de fluctuations locales. Ni les uns ni l'autre ne semblent pourtant sérieusement menacés. La faculté d'adaptation et "digestion" du système ne doit pas être sous estimée. Et l'application des textes est souvent menée assez prudemment semble t-il...

 

Il y a pourtant deux réformes qui pourraient rencontrer de sérieux obstacles. Le premier c'est le nouveau livret scolaire numérique. Pas seulement à cause de tout ce qu'il exige des enseignants. Et pas seulement à cause des problèmes techniques qu'il pose. Au collège, le livret rend visible le grand écart fait par l'institution entre les valeurs proclamées et la réalité du système.

 

D'un coté, le livret doit être l'instrument d'une école bienveillante, transparente, offrant à tous l'égalité devant l'Ecole. De l'autre, on attend de lui qu'il assure le tri des élèves aussi bien que les moyennes pondérées habituelles. Les rapiéçages qui sont en train d'être construits dans le dos des élèves pour permettre les affectations dans des lycées égaux en droit mais pas en fait mettent le projecteur sur le double discours de l'institution.

 

L'autre motif d'inquiétude pour la rue de Grenelle  guette aussi en fin de 3ème. Le nouveau brevet n'est pas viable. On imagine mal que les élèves et leur famille acceptent de se plier plus d'un an à une évaluation aussi compliquée, longue, fastidieuse qu'inutile. A court terme, les élèves pourraient bien s'en abstraire et mettre fin à un examen qui est déjà acquis avant d'avoir lieu mais que l'on s'acharne  à rendre plus compliqué que l'ancienne formule...

 

L'année des revanches ?

 

Pourtant ce ne sont pas  les réformes mais les enseignants qui pourraient être les grands perdants de 2017. Ils sont les premiers sujets de l'alternance politique qui s'annonce.

 

Quel que soit le vainqueur de 2017 il aura à la fois à rééquilibrer les comptes et à augmenter les dépenses de sécurité. Dans cette perspective nul ne sait ce que pèseront les engagements de l'accord PPCR.

 

Mais ce sont aussi les acquis éducatifs du quinquennat qui sont menacés. Au moment même où les efforts réalisés deviennent palpables. Et cela aussi intéresse les enseignants. Les 54 000 postes ouverts dans l'enseignement scolaire depuis 2012 ont longtemps servi à recréer de la formation puis à faire face à la croissance démographique. A la rentrée 2016 on arrive juste dans le primaire à rétablir le taux d'encadrement d'avant Sarkozy. A la rentrée 2017 on devrait faire mieux.  On sait qu'à droite on espère inverser les choses et supprimer des postes.

 

Mais ce retour de balancier budgétaire n'est pas le seul risque de l'alternance. Il nourrit aussi une véritable révolution conservatrice qui se prépare pour l'Ecole et les enseignants. "L'autonomie des établissements" qui est le leitmotiv des programmes des présidentielles n'est souvent que la mise en place d'un nouvel ordre scolaire et d'un autre métier enseignant.

 

L'aspiration à l'autorité qui parcourt tout le pays se conjugue mal avec les accords PPCR. La droite ne s'y trompe pas en le dénonçant précisément à l'Assemblée. Ce retour de flamme hiérarchique alimente aussi la volonté de changer les conditions d'exercice du métier en renforçant les pouvoirs des cadres. Ce qui se profile c'est l'embauche des enseignants au niveau local ou régional, l'augmentation de leur temps de travail pour économiser des postes (et non pour mieux encadrer les élèves), la rémunération "au mérite" plutôt qu'à l'ancienneté.

 

L'année des réconciliations ?

 

Alors pour terminer plus positivement, gageons que 2017 sera aussi l'année des réconciliations. La rentrée 2016 a vu le mouvement syndical enseignant profondément divisé. On ne s'est pas fait de cadeaux ni sur les idées ni sur les personnes... Nécessité fait loi et 2017 pourrait aussi voir la profession enseignante moins divisée.

 

François Jarraud

 

La revalorisation

 

 

 

Par fjarraud , le mardi 03 janvier 2017.

Commentaires

  • Viviane Micaud, le 03/01/2017 à 17:36
    La principale question est bien l'évaluation des élèves, pour vérifier l'acquisition des connaissances et des compétences du socle et pour l'affectation dans la diversité des parcours après la 3ème. Le lycée "unique" avec des classes hétérogènes n'est pas souhaitable car il n'est pas possible de faire progresser assez  les élèves pour qu'ils puissent réussir les parcours sélectifs de l'enseignement supérieur sans un minimum d'homogénéïté de niveau. Autrement, ce sera "seuls les élèves pouvant se payer des cours particuliers au lycée pourront accéder aux enseignement très sélectifs du supérieur". Un peu comme aux Etats-Unis, où il existe des prépas schools qui correspondent aux années lycées pour préparer des tests organiser par des officines privés. Il faut faire un certain score pour être admis dans les meilleurs universités.
    Je n'ai jamais compris pourquoi les médias focalisaient sur les EPI alors qu'il pouvait réaliser un minimum de contraintes (un prof leader et deux autres qui acceptaient de traiter des points liés dans leur cours). 
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